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En 1988, Seventh Son Of A Seventh Son, le septième album d'Iron Maiden, un album conceptuel riche en ambiances progressives, sort, et marchera très fort. Il est aujourd'hui, et depuis plusieurs années en fait, considéré comme le sommet du groupe, et un des albums préférés de ses nombreux, très nombreux fans. Un an plus tard, 1989 donc, Bruce Dickinson décide de se lancer en solo, sans cependant vouloir partir de Maiden (mine de rien, on a quand même, depuis 1986, quelques tensions dans le groupe, mais rien de dramatique, rien de rollingstonien ou de pinkfloydien dans le genre "tensions internes", si on peut dire). Il enregistre son premier album solo (il y en aura d'autres), Tattooed Millionaire, en 1989 (album sorti en mai 1990), et un musiciens jouant dessus est le guitariste Janick Gers. Parallèlement, en 1989 aussi, on demande à Bruce d'écrire une chanson pour la bande-son du film (un navet, mais on s'en fout) Freddy 5 : L'Enfant Du Cauchemar. Bruce accepte, la chanson s'appelle Bring Your Daughter...To The Slaughter. Peu après la sorti de son premier album solo (qui ne contient pas la chanson), Maiden entre en studio, en juin (et jusqu'à septembre) pour enregistrer le nouvel album. Coup dur, avant ça, Adrian Smith, un des deux guitaristes de Maiden, présent depuis 1981 et Killers, décide de s'en aller, n'appréciant pas la direction souhaitée par le groupe (retour aux sources), il estimait en effet que Maiden allait pile dans la bonne direction avec les ambiances progressives des albums de 1986 et 1988. Bruce propose à Steve Harris (basse, leader) d'engager, à la place de Smith, celui qui vient de jouer sur son premier opus solo, Janick Gers. Harris et le reste du groupe accepte, Gers entre dans Iron Maiden, et y est toujours à l'heure actuelle (quant à Smith, il est revenu en 1999, et Maiden, depuis lors, tourne à trois guitaristes).

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Toujours produit par Martin Birch, toujours sous pochette de Derek Riggs, l'album est donc enregistré. Cette fois-ci, pas de pays étranger, mais retour à la bonne vieille Angleterre des familles : le studio Barnyard, dans l'Essex. Bruce Dickinson a de très mauvais souvenirs de l'enregistrement de cet album (qui s'appelle, au fait, No Prayer For The Dying, "pas de prières pour le mourant", et sortira en octobre 1990) : le studio était pour le moins rudimentaire, un ancien hangar agricole (en anglais, "barn") sur une propriété appartenant à Steve Harris, hangar réaménagé en studio de fortune. Maiden dans le pré, comme le dira Dickinson par la suite. Le chanteur estimera que le disque possède un son merdique, du aux conditions merdiques et au studio merdique dans lequel il a été fait, et c'est son plus mauvais souvenir d'enregistrement d'album de Maiden. D'autres albums du groupe seront faits au studio Barnyard (les trois suivants), avec une meilleure qualité de son que No Prayer For The Dying, car il est vrai que ce disque possède un son assez rugueux et parfois mal foutu (la voix est parfois sous-mixée). La pochette représente Eddie sortant de la tombe, bras tendu en avant pour choper quelqu'un ou quelque chose, et pas beaucoup de gentillesse dans le regard. On a l'impression qu'Eddie tient effectivement quelqu'un dans sa main, et ce fut le cas à la base : Riggs avait au départ dessiné un homme apeuré, tenu par le cou par Eddie, un profanateur de tombes surpris par le locataire du cercueil qu'il a ouvert. On lui demandera de retirer le malheureux de la pochette (mais on peut voir ce dessin originel sur la galette du CD) pour la réédition 1998, mais la première édition CD possède ce dessin originel. C'est la première fois qu'une pochette d'album de Maiden ne montre pas Eddie en évolution par rapport aux précédentes pochettes, on sent, ici, une sorte de retour aux sources, back to zero. De même, c'est la première pochette, depuis Piece Of Mind, à ne pas s'ouvrir, à être d'un seul tenant, pochette simple, quoi, pour le vinyle. Avec sa durée de 44 minutes (soit autant que le précédent opus, et c'est la dernière fois qu'un disque de Maiden dure moins de 50 minutes) pour 10 titres dont aucun ne dure plus de 5,30 minutes (et seul un morceau fait une durée supérieure à 4,59 minutes, en fait !), No Prayer For The Dying semble en effet gueuler une seule et unique chose : oubliez les précédents opus, les deux de la période Paul Di'Anno exceptés.

