00042284223829_S

Si vous avez été voir sur le site de KingStalker (ami internaute qui collabore de temps à autre sur ce blog ; son blog se trouve ICI), vous avez peut-être remarqué, en consultant les commentaires des deux articles qu'il a consacrés à Ange, que je ne porte pas ce groupe français (et même plus : belfortois) dans mon coeur. En fait, c'est pas vraiment une haine, que je ressens contre Ange, loin de là. Il y à des trucs, des éléments que je déteste dans ce groupe de rock progressif made in Camenbert's patrie, mais il y à aussi des éléments qui me plaisent. Bref, je n'aime pas, mais je ne hais pas non plus. Je me fous un peu de ce groupe, mais j'ai des périodes où je réécoute leurs albums. Ce que j'ai fait récemment, car j'ai décidé de faire un petit cycle sur leurs albums. Et le premier album que j'ai décidé d'aborder est Le Cimetière Des Arlequins, sorti en 1973, et qui est leur second album...ou leur troisième, ça se tient aussi (je vous explique ça dans le prochain paragraphe...

angegroup

...c'est à dire, là, maintenant - bah oui, on est dans le second paragraphe, non ?). Officiellement, le premier album d'Ange serait un album live d'une qualité sonore extrêmement pourrie (car enregistré très rudimentairement, limite de l'amateurisme), un album live qui n'a jamais été édité en CD, et dont le vinyle est très rare, difficile à trouver. Conséquence, ce live, dont j'ai zappé le nom (si je l'ai jamais su) a été plus ou moins passé à la trappe, et c'est le second album du groupe, Caricatures, enregistré en studio en 1972, qui fait depuis office de premier album officiel d'Ange (il a été, comme le reste de leur discographie officielle, édité en CD). Je n'aborderai pas Caricatures ici, ne l'ayant jamais écouté. Si KingStalker veut se dévouer, qu'il n'hésite pas une seconde !

image012

Revenons à Ange, et avant de parler du Cimetière Des Arlequins, je vais vous expliquer ce qui me plaît et déplaît chez ce groupe. J'aime le fait qu'un groupe de rock progressif français existe. Au moins, il y à un groupe de ce genre chez nous (il n'est pas le seul groupe de rock progressif hexagonal, mais assurément, il est le plus célèbre, le seul à rester connu chez nous - le seul que je peux citer, excepté deux groupes pas vraiment prog, Gong et Magma). J'aime aussi la voix de Christian Décamps, et je trouve que les musikos jouent vraiment bien, ce n'est pas de l'amateurisme musicalement parlant. En revanche, entendre du rock progressif chanté dans la langue de Molière m'a toujours fait rigoler, et ce n'est pas le but de leurs chansons. Pourquoi ? Parce que, souvent, les paroles, trop ampoulées, pompeuses, recherchées, font kitsch. Over the top. Quand c'est chanté en anglais (Genesis, Yes...), on ne se rend pas forcément compte que les paroles peuvent sembler loufoques, bébêtes (prenez The Return Of The Giant Hogweed de Genesis, et traduisez ! Oui, cette chanson parle d'une...plante empoisonneuse, tout simplement d'une plante !). Le temps qu'on traduise (à condition d'être anglophone ou anglophile, car si on ne comprend pas l'anglais, on ne se cassera pas le cul)... mais quand c'est chanté en français, on se rend immédiatement compte de l'aspect parfois kitsch des paroles (L'Espionne Lesbienne, ou, sur un autre album d'Ange, Bêle, Bêle, Petite Chèvre). Et parfois, ça fait marrer, ce qui ne devrait pas être le cas.

Ange

Le Cimetière des Arlequins, second album studio d'Ange, est généralement considéré comme un de leurs sommets. Mouais. Sans vouloir à tout prix casser du sucre sur le disque, il faut reconnaître plusieurs choses qui foutent en l'air cette belle réputation. D'abord, la production est tout simplement calamiteuse (il faut tendre l'oreile, et je veux dire la tendre vraiment, pour entendre le chant), et avec le temps qui passe, ça n'arrange pas les choses, bien au contraire. On dirait un disque enregistré en amateur dans une cave par des techniciens/ingénieurs du dimanche, sous-payés et ivres. Second chose, tous les morceaux ne sont pas du même niveau. L'album offre trois superbes chansons : la reprise du Ces Gens-Là de Jacques Brel, De Temps En Temps et l'immense Le Cimetière Des Arlequins, presque 9 minutes de bonheur. Mais à coté de ces trois superbes titres (qui, pris ensemble, occupent 17 minutes sur les 35 minutes de l'album, soit à peu près la moitié), on trouve aussi des trucs pas nets : L'Espionne Lesbienne est à chier, Aujourd'Hui C'Est La Fête De L'Apprenti-Sorcier, en plus d'avoir un titre ronflant, est médiocre, idem pour Bivouac Final. Le Cimetière Des Arlequins, avec sa pochette signée Jacques Wyrs, est donc un disque totalement inégal et décevant. Même si je ne porte pas spécialement dans mon coeur les disques suivants, je dois dire qu'Ange fera nettement meilleur par la suite (Emile Jacotey, par exemple).

