E1

On termine 2020 ce soir, on ne va pas dire que ça aura été la meilleure année de tous les temps, pas vrai ? Mais on n'est pas là pour parler politique ou situation sanitaire mondiale plus que préoccupante (article rédigé en septembre ; nul doute que dans l'intervalle, rien n'aura vraiment évolué en positif sur ce point...). Quoi de mieux, pour achever l'année, que de proposer un peu d'Eagles ? Surtout que début décembre, je vous avais proposé une réécriture pour le premier opus. J'y disais que je n'envisageais pas spécialement de faire un cycle sur ce groupe, mais qu'il fallait quand même que je refasse leurs quatre premiers albums. Bon, ben, maintenant, au moins les deux premiers sont rechroniqués sur le blog, parce que c'est de leur deuxième album, sorti en 1973, que je vais reparler ici. Le premier opus, éponyme, sorti en 1972, était, on s'en souvient, un excellent opus de country-rock, superbement produit, et offrant, déjà, quelques classiques pour le groupe : Take It Easy (à la base un morceau de Jackson Browne, ami du groupe, morceau qui fut revisité par le groupe), Peaceful Easy Feeling, une superbe reprise du Train Leaves Here This Morning de Dillard & Clark (à la base un morceau co-écrit par Gene Clark et Bernie Leadon, membre des Eagles). Le succès de l'album a fait que, rapidement, on a exigé (on : leur label, Asylum Records, et son patron David Geffen) une suite. Que le groupe a été enregistrer début 1973, à Londres, no shit (studios Island), sous la houlette d'un grand producteur/ingénieur du son de l'époque, j'ai nommé Glyn Johns (Rolling Stones, Led Zeppelin...).

E2

Sorti en avril 1973 sous une pochette western montrant le groupe (de gauche à droite sur le recto : Henley, Frey, Meisner, Leadon) en hors-la-lois armés (au verso, ils sont allongés au sol, avec J.D. Souther et Jackson Browne, devant un bâtiment type western, saloon ou banque, morts, avec leurs exécuteurs posant fièrement derrière, dont Glyn Johns avec le chapeau blanc, à l'extrémité droite), l'album s'appelle Desperado (évidemment) et est assez court, 35 minutes. A sa sortie, l'album marchera bien, mais quand même nettement moins que le précédent, et le groupe, déçu par cette petite contre-performance, impliquera ça à la production un peu lisse de Glyn Johns. Dès l'album suivant, ils trouveront leur producteur, Bill Szymczyk. Mais si Desperado les a déçus (ils en interprèteront toujours des morceaux live, ceci dit) et a moins bien marché, il n'en demeure pas moins un excellent album, que le groupe a voulu conceptuel et tournant autour de la vie des outlaws. Ce qui se ressent via des morceaux comme Doolin'-Dalton (présent aussi en courte reprise instrumentale sur la face B, et en mix avec le morceau-titre repris, en final d'album), Desperado (première chanson écrite par Frey et Henley ensemble), ou Twenty-One, écrite par Leadon, dont le titre sera une allusion à l'âge qu'avait Emmett Dalton, le plus jeune des frères Dalton (les vrais, hein) quand leur gang fut abattu. Il a pris 23 balles dans le corps, mais a quand même survécu, il fut le seul. Certain Kind Of Fool, de Meisner le bassiste, aussi est basé sur ce thème du hors-la-loi. Outlaw Man aussi, évidemment. 

E3

Mais en fait, Desperado n'est pas vraiment conceptuel, et c'est surtout pour l'ambiance que l'on parle de disque sur le Grand Ouest et ses truands. Un peu plus typé country que le précédent opus, l'album offre de pures merveilles : Bitter Creek, Desperado (que Linda Ronstadt, amie du groupe, reprendra sur un de ses albums, la même année ; la chanson sera aussi reprise par notamment Kenny Rogers, Johnny Cash, les Carpenters, Diana Krall, Johnny Rodriguez...), Tequila Sunrise, Saturday Night... Si le premier album est une réussite, Desperado, pour moi, est encore plus abouti, un des meilleurs opus du groupe, un album qui entremêle morceaux rythmés (Out Of Control, Twenty-One) et ballades (Saturday Night, Desperado, Doolin'-Dalton), un album très bien produit, n'en déplaise au groupe qui a trouvé à redire au boulot de Johns (lequel, sur le suivant, On The Border en 1974, que je réaborderai sans doute un de ces jours, est coproducteur avec Szymczyk). Je ne vois encore une fois aucune mauvaise chanson sur cet album, que je conseille à toute personne aimant la country-rock et le soft-rock. A noter qu'à la base, la pochette était prévue pour être double (gatefold), mais Geffen renâclera. Déjà que pour le précédent album, il était prévu que la pochette soit un grand poster cartonné dépliable (fold-out) mais la maison de disques fera coller les extrémités pour la transformer en gatefold, faisant ainsi une bourde légendaire (la photo interne apparaît à l'envers pour le coup, normal, c'était censé être déplié à la base), on peut dire que le groupe n'a pas trop de bol avec leur pochettes...

FACE A

Doolin'-Dalton

Twenty-One

Out Of Control

Tequila Sunrise

Desperado

FACE B

Certain Kind Of Fool

Doolin'-Dalton (Instrumental)

Outlaw Man

Saturday Night

Bitter Creek

Doolin'-Dalton/Desperado (Reprise)