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Le retour de Bruce Dickinson (chant) et d'Adrian Smith (guitare), faisant passer le groupe à six membres et trois guitaristes, en 1999, a été un vrai bouleversement (et un bouleversement positif, une claque salutaire), pour Iron Maiden et ses fans. Exit Blaze Bayley, salut, la bise à Roger, et retour en force de leur meilleur et plus prolifique chanteur, et d'un guitariste qui était là dès le deuxième album (et jusqu'en 1989). Le groupe a immortalisé ce retour en force avec un album exemplaire en 2000, Brave New World, et une tournée qui l'était tout autant, tournée représentée, en 2002, par le double live Rock In Rio, enregistré à Rio De Janeiro (première fois que Maiden allait en Amérique du Sud, et ils y retourneront souvent !), un live dantesque (des versions à tomber des chansons du nouvel album, mais aussi de Sign Of The Cross, The Clansman, toutes deux de l'ère Bayley, ou de Fear Of The Dark, The Trooper...), à peine ruiné par une production un peu trop envahissante : on entend trop le public, et pas assez le groupe (et son chanteur), des fois, à cause de soucis techniques, le groupe a joué sur un tiers de sa sono en raison de soucis, et parfois, ça s'entend (ou plutôt, ça ne s'entend pas, on entend mal le groupe et Bruce) ! Après cette tournée, le groupe aurait pu se reposer, mais non, Steve Harris (basse, patron du groupe) et les autres commencent à écrire, et entrent en studio en janvier 2003 (jusqu'à février de la même année) pour enregistrer un album qui sortira en septembre. L'album a été enregistré à Londres, aux studios Sarm West, et s'appelle Dance Of Death. La production de Brave New World, signée Harris et Kevin Shirley, ayant été un succès, on les retrouve tous deux aux commandes de cet album de 68 minutes (11 titres) pour lequel on évitera soigneusement de parler de la pochette.

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En effet, cette pochette (on va en parler quelque peu quand même) est indéniablement un foirage intégral. Le concepteur de ce visuel fait par CGI demandera d'ailleurs qu'on retire son nom des crédits, le groupe ayant choisi et validé une version non finalisée du visuel, on y trouve plein de défauts, de mochetés, et même si elle était finalisée, franchement... Le concepteur de la pochette s'appelle David Patchett, pour info. Dans le livret, on a des photos des membres du groupe, posant dans un décor assez imposant (une salle d'apparat, dans la pénombre), entourés de femmes à moitié nues et arborant des masques de carnaval vénitien, toutes avec un effet de flou pour les femmes (mais pas pour les musiciens, hé hé), le tout fait très scène d'orgie gothique du Eyes Wide Shut de Kubrick (clairement une référence, non citée dans le livret, pour les photos). C'est meilleur que la pochette, mais pas non plus grandiose. Heureusement, musicalement, Dance Of Death est d'un tout autre niveau. Sans aller quand même jusqu'à atteindre l'excellence quasi-totale de Brave New World (et les deux albums que le groupe fera par la suite sont eux aussi meilleurs), ce treizième album de Maiden offre son lot de classiques, et, aussi, quelques surprises. C'est la première fois, avec New Frontier (une chanson sur la génétique, le clonage, apparemment), que le batteur Nicko McBrain, présent depuis 1983 quand même, co-signe un titre ! Pas le meilleur titre de l'album, c'est clair. En réalité, c'est même probablement le moins bon des onze de l'album ! Mais c'est quand même une chanson assez sympatoche. On a aussi une chanson totalement acoustique (avec des arrangements de cordes), de toute beauté, Journeyman, qui achève le disque, 7 minutes de bonheur. Le groupe l'avait aussi enregistrée en version électrique, mais Dickinson préfèrera la version acoustique, argumentant que compte tenu que les auditeurs, arrivés à Journeyman, venaient d'entendre une heure de heavy-metal bien chargé, le groupe préféra finir le disque sur une touche inédite, particulière, et reposante. Un des meilleurs morceaux de l'album, et une des meilleures conclusions d'albums de Maiden. 

