BS2

Sorti en 1971, ce disque est pour moi le premier sommet de Black Sabbath. Il inspirera son nom à un groupe de hard-rock à tendance stoner fondé par Chris Goss (producteur de Kyuss et Queens Of The Stone Age) en 1981, Masters Of Reality (dans lequel certains QOTSA, Josh Homme, Nick Oliveri, se sont temporairement illustrés). Bref, cet album, leur troisième, s'appelle Master Of Reality, et s'il y à bien un truc négatif à dire à son sujet, c'est au niveau de sa pochette : elle est, franchement, moyenne : le nom du groupe et de l'album, en grosses lettres vagueuses, sur fond noir. Au verso, le nom du groupe de la même manière, et les paroles, qui occupent tout le reste (premier album du groupe pour lequel les paroles sont proposées sur la pochette, il me semble). En ouvrant la pochette, on a une photo du groupe (un poster) posant dans un décor forestier, photo plus bas dans l'article. L'album offre 8 titres pour un total franchement court de 34 minutes. L'édition américaine d'époque crédite 11 titres, au passage, mais ces rajouts ne modifient pas la durée de l'album : il s'agit en fait d'un découpage de quelques morceaux de l'album en plusieurs parties. Children Of The Grave voit son final avec locked groove (viré du CD) renommé en The Haunting, l'intro de Lord Of This World est nommée Step Up, et les 3 premières minutes (sur 6) de Into The Void est baptisée Deathmask. Ce découpage est propre à l'édition ricaine d'époque : toutes les éditions CD sont avec 8 titres officiels. Et comme je l'ai dit, la durée de l'album est identique, partout. Toujours produit par Rodger Bain, enregistré au studio Island de Londres entre février et avril, l'album est sorti en juillet 1971.

BS1

Master Of Reality, qui offre plusieurs classiques du groupe, marchera bien dans les charts, mais ne recevra pas de très bonnes critiques. Un truc qu'on a tendance à oublier avec Black Sabbath, c'est que ce groupe aujourd'hui considéré comme majeur était, à l'époque, globalement méprisé des rock-critics, de la presse rock. Il n'y avait pas encore de magazine spécialisé dans le hard-rock, évidemment, et on ne parlait pas encore du groupe comme d'un pilier du genre. Pour l'époque, c'était surtout un groupe de drogués qui faisaient de la musique pour accros aux downers (antidépresseurs), Lester Bangs, rock-critic américain, raconte dans un article de 1975 (ou 1974 ?) au sujet du groupe qu'à un de leurs concerts, les fans étaient tellement défoncés aux pilules qu'ils étaient, pour certains avachis au sol, sans réaction, alors que le groupe jouait, des zombies. Entre ça et la réputation de satanistes du groupe, il est clair que le Sabbath faisait polémique et n'était, globalement, pas apprécié des amateurs de rock classique, juste des givrés de l'époque. Et puis, en plus, les paroles des chansons... Sweet Leaf ('douce feuille') parle du cannabis, Children Of The Grave (dont Blondie, oui, Blondie, semble s'être un peu inspiré pour Call Me, tant leur chanson semble être une version disco/pop de la chanson du Sabb') est sans équivoque, et parle, comme War Pigs l'année précédente, de la guerre, After Forever demande à l'auditeur s'il a envie de voir le Pape au bout d'une corde...

BS3

A côté de ces chansons, on a deux instrumentaux atmosphériques (Embryo, Orchid), le groupe en mettra souvent sur ses albums par la suite, et Solitude, belle chanson à la Planet Caravan, qui semble un peu intruse sur le disque, mais est tout de meme superbe. D'une manière générale (Into The Void, Lord Of This World, Children Of The Grave), ce troisième opus du Sabbat Noir est très lourd, sombre comme sa pochette, , et vraiment une réussite indéniable. Paranoid, le précédent opus, était lui aussi une indéniable réussite, mais comme j'ai eu l'occasion de le dire hier en le réabordant, je le trouve un peu trop évident, une machine à classiques (quasiment tous les titres). Ici, des classiques, on en a, mais en quantité, je dirais, raisonnable. C'est un album que je trouve mieux structuré que le précédent, il est certes très court (c'est, de mémoire, le plus court du groupe, et de loin) mais est-ce que vous préférez un disque court et parfait, ou un disque plus généreux en durée, mais offrant un peu de déchets ? Bon, en même temps, les trois albums suivants sont bien plus longs (jusqu'à 10 minutes de plus que Master Of Reality) mais eux aussi sont de vraies, totales réussites, donc mon argument tient peu. Mais en attendant, ce troisième opus, qui continue d'instaurer la légende sabbathienne, est un de leurs chefs d'oeuvres !

FACE A

Sweet Leaf

After Forever (including The Elegy)

Embryo

Children Of The Grave

FACE B

Orchid

Lord Of This World

Solitude

Into The Void