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Retour aux sources ? Pour les critiques et les fans, disons plutôt : gros recul. L'album sera très mal accueilli par la presse et les fans, et on en parle bien souvent comme d'un des pires albums de Maiden avec Virtual XI (1998), qui est encore moins bon. Peu représenté par la suite (en dehors de sa tournée promotionnelle, le No Prayer On The Road Tour) en concerts, No Prayer For The Dying est effectivement un mauvais Iron Maiden. On y trouve certes quelques bons trucs, et même, autant le dire, deux remarquables chansons, mais rétrospectivement, cet album marquant en effet un net recul dans la musicalité du groupe et dans leur créativité et leur niveau global est vraiment une grosse déception. Janick Gers, qui débarque ici, n'y est pour rien, il possède un son de guitare assez boogie qui change du style habituel de Maiden, et a assez rapidement trouvé sa place au sein du groupe (la preuve : quand Smith est revenu en 1999, Gers n'est pas parti, le groupe ne voulant pas se séparer de lui, et Smith ne verra aucun inconvénient à ce que Gers reste ; Dave Murray, l'autre guitariste, qui n'est jamais parti depuis le premier opus, non plus). Dickinson chante d'une voix plus rauque que de coutume, il semble, parfois, y croire difficilement, à l'album, sans doute les conditions d'enregistrement épiques lui ont tapé sur le système. Lui qui a ramené Gers avec lui devrait pourtant s'estimer heureux, car la chanson qu'il a créée pour le nanar Freddy 5, Bring Your Daughter...To The Slaughter (quel titre à la gomme !), a tellement plu à Harris qu'il lui a demandé de la mettre sur l'album, après réenregistrement. La chanson se situe en avant-dernière position, et malgré son côté TRES caricatural, est une des deux meilleures chansons du lot, et sera un N°1 en Angleterre, leur seul et unique à ce jour. Ils n'ont pas réussi à le faire avec The Number Of The Beast, Wasted Years ou The Trooper, pourtant meilleures, mais avec celle-là (quand même une bonne chanson, bien entraînante), si. Allez comprendre quelque chose à tout ça... L'autre meilleure chanson de l'album est la chanson-titre, sublime, une power-ballad (avec un passage bien musclé, mais dans l'ensemble très mélodique) permettant de bien se rendre compte du son de guitare de Janick Gers (qui n'est cependant pas auteur ou co-auteur du titre, qui est de Harris seul). Gers n'a d'ailleurs aucun crédit d'auteur sur l'album, il faudra attendre le suivant pour ça.

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Le reste de l'album oscille entre chansons correctes, comme Tailgunner, Holy Smoke (qui parle des télévangélistes), Public Enema Number One (quel titre de merde : "Lavement Public N°1" !), Fates Warning, et même le plutôt efficace (mais caricatural et simpliste) Hooks In You, chanson co-écrite par Dickinson et...Adrian Smith. La chanson fut écrite peu de temps avant que Smith ne se barre, et sera donc la dernière chanson avec Smith en auteur/Co-auteur jusqu'en 1999 (2000, plus précisément), et merdes abyssales : The Assassin est une purge innommable, Run Silent, Run Deep (qui s'inspire d'un film sur un sous-marin) est pas terrible du tout, énervante au possible, et Mother Russia, qui reprend quelques thèmes traditionnels slaves à la sauce Maiden, est risible comme vous n'en avez pas idée (Maiden semble s'essayer à la chanson engagée, politique, ici : on y parle de la libération du peuple russe, fin du bloc de l'est en cours, etc), et est la chanson la plus longue ici. Vous me direz : trois mauvaises chansons seulement sur dix, et il parle de cet album comme d'un ratage ? Oui, mais Hooks In You a beau être sympa, elle est quand même mineure, vraiment mineure, et même chose pour Fates Warning et Public Enema Number One, dans le fond. Seules quatre chansons, et parmi elles, surtout deux, surnagent du marasme de ce huitième album. Pendant la tournée de l'album suivant, seules deux chansons seront jouées, parmi celles de No Prayer For The Dying (Bring Your Daughter...To The Slaughter, alias le N°1, et Tailgunner), et après 1993, seul le fameux N°1 au titre interminable le sera, de temps à autre, comme en 2003. En revanche, pendant la tournée promotionnelle septembre 1990/septembre 91, sept des dix titres seront joués. Une tournée qui sera plus sobre (tant dans le nombre de dates, une centaine, que dans les effets scéniques et décors), et ne restera pas dans les annales maideniennes comme étant une des plus réussies, mais elle aura au moins eu le mérite de présenter Janick Gers aux fans, et ceux-ci, s'ils apprécieront mal l'album, accepteront le nouveau membre sans problèmes. Faut dire qu'il est bon, et a su apporter une touche un peu plus variée au son de guitare du groupe ! Pour en revenir, au final, à l'album, il est à conseiller aux grands fans, et uniquement à eux, car c'est vraiment un des moins bons, et de loin...

FACE A

Tailgunner

Holy Smoke

No Prayer For The Dying

Public Enema Number One

Fates Warning

FACE B

The Assassin

Run Silent, Run Deep

Hooks In You

Bring Your Daughter...To The Slaughter

Mother Russia