X1

 Bruce Dickinson s'en va, quitte Iron Maiden en 1993, une fois la très réussie tournée mondiale de promotion de Fear Of The Dark achevée. Lui qui était dans le groupe depuis 1982 aura marqué Maiden, il en reste le chanteur majeur et préféré des fans. Après son départ, le monde du hard-rock est tout tourneboulé, les fans se lamentent, qui pour remplacer Bruce, si jamais le groupe décide de continuer ? Car Steve Harris, le leader et bassiste, doute. Il est, en 1993/94, dans une sale période, il a des soucis personnels : son mariage se transforme en divorce, et son père, qu'il adule, est malade (il finira par décéder quelques annés plus tard). Si on rajoute à ça le départ du charismatique chanteur de Maiden, nul besoin de se dire qu'Harris doute, et se demande s'il faut ou non continuer. Mais il se ressaisit rapidement, quand même, et se dit que, oui, Bruce est parti, mais ce n'est pas pour ça qu'il faut s'arrêter, la vie continue. Après des recherches, Harris jette son dévolu sur un jeune chanteur relativement méconnu, leader d'un groupe de hard-rock qui ne fera guère parler de lui (on ne s'en souvient que parce que son chanteur a ensuite été dans Maiden !) du nom de Wolfsbane. Le chanteur s'appelle Blaze Bayley (de son vrai nom Bayley Alexander Cooke), né en 1963, et donc âgé de 31 ans quand il est recruté par Iron Maiden comme chanteur. Vocalement très éloigné de Bruce Dickinson, très éloigné aussi du style du premier chanteur connu du groupe (Paul Di'Anno), Blaze Bayley possède une voix rauque et grave, parfois profonde dans ses moments calmes. Il tiendra deux albums, puis s'en ira, en 1999, immédiatement remplacé (au cours même de la tournée !) par Bruce Dickinson, qui est toujours là.

X4

Blaze Bayley n'est pas le chanteur le plus populaire de Maiden ; euphémisme, en fait : il n'est pas apprécié, sauf de quelques irréductibles. Mais à sa décharge, il n'a pas eu du bol : il passe après un chanteur mythique ayant fait tourner la baraque Maiden pendant 10 ans, ayant même réussi à s'approprier, en live, des chansons écrites avant son arrivée, et, donc, pour une autre voix que la sienne ; et Bayley, aussi, a eu des soucis personnels durant les deux tournées qu'il a faites avec Maiden : pas mal de dates durent être annulées pour des soucis de santé, des allergies à des costumes et effets scéniques. Et puis, il y à l'accueil des fans et de la presse, peu enclins à oublier Dickinson (personne ne leur a demandé de le faire, en même temps, mais si ça avait été le cas, ça aurait été difficile à faire passer, comme message) et à accepter le nouveau-venu, qui restera nouveau-venu jusqu'à son départ. Blaze était cependant accepté par le groupe, pas de doute à ce sujet. Cinq des onze chansons du premier album fait avec lui ont été co-écrites par ses soins. L'album, enregistré entre 1994 et août 1995 aux studios Barnyard (Essex) appartenant à Harris, est sorti en octobre 1995, et s'appelle The X Factor (la tournée sera logiquement appelée X Factour). Allusion au fait que c'est le dixième album du groupe (tout comme Seventh Son Of A Seventh Son, en 1988, était leur septième). La pochette est très originale, et fera polémique de par son réalisme, son aspect (elle sera censurée dans certains pays, remplacée par celle ci-dessous), et montre Eddie en très mauvaise posture, crâne ouvert (on voit le cerveau), attaché sur une chaise de torture, visuellement proche du Eddie de la pochette de Seventh Son Of A Seventh Son (il n'a plus le bas de son corps). Il faut dire que les deux albums sortis après 1988 ne proposaient pas d'évolution du personnage d'Eddie, contrairement à l'habitude d'Iron Maiden. Là, quelque part, c'est un peu retour aux sources, en dépit du graphisme, totalement novateur. La pochette est signée Hugh Syme, qui signe sa première pochette du groupe. Sa seule, je crois.