Critique complémentaire de KingStalker :

Plus encore qu'un Gong, eh oui, Ange est LE groupe de prog' français par excellence...
Et Le Cimetière Des Arlequins sans être le meilleur cd du groupe belfortain est le plus représentatif du groupe.

Parlons un peu du groupe, si vous me le permettez.
Comme je l'ai dit plus haut, le groupe est belfortain, il s'est formé en 1970 et a composé 26 albums sans compter les innombrables lives et autres compilations.
Sachez avant toute chose que je suis un énorme fan de Ange que je possède tous les cds du groupe, les compilations, les lives, les morceaux studios.
Vous pouvez compter plus d'une quarantaine de cd de Ange dans ma cdthèque, évidemment j'ai bien été aidé par ma mère qui aimait énormément le groupe a une certaine époque, je n'ai pas eu à dépenser des sommes astronomiques pour compléter ma cdthèque et ma collection de Ange.

Le Cimetière Des Arlequins est le second album du groupe, il parut 1973.
Un an après le déjà prometteur Caricatures.
Ce qui choque le plus à la première écoute est sans conteste la production, elle a atrocement vieilli, pour vous dire elle pourait parfaitement convenir à un groupe de black metal underground.
La voix est nettement sous mixée par rapport aux autres instruments, ce qui est fort dommage car ne nous y trompons pas l'atout majeur du groupe est bel et bien les paroles extrêmement poétique ( bien que des fois très sombres, glauques voire malsaine) de Christian Décamps.
Les musiciens savent jouer mais ce ne sont pas les meilleurs du monde, à première vue, impossible de les comparer techniquement à King Crimson et Genesis alors qu'ils sont vraiment similaire (In The Court Of The Crimson King pour King Crimson, Trespass pour Genesis).
Disons que Ange se ferait écraser comme une mouche par contre niveau paroles, le groupe est un cran au dessus de KC et bien 10 crans au dessus de la génèse ( du groupe je n'aime que trespass).

Comme la prod' a pour parti pris les instruments, je vais d'abord m'attarder sur la musique.
Il n'y a pas de doute, nous sommes bel et bien en 1973, le progressif est alors le genre du moment.
L'exemple même est bel et bien l'improvisation/expérimentation à la fin du Cimetière Des Arlequins ( le morceau).
Même si dans l'ensemble, cela s'entends assez bien.
Comme sur le début de la dernière partie de Bivouac ou encore aux sonorités de l'orgue de Brézovar, tous les morceaux sentent les années 70 et le prog' et cela n'est pas pour me déplaire.
Mais voilà, à part Brézovar, les musiciens ne sont pas exceptionnels, ils sont bons mais pas assez pour faire le plus beau des prog' musicalement parlant.
Et je pense que Décamps l'a bien compris, c'est à mon sens pour cela que le groupe n'a pas voulu jouer du prog' comme un Pink Floyd, ils n'ont tout simplement pas la même aisance technique.

C'est pourquoi, le groupe repose avant tout sur les paroles de Décamps, d'une poésie absolue.
Il n'y a pas à dire, Décamps aurait pu être un poète maudit, il sait écrire, il sait jouer avec les rimes et il sait placer une ambiance.
Tout à tour sombre et lunaire sur l'éponyme, rigolote sur L'Espionne Lesbienne, belle sur La Route Des Cyprès ou encore fêtarde sur Aujourd'Hui C'Est La Fête De L'Apprenti-Sorcier.
Il n'y a pas de doute, il sait écrire et chanter.
Il a une voix reconnaissable entre milles, la force du groupe.
Décamps ne sait jamais cacher être fan, à l'instar Christian Vander de Coltrane, le morceau qui débute l'album est une belle reprise de Ces Gens-Là.
L'accompagnement est vraiment différent, très électrique et plus sombre aussi ( est-ce possible), aucun moment d'espérance ici ( en effet Décamps ne chante pas le passage avec frida, nous te laissons ta Frida, Jacques dixit Christian), tout n'est que sombreté dans ce portrait d'une France pas si bien en point.

Voilà donc un album de qualité, bien que le groupe ne soit pas encore prêt à 100%.
Le Cimetière Des Arlequins souffre d'une production ne mettant pas assez en valeur le chant de Décamps, préférant mettre en valeur la musique instrumentale, alors que là n'est pas l'essence de Ange.
Le groupe le comprendra à partir de leur prochain album, le grandiose et médiévale Au-Delà Du Délire.
En attendant, si tout n'est pas parfait, on ne peut pas dire que ce disque comporte des moments d'une folie désarmante comme ce morceau éponyme au chant plus crié que chanter, aux paroles d'une tristesse et d'une violence à la limite de l'insoutenable sans oublier le morceau en deux parties Bivouac qui a beau commencer de manière assez gai, prendra une toute autre tournure.

Non, on ne peut pas dire que ce disque est mauvais, il comporte juste quelques défauts mais c'est tout, ce disque est avant tout un rêve tour à tour joyeux, sombre, malsain, mélancolique et poétique.
Par contre, mention spéciale à la pochette, ma préférée du groupe.

FACE A

Ces Gens-Là

Aujourd'Hui C'Est La Fête De L'Apprenti-Sorcier

Bivouac, 1ère Partie

L'Espionne Lesbienne

Bivouac Final

FACE B

De Temps En Temps

La Route Aux Cyprès

Le Cimetière Des Arlequins