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Après la fin des Stooges en 1974 (après un Raw Power démentiel produit par Bowie, qui a cependant largement atténué le côté violent de la musique du groupe ; voir le remix de 1997, signé Iggy en personne, et qui explosera les tympans de toute personne l'écoutant au casque à un volume relativement élevé), Iggy Pop est en pleine déroute. Il enregistre un disque avec James Williamson (guitariste des Stooges de Raw Power), le fameux Kill City à la production aussi belle qu'une décharge sauvage sur la Côte d'Azur, album enregistré en 1975 mais qui sortira en 1977. Iggy s'en sort difficilement (litote), il vit comme un clodo, se came totalement, commence à perdre la boule, et va passer, de son plein gré, un an dans un hôpital psychiatrique afin de se reposer. C'est David Bowie (qui lui rendra visite) qui l'en fait sortir en 1976, afin qu'il l'accompagne sur sa tournée Isolar, de son album de 1976 Station To Station. Bowie va faire mieux que ça : il va produire le premier album solo de l'Iguane, The Idiot, enregistré entre juillet 1976 et février 1977 à Hérouville, dans le 95, un album fédérateur, immense et sombre comme la nuit. A peu près à la même époque, Bowie y enregistre son Low. Plus tard, en 1977, Bowie et Iggy se retrouvent à Berlin-Ouest, au studio Hansa-by-the-Wall, afin d'enregistrer leurs albums respectifs. Bowie y fera son "Heroes" et, quelques semaines plus tôt, Iggy, sous la houlette de Bowie producteur (et musicien), y fera son deuxième album studio, ce Lust For Life qui reste encore, à l'heure actuelle, le sommet de la carrière solo de l'Iguane. 

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Verso de pochette vinyle

L'album est sorti sous une pochette noir & blanc (pour une raison que j'ignore, le CD la propose avec un cadre orangé tout autour de la photo) représentant un Iggy hilare. Selon lui, sa version toute personnelle du personnage d'Alfred E. Neumann, le fameux crétin mascotte dessinée du magazine satirique américain Mad. L'album aligne 9 titres pour 42 minutes bien charpentées, serties dans une production éclatante d'un Bowie en grande forme. Bowie joue des claviers, pose des choeurs (Iggy ne fait que chanter) et les musiciens sont très talentueux : Carlos Alomar (guitare rythmique lead sur deux titres, et choeurs) qui est un habitué de Bowie ; Warren Peace (claviers, choeurs), autre habitué bowien ; Ricky Gardiner (lead guitare, choeurs, batterie sur un titre) ; et les frangins Sales : Tony (basse, choeurs, guitare sur un titre) et Hunt (batterie, choeurs, basse sur un titre), qui feront tous deux partie, en 1989/1992, de la période Tin Machine de Bowie. A noter que dans mes précisions de qui joue quoi, je précise, pour Gardiner et les Sales, qu'ils jouent d'un tout autre instrument que le leur sur un titre. C'est le même, à savoir Fall In Love With Me, pour lequel les instruments ont permuté. Ce qui ne se ressent pas vraiment à l'écoute, le morceau étant musicalement aussi bien joué et structuré que les 8 autres ! Un morceau excellent qui achève très bien le disque, Iggy y chante de sa plus belle voix robotique et atone. Mais Lust For Life est mondialement connu pour deux titres tout simplement essentiels. Je ne sais pas s'il y à eu beaucoup de concerts d'Iggy au cours desquels il n'a interprété aucun de ces deux titres. Lust For Life, à l'intro démentielle (ruade de batterie) inspirée par le code morse, est une ouverture tapageuse. Quand la voix d'Iggy déboule (Heeeeeere comes Joooooohnny Yeeeen agaiiiiin !), c'est direct le slip tendu garanti pour l'auditeur. L'autre grand morceau mythique, c'est The Passenger, sous inspiration directe de Jim Morrison. On ne décrit pas un tel morceau, on l'écoute, on le vit. 

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Dans un hall d'aéroport...ça sent le jet-lag à plein nez !

Le reste de l'album assure mieux que la Matmut. Bon, OK, Sixteen, très courte (un peu plus de 2 minutes), peut sembler anodine au premier abord, surtout placée après le morceau-titre, mais c'est vraiment un morceau très sympa, Iggy y est aussi en forme qu'ailleurs (il est d'ailleurs dans une forme resplendissante tout du long de l'album). Mais Some Weird Sin, Neighborhood Threat (que Bowie reprendra en version épouvantable sur son lamentable Tonight en 1984) et Success sont trois rocks bien charpentés et jouissifs. On a aussi le cas de Tonight (là aussi, Bowie la reprendra, sauf le premier couplet, sur Tonight, en duo avec une Tina Turner qui doit encore se demander pourquoi elle a dit oui pour le duo, tellement c'était nul). Cette chanson sublime narre la triste fin d'une jeune femme, en train de mourir d'overdose dans les bras de son mec qui la rassure tout en sachant qu'elle ne va pas passer la nuit. Everything's will be alright tonight... Autre grand moment, et le seul morceau dont les paroles ne sont pas imprimées sur la pochette (par manque de place, peut-être), Turn Blue, 7 minutes dévastatrices en forme d'autoconfession d'un homme en train de mourir (l'expression 'turn blue', que l'on retrouve aussi dans les paroles de Tonight), pas d'overdose mais de suicide (Mama, I shot myself down), s'adressant aussi bien à sa mère qu'à Dieu. Jesus ? This is Iggy. Le Pop est en grande forme sur ce long morceau qui fout le frisson, une montée en puissance qui, pour moi, est peut-être bien le sommet de l'album. Un album parfait de A à Z, car même Sixteen est excellente. Un album rock et un peu punk, un album qui préfigure un peu (comme The Idiot) la future new-wave. Le sommet de la carrière solo d'Iggy Pop (avec The Idiot), qui va ensuite enquiller des albums un peu moyens (New Values, Zombie Birdhouse), voire même complètement foirés (Soldier, Party), avant que Bowie ne le reproduise en 1986 (Blah Blah Blah, gros succès et album correct), puis nouvelle rechute (Instinct) avant une belle remontée à partir des années 90. Mais ça restera tout de même assez inégal, avec quelques incartades difficilement explicables récemment (Préliminaires et Après). Notons cependant que le dernier opus en date, Post Pop Depression, en 2016, est non seulement impressionnant, mais son meilleur depuis Lust For Life. Iggy, un artiste des plus attachants !

FACE A

Lust For Life

Sixteen

Some Weird Sin

The Passenger

Tonight

FACE B

Success

Turn Blue

Neighborhood Threat

Fall In Love With Me