X2

Fear Of The Dark, le précédent album, était le premier conçu pour le format CD, et durait, de fait, bien plus longtemps que les précédents (58 minutes). The X Factor va plus loin, lui : il dure 71 minutes, un des plus longs du groupe, pour de bon (battu par The Final Frontier et ses 76 minutes). A sa sortie, on reprochera cette durée épuisante à l'album, mais surtout son côté très très sombre, sépulcral même. Comme je l'ai dit plus haut, Steve Harris (qui est crédité pour tous les titres, et il en a signé quatre à lui tout seul) n'était pas dans une très bonne passe, il n'avait pas le moral (ça n'a certes pas d'importance dans le fond, mais aucun des membres du groupe ne sourit sur les photos du livret, sauf, à la rigueur, Dave Murray et Nicko McBrain, qui ont de bonnes bouilles généralement positives). L'album, qui bénéficie de claviers joués par Michael Kenney (un fidèle), offre un grand nombre de classiques qui, une fois l'ère Bayley finie, ne seront hélas plus joués lives, sauf deux d'entre eux : Lord Of The Flies (le titre s'inspire du fameux roman du même nom - Sa Majesté Des Mouches - de William Golding) et Sign Of The Cross. Cette dernière chanson, longue de 11 minutes (la deuxième plus longue de Maiden derrière Rime Of The Ancient Mariner, 1984, qui fait 13,40 minutes, et une des trois chansons du groupe à atteindre 10 minutes, la dernière est When The Wild Wind Blows, 2010, qui fait aussi 11 minutes), qui fait allusion au roman et au film Le Nom De La Rose, bénéficie de chants grégoriens de toute beauté et possède une ambiance médiévale, sinistre et impressionnante. Autant le dire, Sign Of The Cross, qui ouvre l'album, est une tuerie totale, un des trois meilleurs morceaux du groupe (si, si !), et même si Bruce Dickinson, en live (Rock In Rio, 2002), la chantera bien, Blaze Bayley est juste IMMENSE dessus. La meilleure de l'album, et c'est dommage qu'elle en soit l'ouverture, car ça veut dire, forcément, que le reste de The X Factor, bien de d'un très très bon niveau, lui est inférieur. Pourtant, The Aftermath, Fortunes Of War (qui parlent toutes deux de la guerre, pas un sujet rigolo), 2 A.M. (chanson que certains jugeront facile, au thème éculé du mec qui est seul chez lui, paumé, et s'emmerde), The Edge Of Darkness (s'inspirant de la nouvelle de Joseph Conrad Au Coeur Des Ténèbres, qui a donné Apocalypse Now) et le terriblement sinistre Blood On The World's Hands sont de remarquables morceaux.

X3

Album franchement réussi, mais possédant une atmosphère lugubre et complexe qui fait qu'il ne vaut pas mieux démarrer son écoute des albums du groupe par lui, The X Factor est un joyau méconnu, sous-estimé. Des deux albums faits par le groupe avec Blaze Bayley, c'est, et de loin, le meilleur. Il faut dire aussi (j'en reparle bientôt ici) que l'album suivant, Virtual XI (encore un titre en allusion à la position discographique de l'album, et ça sera la dernière fois), est vraiment mauvais, le moins bon du groupe, moins bon, encore, que le pourtant très médiocre No Prayer For The Dying. Mais ce dixième album est, lui, vraiment bon, il permet d'agrandir un peu l'horizon du groupe, avec des thèmes et ambiances encore plus noires que de coutume, et une nouvelle palette vocale, totalement différente de celle de Dickinson. Aucun point de comparaison, Bayley ne pouvant pas aller très haut dans les aigus, même s'il y était contraint par arme à feu (écoutez ses Going down, going down, going down, sur Man On The Edge, qui sont parmi ce qu'il peut faire de plus aigu ; Dickinson ne risquait rien, pas de concurrence !). En live, Bayley ne sera pas très convaincant sur les anciennes chansons, et comme je l'ai dit, l'expérience scénique tournera court, au grand dam du groupe. On ne peut pas dire que la période Bayley soit la plus réussie du groupe, c'est même totalement l'inverse, mais au moins, il y aura eu un grand disque dans cette période : The X Factor, album qui aura mis du temps à être réhabilité, mais qui fait, selon Steve Harris, partie des meilleurs albums du groupe, et il s'agit probablement de son petit préféré. C'est un des miens, en tout cas.

Sign Of The Cross

Lord Of The Flies

Man On The Edge

Fortunes Of War

Look For The Truth

The Aftermath

Judgement Of Heaven

Blood On The World's Hands

The Edge Of Darkness

2 A.M.

The Unbeliever