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Chronique rédigée avant le décès de Christophe.

Il n'y à pas très longtemps (quelques semaines tout de même), j'ai réabordé ici deux albums de Christophe, Les Paradis Perdus et Samouraï, respectivement sortis en 1973 et 1976. J'imagine que certains se sont demandé bah ! il en manque un entre les deux, et "Les Mots Bleus", ils puent de la gueule ? Bah non, mais j'envisageais bien de le réaborder aussi, cet album, mais je ne voulais pas tout faire en même temps. Voici donc le moment de reparler d'un album totalement mythique dans la chanson française : Les Mots Bleus. Mais avant, petit retour en arrière. En 1973, Christophe collabore, pour la première fois de sa carrière, avec Jean-Michel Jarre, oui, le futur joueur de synthé en mousse aux rayons lasers. Les deux hommes vont faire un album, Les Paradis Perdus, sur lequel Jarre signe les paroles, mais aucune musique. Cet album majeur (qui certes offre une chanson absolument infâme, Mickey, mais pour le reste...), un sommet de rock français et de chanson de la même nationalité, servira de trampoline pour relancer la carrière du chanteur d'Aline et des Marionnettes, qui était certes à la mode au milieu des années 60, mais sombrera assez rapidement dans l'oubli et considéré comme has-been. L'album ne sera pas une vente monumentale, mais il fera parler de lui via sa chanson-titre, inoubliable joyau. L'année suivante, entouré des mêmes musiciens (le batteur "Bunny" Rizzitelli, le bassiste Didier Batard, le claviériste Dominique Perrier, le guitariste Patrice Tison), et jouant lui-même de l'harmonica et de l'orgue électronique Eminent 310, Christophe remet ça. Il enregistre, au studio Ferber de Paris (le même studio que pour le précédent opus...et le suivant, Samouraï), Les Mots Bleus.

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Encore une fois produit, pour son propre label (Motors), par Francis Dreyfus, l'album est mis en paroles par Jean-Michel Jarre, à l'exception de deux titres : Souvenirs, qui dure 1,30 minutes et est instrumental, et C'Est La Question, que Christophe a composé en totalité, paroles et musique. Il signe, sinon, la musique de l'ensemble de l'album. C'est un album court (34 minutes et autant de secondes) qui, par la grâce de deux chansons qui, encore aujourd'hui, sont connues de tous, marchera bien, très bien même. Revenu de son statut de ringard, Christophe le moustachu qui ne rigole que quand il se brise un membre va dès lors, et ce jusqu'à la fin (pas encore survenue) de sa carrière et/ou de sa vie, écumer les plateaux TV pour chanter Les Mots Bleus, chanson qu'il reprendra même en italien (il est d'origine italienne) sur un album entièrement chanté dans cette langue. Chanson que Bashung reprendra magnifiquement dans les années 90. Les Mots Bleus, pour Christophe, c'est comme Le Sud pour Nino, ou Tu Verras pour Nougaro, un hymne qui, tout en étant d'une beauté hallucinante, une des plus belles chansons françaises...est aussi un arbre qui cache toute la putain de forêt. C'est une des plus belles chansons de l'album qui lui doit son nom, mais ces putain de six heures au clocher de l'église vampirisent tellement l'album qu'on en oublie qu'il offre aussi Le Dernier Des Bevilacqua, 9 minutes haletantes et autobiographiques (Christophe s'appelle Daniel Bevilacqua), progressives et géniales ; qu'il en offre aussi La Mélodie, grande chanson méconnue ; Drôle De Vie ; et bien entendu, l'autre tube de l'album, Senorita

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Le très moche visuel d'une ancienne édition CD graphiquement immonde (absence de livret, pas d'artwork original...)

Courte (3 minutes, même pas, en fait), cette chanson portée par un piano entêtant est l'autre tube de l'album, donc, que Totophe interprétera à la TV presque aussi souvent que Les Mots Bleus. Ode au cinéma et aux USA par le biais de ses multiples références (Brando, James Dean), la chanson parle d'une jeune femme que le narrateur morigène un peu. Le rythme est nerveux, pas étonnant que les Gypsy Kings aient repris, en espagnol, la chanson par la suite. D'ailleurs, à ce sujet, c'est con je sais mais j'y peux rien, autrefois, il y à longtemps, j'entendais souvent cette reprise hispanophone de Senorita par les Gipsy Kings (du moins, je crois que c'était eux), et le jour où j'ai entendu pour la première fois la version originale (lors d'un passage TV de Christophe, sans doute ; il devait la chanter à la TV plus souvent qu'il n'en avait envie, je pense), je pensais qu'il avait repris la chanson aux Gipsy Kings ! Par la suite, j'ai évidemment compris que c'était l'inverse... J'avais prévenu que c'était con, en même temps ! Sinon, pour en finir avec Les Mots Bleus, cet album, musicalement très proche du précédent, est encore une fois du très très très haut niveau, culte comme pas deux, une totale réussite... J'en ai juste un peu marre qu'on parle plus souvent de cet album que du précédent et du suivant (des deux suivants, en fait, parce que Le Beau Bizarre...sublime !), mais en même temps, c'est effectivement une incontestable réussite !

FACE A

Le Dernier Des Bevilacqua

Senorita

C'Est La Question

FACE B

Les Mots Bleus

La Mélodie

Le Petit Gars

Drôle De Vie

Souvenirs