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On va reparler un peu de Robert Fripp. Si vous suivez le blog depuis longtemps, ou que vous vous y connaissez un peu en rock, logiquement, le Frippounet, vous devriez savoir qui c'est. Un guitariste (et claviériste aussi, accessoirement) britannique qui fit partie des membres fondateurs, et est même le seul membre présent sur l'ensemble des albums du groupe, de toutes les reformations (épisodiques, mais le groupe existe toujours), de King Crimson, fameux groupe de rock progressif et expérimental fondé en 1968. Fripp, qui possède un jeu de guitare très particulier, vaguement larsénique, un peu strident et pas immédiatement accessible, a participé à des albums de divers artistes : Bowie (sur "Heroes" en 1977 - la fameuse guitare, inoubliable, du morceau-titre, c'est lui, vous voyez de quel style de jeu je voulais parler ; mais il joue sur tout l'album - et sur Scary Monsters (& Super Creeps) en 1980) ; Blondie (il apparaît sur un titre de leur Parallel Lines en 1978) ; Brian Eno (il a fait, avec lui, deux albums de collaboration, mais joue aussi sur trois de ses albums solo) ; Peter Hammill (Fool's Mate) ; Talking Heads (Fear Of Music) ; Van Der Graaf Generator (deux albums) ; Peter Gabriel (les trois premiers albums, et il lui a produit le second) ; mais aussi des albums de David Sylvian, Daryl Hall (il lui produit Sacred Songs), Toyah Wilcox (sa femme), Porcupine Tree, Joe Satriani...Il a aussi fait partie de The League Of Gentlemen. Bref, un vrai stakhanoviste, ce qui ne l'empêcha pas, en 1974, de splitter King Crimson et de se retirer, pour une année, en 1975, dans une sorte d'école d'apprentissage du contrôle de soi, l'I.A.C.E. Sherborne House, dirigée par un certain J.G. Bennett, disciple de Gurdjieff. Apparemment, Fripp, en 1974, a eu une vision du futur assez apocalyptique dans laquelle il verra que notre civilisation va s'effondrer dans une crise planétaire qui pourrait durer plus ou moins longtemps selon la réaction des gens de pouvoir (aux mains de fer, trafiquants d'azur sur la mer...Lavilliers, je t'aime beaucoup, mais fous le camp de cette chronique de Robert Fripp, merci).

Je ne vais pas me foutre de lui, vu la situation mondiale, à tous niveaux, depuis plusieurs années...

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Fripp est revenu aux affaires en 1977, et en 1979, il sort son premier album solo, Exposure, un album totalement grandiose et dingue sur lequel il fait participer des pointures telles que Peter Hammill (Van Der Graaf Generator), Daryl Hall (de Hall & Oates) dont il avait, en 1977, produit Sacred Songs, qui ne sortira qu'en 1980, Peter Gabriel (en 1978, il lui a produit son deuxième album), Terre (se prononce Terry) Roche, une chanteuse, Phil Collins (batterie sur deux titres), Tony Levin (basse), Brian Eno, Jerry Marotta (batterie), Narada Michael Walden (pareil), Sid McGinnis (guitare rythmique), Barry Andrews (orgue). Exposure, qui offre 17 titres pour un peu plus de 45 minutes, est un album assez compliqué. Je ne veux pas dire par là qu'il soit difficile à écouter, c'est pas Trout Mask Replica non plus, je vous rassure. Mais c'est tout de même pas de la pop, malgré la présence de Daryl Hall sur certains titres, et de Peter Gabriel sur d'autres. A noter, d'ailleurs, qu'Exposure fait partie d'une trilogie produite par Fripp, avec le deuxième album de Gabriel et Sacred Songs de Hall. On trouve ici un morceau présent aussi, dans une autre version, sur l'album de Hall (Urban Landscape, instrumental frippien) et un morceau présent aussi sur celui de Gabriel, et non des moindres : Exposure, refait ici, et qui a donné son nom à l'album de Fripp. Cette nouvelle version d'Exposure est atmosphérique et saisissante, pleine de guitare frippienne en diable, et sur laquelle on entend Terre Roche s'époumoner en de longs expooooooooooosuuuuuuuuuure !! souvent stridents et proches du cri primal janovien. La version de Gabriel, sur son album, est excellente ; celle-ci est incroyable. Gabriel, lui, refait, en version piano-voix sublime (loin de la version, sublime aussi, mais très produite, issue de son premier album en 1977), son Here Comes The Flood

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Tout l'album  est une série de morceaux souvent courts (First Inaugural Adress Of The I.A.C.E. Sherborne House ne dure que 7 secondes, on y entend la voix de Bennett, dont j'ai parlé plus haut), plusieurs sont instrumentaux et remplis de ce que Fripp appellera des Frippertronics, ou soundscapes (nappes sonores remplies de guitare modifiée avec des synthés), comme Urban Landscape, Water Music I, Water Music II, Häaden Two... D'autres morceaux sont chantés : Mary par Terre Roche (belle voix), Disengage et Chicago (un morceau qui, selon les versions de l'album, j'en parle tout de suite, sera bien différent) par Peter Hammill, You Burn Me Up I'm A Cigarette et North Star par Daryl Hall...  L'album sortira en plusieurs versions, au point que c'est très compliqué de s'y retrouver : la version d'époque, en 1979 ; une version remixée en 1983, qui propose des différences (versions différentes de certains titres) ; en 1985, l'album ressortira en version définitive ; en 2006, il ressort en CD en double album, avec la version 1979 et, sur l'autre disque, une nouvelle version, encore, de l'album. Un beau bordel. Personnellement, j'en reste à la version 1979. Ce n'est peut-être pas la définitive selon les dires de Fripp (qui, musicalement parlant, est du genre révisionniste ; il a même été jusqu'à modifier l'artwork de pochette du Discipline de King Crimson, le symbole de la pochette n'est pas le même entre la version originale 1981 et celle des éditions CD les plus récentes !), mais est la première, et la plus réussie selon moi. De toute façon, Exposure est une tuerie de rock expérimental et ambient !

FACE A

Preface

You Burn Me Up, I'm A Cigarette

Breathless

Disengage

North Star

Chicago

NY 3

Mary

FACE B

Exposure

Häaden Two

Urban Landscape

I May Not Have Enough Of Me But I've Had Enough Of You

First Inaugural Address To The I.A.C.E. Sherborne House

Water Music 1

Here Comes The Flood

Water Music 2

Postscript