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Une des nombreuses modes des années 80 (du début des années 80 pour être précis), parmi la new-wave, la coupe mullet, le hair-metal, le hard-FM et le rockabilly revival (vous vous rappelez des Stray Cats ?), est le ska revival. Le ska est en effet un genre musical jamaïcain, l'ancêtre direct du reggae, c'est cette musique que Bob Marley et la première mouture de son groupe (les Wailing Wailers) faisait avant de passer au reggae (et à la postérité mondiale) en 1972. Fin des années 70 (vers 1978/79), en Angleterre, des groupes, bien souvent multiraciaux (comme celui qui nous concerne ici), tels The Beat, The Selecter, évidemment Madness, et donc The Specials, ont relancé la mode du ska. Costumes en deux-tons noir et blanc (le label des Specials s'appelle justement Two-Tone) avec sempiternel(le)s chapeaux, cravates et lunettes, le ska fera les beaux jours du début des années 80, tout le monde se souvient des tubes One Step Beyond et Our House de Madness, ou Ghost Town des Specials. Les Specials, justement, groupe multiracial (parmi les sept membres du groupe, Lynval Golding et Neville Staples, deux Jamaïcains, des chanteurs dits toasters en raison de leur habilité à faire sauter les mots comme des petits pains dans des toasters), ce qui, à l'époque, en Angleterre, en ces sinistres temps de ratonnades et de National Front raciste, était courageux, les Specials donc, le groupe du chanteur Terry Hall et du claviériste Jerry Dammers (et ses dents niquées) est probablement le meilleur groupe de ska revival de son époque. Un premier album éponyme produit par Elvis Costello, en 1979, excellent. Et un deuxième (et dernier, avant qu'ils ne reviennent sous le nom de Special AKA, en 1984, puis à nouveau sous leur nom d'origine, mais sans leur chanteur Terry Hall, de 1996 à 2001) encore meilleur.

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Ce deuxième album, le voici, il date de 1980 et s'appelle More Specials. A l'époque, il est sorti avec un 45-tours bonus (du moins, la première édition, mais la réédition vinyle la plus récente propose heureusement ce 45-tours bonus, lui aussi réédité) qui n'a pas été réédité sur la majeure partie des versions CD. L'album existe sous deux pochettes, celle du haut d'article est la version d'origine, mais beaucoup de versions de l'album proposent la photo ci-dessous, une variante. Une photo en couleurs, ce qui contraste fortement avec le dogme Two-Tone, noir & blanc (mais le verso de pochette est, lui, dans les clous). L'album, d'un point de vue musical, contraste lui aussi fortement avec le dogme. Si la face A est du pur ska teinté de rhythm'n'blues (Sock It To 'Em J.B. qui est à la fois une allusion à James Brown et à James Bond, les titres des différentes aventures de l'espion étant citées), et avec des régals de pur ska des familles (Do Nothing, Man At C&A, Hey Little Rich Girl), la face B, elle, plonge l'auditeur ailleurs. Instrumental de bar lounge carribéen (Holiday Fortnight), ritournelle pop avec solo d'orgue à la Doors (I Can't Stand It), ska ralenti et glauque agrémenté d'une seconde partie totalement dubbesque avec solo vocal du toaster Neville Staples (Stereotypes Part 1 &2), reprise finale, étonnante et ralentie, du Enjoy Yourself (It's Later Than You Think) inaugural... et surtout, les 5,35 minutes hallucinantes d'International Jet Set. Avec son chant voilé, ses cuivres chelous et ses claviers entêtants et tout aussi bizarres, ce morceau est une plongée dans un ailleurs magnifique qui a été conçue comme une musique d'ascenseur, de la muzak quoi, mais le niveau est évidemment tout autre.

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Ce morceau est le sommet d'un album parfait (moi qui n'aime pas particulièrement le ska, j'ai d'abord, il y à longtemps, écouté ce disque avec circonspection, avant de me laisser, progressivement, prendre par son indéniable charme un peu suranné, mais vraiment présent), riche en grandes chansons, Stereotypes, Man At C&A, Do Nothing, Pearl's Cafe... On notera que la version américaine de l'album propose un morceau supplémentaire, Rat Race. Un très bon morceau, comme les deux du 45-tours bonus. Par la suite, le groupe sortira Ghost Town (une critique à peine voilée du gouvernement de Miss Maggie) avant d'éclater. Terry Hall, celui qui ne riait même pas s'il se brûlait les couilles avec un chalumeau, et qui est en bleu fluo sur la pochette de l'album, partira fonder son propre groupe, Fun Boy Three, avec lequel il aura un beau tube, le sublime Our Lips Are Sealed. Le groupe ne se relèvera quasiment pas de sa séparation, ils feront d'autres albums par la suite comme je l'ai précisé plus haut, mais More Specials reste leur meilleur. Ainsi qu'un des plus grands albums des années 80, ce qui n'est pas rien, d'autant plus qu'il date du tout début de cette décennie. Essentiel. 

FACE A

Enjoy Yourself (It's Later Than You Think)

Man At C&A

Hey, Little Rich Girl

Do Nothing

Pearl's Cafe

Sock It To 'Em J.B

FACE B

Stereotypes/Stereotypes, Part II

Holiday Fortnight

I Can't Stand It

International Jet Set

Enjoy Yourself (Reprise)

FACE C

Braggin' & Tryin' Not To Lie

FACE D

Rude Boys Outa Jail