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 David Live, le premier album live de David Bowie, sorti en 1974 et représentatif de la période neige dans le pif du chanteur (et, plus généralement, de la période Diamond Dogs), est une déception. Bowie y est affaibli par son addiction à la cocaïne, il livre une performance le plus souvent douteuse (il ne chante pas aussi bien qu'avant et que par la suite, les arrangements à la sauce white soul apocalyptique ne passent pas bien partout), et l'album est assez généralement honni par les fans, qui l'estiment au mieux moyen, au pire foiré. Il faudra attendre quatre ans avant que Bowie ne ressorte un live, qui sera, tout comme le précédent, double (aussi bien en vinyle qu'en CD : en CD, la nouvelle version de David Live, de 2005, est augmentée de plusieurs titres bonus, et la version remastérisée du double live dont on va parler maintenant, datant aussi de 2005, est également riche de plusieurs titres en plus). Ce deuxième live officiel de Bowie, sorti donc en 1978, s'appelle Stage. Un titre encore plus con que pour le précédent ('stage', en anglais, c'est la scène), et une pochette qui décevra beaucoup : que ce soit le recto, le verso ou l'intérieur de la pochette ouvrante, on y voit la même photo, en teintes différentes (un peu verdâtre pour le verso, dans les rosâtre à l'intérieur, bleuâtre au recto). Bowie ne s'est pas cassé le rectum. Mais, heureusement, musicalement parlant, Stage est une réussite. Il faut dire que, le concert (ou plutôt, je crois, plusieurs concerts) ayant été enregistré(s) avec les micros directement posés sur les instruments où à proximité, le son est tout simplement tuant, surtout pour l'époque. Hélas, il y à le revers de la médaille : le public est moyennement enregistré, le son est tellement bon qu'il en est clinique, froid, comme cultivé en laboratoire ; Stage n'a pas été enregistré en studio, c'est un vrai live, mais il ne possède pas l'ambiance live qui, justement, était sur David Live. C'est bien le seul défaut que je trouve à Stage, d'ailleurs, et à partir de maintenant, je ne parlerai plus de ce défaut dans la chronique.

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Dos de pochette vinyle

Car il faut dire que, côté positif, il y à des choses à balancer ici. Sorti en 1978, Stage est représentatif de la fameuse période dite berlinoise de Bowie (d'ailleurs, sa 'trilogie berlinoise' n'était pas achevée, il sortira Lodger, le dernier volet, enregistré en Suisse, en 1979). Proposant 17 titres dans sa version vinyle originale (que je possède) et 20 dans sa réédition CD (les rajouts sont Be My Wife, Alabama Song (Whiskey Bar) - reprise d'un air de L'Opéra De Quat' Sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, qui fut par la suite popularisé en 1967 par les Doors) et Stay), Stage a été apparemment enregistré en plusieurs concerts, mais le rendu est tel qu'on croirait entendre (comme c'était le cas de David Live ; au moins, David Live était enregistré en un seul lieu, la Tower de Philadelphie) un concert issu d'une seule soirée. Bowie (qui joue du chamberlain) est entouré de musikos démentiels : Carlos Alomar (guitare rythmique), Adrian Belew (guitare), Dennis Davis (batterie), George Murray (basse), Roger Powell (claviers), Simon House (violon), Sean Mayes (piano). Belew, Mayes, Powell, Alomar sont aux choeurs. Bien entendu, Tony Visconti est à la production (avec Bowie). L'album, dans sa réédition 2005 (boîtier cartonné double qui s'ouvre en accordéon, recouvert d'une housse rigide de plastique transparent), offre un ordre différent, pour les morceaux, par rapport au vinyle d'époque, et apparemment, l'ordre actuel est plus fidèle aux concerts de l'époque que le vinyle. Le vinyle s'ouvrait sur une face entière de chansons issues de l'album The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars de 1972. Ces cinq titres (Five Years, Soul Love, Star, Hang On To Yourself, Ziggy Stardust par ordre d'apparition sur la réédition 2005) ouvrent le second CD (l'ordre était différent sur le vinyle, voir plus bas la distinction entre les deux versions). Ces versions live sont remarquables (même si je n'aime pas Star et ne suis pas fan de Hang On To Yourself en général), même s'il faut se faire au riff de guitare de Ziggy Stardust joué aux claviers plutôt qu'à la guitare ! L'album, sinon, dans sa version 2005 (c'est de celle-ci que je préfère parler, même si ce n'est pas l'originale, c'est la plus efficace des deux), prend le luxe de s'ouvrir sur l'instrumental glauque Warszawa (de Low, 1977), qui se trouvait, ainsi que d'autres instrumentaux, sur la face C originale. Warszawa met dans le ton direct, on frissonne, surtout que cette version est belle à marier Frigide Barjot avec Brigitte Bardot. Puis "Heroes" (je me suis toujours demandé le pourquoi du comment des guillemets dans le titre de la chanson et de l'album du même nom, de 1977, mais c'est ainsi et pas autrement), grandiose. On a ensuite deux extraits de Low, What In The World (plus lent que dans sa version studio, Iggy Pop y brille par son absence ; je préfère sans doute cette version live) et le grandiose Be My Wife, un des morceaux rajoutés de 2005. Après, deux extraits de "Heroes" : Blackout et l'instrumental glauquissime Sense Of Doubt, avant de revenir à Low via un autre instrumental aussi 'joyeux' que Sense Of Doubt est refroidissant : Speed Of Life. Suivi de Breaking Glass, de Low aussi, morceau ici bien plus long que sa version studio, et totalement réjouissant. Beauty And The Beast (de "Heroes") suit, et on termine le premier CD par le seul morceau qui n'est pas issu d'un des deux premiers volets de la trilogie berlinoise, Fame, de Young Americans (1975), morceau très funky et réussi.