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Et comme je l'ai dit, Dance Of Death offre son lot de classiques ! Outre Journeyman, on a bien évidemment la chanson-titre, inspirée, selon le guitariste Janick Gers, par la scène finale du Septième Sceau d'Ingmar Bergman. Dance Of Death est une chanson grandiosissime et longue (8,35 minutes), à l'intro sublime, aux paroles efficaces sur un homme racontant une étrange histoire lui étant arrivée autrefois, alors qu'il avait (le dit-il) un petit peu bu, mais pas trop. Une histoire de danse avec des démons, des fantômes, il s'en est tiré de peu, et jure, depuis, de ne plus jamais danser de sa vie ! Autre classique de la même durée, Paschendale, qui parle de la bataille du même nom (à Passchendaele, selon le vrai orthographe), qui a eu lieu en Belgique, pendant la Première Guerre Mondiale. Une tuerie purement et simplement. La chanson a été écrite par Adrian Smith, lui qui, d'ordinaire, collaborait surtout au groupe avec des chansons plus courtes et commerciales, ce n'est pas vraiment le cas ici ! Mais c'est le cas des deux chansons ouvrant le disque, Wildest Dreams et Rainmaker, deux courtes chansons de moins de 4 minutes, deux chansons géniales (Smith a co-signé la première, pas la seconde). No More Lies, une de mes préférées de l'album, suit, sublime intro, Bruce en fait sans doute un peu trop dans le refrain, mais qu'importe. On peut aussi citer Montségur, qui parle de la chute des Cathares, et Face In The Sand, qui parle, elle, de la guerre en Irak, une des rares chansons d'actualité du groupe. La première est efficace, la seconde moins, je lui préfère Age Of Innocence, mais elle est très bonne quand même. En fait, les deux seules chansons un peu moyennes ici sont New Frontier et Gates Of Tomorrow.

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Au final, ce treizième album, avec ses surprises (le batteur s'essaie à la composition, ce qui fait de ce disque le seul du groupe avec un crédit pour chacun des membres, pour le moment ; une chanson acoustique et lyrique en final), est une belle réussite, pas leur sommet, mais Dance Of Death n'a absolument pas à avoir honte de ses aînés. Si on excepte deux chansons un peu moyennes et une pochette totalement atroce et foirée (au point tel, comme je l'ai dit, que son concepteur l'a reniée), l'album, super bien produit, est solide, et il sera plutôt bien accueilli par la presse et les fans. Deux ans plus tard, le groupe sortira un live de la tournée, Death On The Road, un double live enregistré au cours d'un concert donné à Dortmund, en Allemagne. On y trouve les meilleurs morceaux de l'album, plus des classiques, dans d'excellentes versions (Paschendale, Journeyman, Hallowed Be Thy Name...on a aussi Lord Of The Flies, de l'ère Bayley, magnifiquement chantée par Bruce), un live qui fera dire à certains fans et critiques que Maiden sort pas mal de lives, un peu trop, en fait (il y en aura trois autres par la suite, même si un de ces trois, Maiden England '88, sera en réalité la réédition 2013 du fameux live de 1988 qui était jusque là introuvable depuis des années), et qu'en plus, la setlist de ces lives est sensiblement la même, on a toujours les mêmes titres (parmi les classiques), plus une poignée de chansons de l'album le plus récent. Mais les fans se reconnaissent au fait qu'ils achètent, toujours, se faisant sans doute avoir mais quand on aime, on ne compte pas ! Pour finir, donc, ce treizième album, sans être le sommet, est vraiment bon !

Wildest Dreams

Rainmaker

No More Lies

Montségur

Dance Of Death

Gates Of Tomorrow

New Frontier

Paschendale

Face In The Sand

Age Of Innocence

Journeyman