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Si vous suivez ce blog depuis un moment, sans doute savez-vous que je ne suis pas fan de rap. Du tout. En fait, c'est bien simple : je déteste viscéralement le rap et le hip-hop, même si je respecte des artistes de ce genre musical comme IAM, MC Solaar, Public Enemy, NWA ou Wu Tang Clan. Je reconnais que la plupart de ceux que je viens de citer ont sans aucun doute énormément apporté à ce genre. Mais j'ai essayé, les mecs, mais je n'aime pas du tout. O alors, le premier Beastie Boys, du rap de gringalets blancs qui se prennent pour un posse de cailleras du Bronx et font bien marrer (est-ce que (You Gotta) Fight For Your Right (To Party), ça vous parle ?). Ou alors un mélange avec du rock, comme, ben, l'album qui nous intéresse aujourd'hui, et que je réaborde, l'ancienne chronique commençant à vraiment sentir mauvais (ne la cherchez plus, elle est remplacée). Rage Against The Machine. Un croisement, une fusion, entre metal et rap hardcore. Pas les premiers à faire ce genre de musique, n'oublions pas, notamment, Faith No More. Oui, mais c'est moi, ou Faith No More, ça vieillit aussi mal qu'une blague de Bigard sur le féminisme ? Et puis je sais que le chanteur du groupe, Patton, est révéré par certains pour ses capacités vocales, mais j'ai souvent eu envie de le taper, en l'écoutant, moi... 

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Mais Rage Against The Machine... Au lendemain du 11-septembre, on a, aux USA, interdit d'antenne radio et  TV des chansons considérées comme, disons, limite, on a cherché l'unité nationale dans le deuil et on estimera, notamment, que le Imagine de Lennon était peu recommandé, quels cons. Entre autres interdits, l'intégralité du répertoire de RATM. C'est peut-être le seul groupe dont tout le répertoire a été boycotté et blacklisté. Rien que ça, ça donne le ton : ces quatre mecs ne font pas des chansons sur la lune en juin ou que c'est bon de retrouver sa petite amie sur le quai de la gare. Mais j'ai envie de dire que, déjà, le nom du groupe... Et la pochette de leur premier album (sorti en 1992, sans titre), on en parle ? Cette photo non trafiquée d'un moine bouddhiste vietnamien qui, en 1963, à Saïgon, s'est immolé par le feu pour protester contre l'oppression, par le gouvernement de l'époque, exercée contre ses coreligionnaires. Tu vois un album avec une pochette pareille, avec un simple Rage Against The Machine imprimé en bas de pochette, et tu te dis que l'album va envoyer sévère. 10 titres, 53 minutes, rien à jeter. Une dflagration en suit une autre, sans répit, sous une production (Garth Richardson et le groupe) explosive et direct-aux-couilles. Les membres du groupe ? Un chanteur/rappeur à moitié mexicain, Zach De La Rocha ; un bassiste du nom de Tim Commerford, alias Timmy C. ; un batteur explosif, Brad Wilk ; et un guitariste à l'époque presque trentenaire, le plus âgé du groupe et de loin (quatre ans de plus que les autres, au minimum), Tom Morello, à la technique assez incroyable. Le groupe se fera connaître par le biais de performances aussi incendiaires que la pochette de l'album, on se souviendra notamment d'un passage au festival Coachella où ils monteront sur scène, en ligne, nus, baillonnés, mains liées dans le dos, avec des messages engagés divers écrits sur la poitrine, restant debouts, face à la foule, en rangée, pendant plusieurs minutes. Et à poil, je le redis. 

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Evidemment, tout en ayant été un gros succès commercial et critique, le premier album sera source de grosses controverses, et évidemment, le fameux sticker (crée au milieu des années 80, un album de Prince fut le premier à le subir) "Parental Advisory - Explicit Content" sera apposé. Musicalement, l'album est une explosion, guitares en furie, rythmique de dingue, chant hurlé, aucun synthé, aucune programmation, pas de cuivres, pas d'arrangements luxuriants. Pas de choeurs féminins. Pas d'instruments acoustiques. Et les paroles ? Killing In The Name est tellement furieux, tellement extrême, que les paroles ne sont pas imprimées dans le livret, et qu'on ne vienne pas dire que c'est par manque de place, parce que le nom du morceau apparaît dans le livret, et puis un vide d'un demi-centimètre, et on a les paroles du morceau suivant. Bon c'est vrai qu'un fuck you, I won't do what you told me répété en braillant, c'est pas politiquement correct. Le groupe est engagé, à gauche de la gauche de l'extrême-gauche. De La Rocha balance ses textes scandés/rappés comme autant de slogans, If we don't take action now, we settle for nothing later ("si nous n'agissons pas maintenant, demain nous agirons pour rien") dans Settle For Nothing Anger is a gift ("la colère est un don") à peine murmuré dans Freedom avant un final démolisseur ; Action must be taken, we don't need the key, we'll break in ("Il faut agir, pas besoin de clé, on va forcer l'entrée") dans Know Your Enemy... Et ces titres de chansons, "Réveille-toi", "Balle dans le crâne", "Rebellion de bidonville", "Reprendre le pouvoir", "Une poignée d'acier"... On écoute ce disque, direct on a envie de tout changer, d'incorporer la rebellion contre l'Empire, de foncer bousiller cette putain d'Etoile Noire... Comme Manoeuvre l'a, il me semble, dit un jour dans un article (dans sa fameuse  "Discothèque Idéale"), si la rebellion est la chose la plus importante dans le rock, alors ce premier opus de Rage Against The Machine est peut-être bien le plus important qui soit. C'est en tout cas un des meilleurs premiers albums au monde, et une vraie date dans l'histoire du rock. 

FACE A

Bombtrack

Killing In The Name

Take The Power Back

Settle For Nothing

Bullet In The Head

FACE B

Know Your Enemy

Wake Up

A Fistful Of Steel

Township Rebellion

Freedom