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Intérieur de pochette vinyle

Le second CD (chacun des deux disques fait dans les 42 minutes, en fait) s'ouvre donc sur le quinté Five Years/Soul Love/Star/Hang On To Yourself/Ziggy Stardust. Comme je l'ai dit plus haut, c'est remarquable (Five Years...), même si Star est un des morceaux de Bowie qui me plaît le moins (et le point faible de l'album de 1972), et qu'ici, ça ne déroge pas à la règle, je n'aime pas ce morceau, live ou studio. Un instrumental saisissant issu de Low suit, la transition est dure, mais Bowie l'a réussie. Art Decade, tel est cet instrumental. Puis la reprise du Alabama Song (Whiskey Bar), qui est remarquable. Décidément, mis à part Star (et le son un peu froid, j'y reviens, OK, OK, OK), il n'y à pas de défauts à Stage. D'ailleurs, le final du live est à tomber du canyon en hurlant qu'on est le maître du monde : Station To Station (quasiment 9 minutes de bonheur), Stay et TVC 15, trois extraits de l'album Station To Station, sont la conclusion grandiosissime de l'album, une vingtaine de minutes environ à se taper le cul contre la tête (et si vous y arrivez, bravo) en se disant mais pourquoi on était pas dans la salle ce soir-là ? (et si vous êtes nés bien après 1978, n'ayez pas trop de regrets, être présent ce soir-là aurait été en effet très difficile), pourquoi on a été voir Serge Lama à la place ? Oui, Stage est une réussite, et s'il n'est sans doute pas le meilleur live de Bowie (A Reality Tour, de 2004 pour le DVD et 2010 pour le CD, est pour moi imbattable), il est un très grand live de Bowie, et pendant longtemps, il restera son meilleur (le live Ziggy Stardust And The Spiders From Mars de 1973, sorti en 1983, est très bien, cependant). Pour fans du Bowie de la grande époque (sa période sombre, albums froids et expérimentaux, mais tellement réussis) et de Bowie en général, ce live, mal accueilli à sa sortie en raison de sa production très clinique et de son artwork raté (car ça compte, quelque part, et il est vrai que l'artwork du live est nul), mérite vraiment, surtout dans sa version 2005, la découverte ! Précisons que la version vinyle 17-titres est quand même géniale, Stage étant, quelle que soit la version, un grand live. C'est juste que sa version CD est meilleure, car un peu plus longue et avec un ordre plus cohérent (on a reproché à la version vinyle d'avoir des silences entre les titres, ce qui est con, mais comme Bowie a réassemblé les morceaux dans un ordre différent de celui dans lequel ils était joués, c'est pas étonnant) ! Sublime, quoi !

FACE A

Hang On To Yourself

Ziggy Stardust

Five Years

Soul Love

Star

FACE B

Station To Station

Fame

TVC 15

FACE C

Warszawa

Speed Of Life

Art Decade

Sense Of Doubt

Breaking Glass

FACE D

"Heroes"

What In The World

Blackout

Beauty And The Beast

Réédition CD

CD 1

Warszawa

"Heroes"

What In The World

Be My Wife

Blackout

Sense Of Doubt

Speed Of Life

Breaking Glass

Beauty And The Beast

Fame

CD 2

Five Years

Soul Love

Star

Hang On To Yourself

Ziggy Stardust

Art Decade

Alabama Song

Station To Station

Stay

TVC 15