Bob_Dylan_Infidels

Bob Dylan a eu un Âge d'Or : 1963/1978. Pendant cette période, si on veut bien excepter trois années difficiles (1970 à 1972), il connaîtra la gloire avec des albums tels que The Freewheelin' Bob Dylan, Bringing It All Back Home, Highway 61 Revisited, Blonde On Blonde, Nashville Skyline, Planet Waves, Blood On The Tracks, Desire. Du lourd comme un container de plomb. Puis, en 1979, il sort un double live (At Budokan) qui sera pourri par la presse, on le critiquera pire que ce que vous pouvez imaginer, les réarrangements parfois étranges (reggae, pop, lounge...) que Dylan y propose de ses classiques ne laissent pas indifférent. 1979 est aussi l'année de sortie du remarquable Slow Train Coming, produit par Jerry Wexler, enregistré aux Bahamas, et avec la participation, dessus, de Mark Knopfler et Pick Withers (tous deux de Dire Straits, alors jeune groupe qui monte, et dont le second album, enregistré aux Bahamas en fin d'année 1978, est produit par Wexler aussi). L'album marque le début de la période dite chrétienne de Dylan. Né Robert Zimmerman, Dylan est en effet juif de naissance, et s'est converti, born again, en 1979, au catholicisme. Cette période durera une partie des années 80 et donnera lieu à des albums hautement thermonucléaires de part leur nullité abyssale : Saved, Shot Of Love, le live Real Live. La période chrétienne se finit en 1983, avec ce disque qui n'en fait plus vraiment partie (Dylan se re-reconvertit au judaïsme), un album produit par...Mark Knopfler, qui joue aussi dessus, tout comme Alan Clark (claviers de Dire Straits), Mick Taylor (ex-gratteux des Rolling Stones), Robbie Shakespeare, Sly Dunbar (musiciens reggae).

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Verso (?) de pochette vinyle

Ce disque est sorti donc en 1983, et a été plutôt bien accueilli par la presse (enfin, certains rock-critics, ayant eu du mal à digérer Saved et Shot Of Love, qui sont mauvais à ce point, je vous assure, certains rock-critics, donc, n'aimeront pas le disque, trouvant par ailleurs limite inconvenant ce revirement religieux de la part de Bob, juif, puis chrétien born again, puis re-juif). Long de 42 minutes, offrant 8 titres, alternant entre folk, rock, pop et...reggae (Sly et Robbie, respectivement batteur et bassiste, sont jamaïcains, ils tiennent la rythmique, forcément, ça s'entend), sorti sous une pochette bien plus réussie que celle des deux précédentes merdes livraisons du Barde et le représentant, barbu et lunettes-de-soleilu en gros plan, l'album s'appelle Infidels. D'emblée, on sent que le Barde est à cheval entre le judaïsme qu'il retrouve et le catholicisme qu'il abandonne : le titre ('infidèles') peut être une allusion aux traîtres à leurs religions. ou aux infidèles en amour. Va savoir, comme le disait Gérard Klein (si tu piges pas ça, lecteur/trice, alors t'es trop jeune). Au dos, on a une photo d'un Dylan gigantesque et accroupi au-dessus d'une ville dans le désert, comme si c'était une minuscule maquette (à mon avis, pour la photo, ce fut le cas, hein ? A moins d'avoir trouvé le village des Schtroumpfs...). Au dos du CD, on a un dessin immonde (mal dessiné) représentant un couple d'amoureux, dessin n&b, je ne sais pas s'il est dans le vinyle (ne le possédant pas). En fait, je ne suis même pas sûr que la photo ci-dessus soit le verso du vinyle ou une photo glissée dans la pochette !

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L'album est meilleur que les deux précédents. Mais c'était pas dur. L'album s'ouvre sur deux chansons sorties en singles et ayant été très bien accueillies : Jokerman et Sweetheart Like You. La première est un pur reggae folk de la part d'un Dylan en forme, ça fait bizarre d'entendre la voix de Dylan sur du reggae, mais Jokerman est une pure merveille, un classique, parmi les meilleures chansons du Barde. Et je vous assure que Sweetheart Like You, plus sobre, l'est toute autant, magnifique ! En fait, Infidels, disque que j'aimais assez autrefois et que j'aime énormément maintenant, est un album vraiment réussi, pas seulement en le comparant aux deux précédents, mais en général. Je le trouve meilleur que Slow Train Coming, meilleur que Street-Legal (1978), c'est son meilleur depuis Desire ! Des chansons telles que Don't Fall Apart On Me Tonight, Man Of Peace, License To Kill et le grandiosissime I And I (le titre est une expression purement jamaïcaine qui signifie 'nous', les Jamaïcains disent 'moi et moi' au lieu de dire 'nous', pour des raisons en rapport avec les croyances rastafari) s'imposent. En revanche, OK, Neighborhood Bully et Union Sundown ne valent pas grand chose, mais c'est peu. Au final, clairement, Infidels est un des rarissimes crus dylaniens des années 80 (avec Oh Mercy de 1989, produit par Daniel Lanois, disque sublime et supérieur encore à Infidels) à écouter, le reste étant vraiment à chier. Oubliez Saved, Shot Of Love, Knocked Out Loaded et Empire Burlesque (les autres albums de Dylan de la décennie), oubliez les lives Real Live (qui contient deux titres d'Infidels, dont I And I) et Dylan & The Dead... Les années 80, chez Dylan, ne valent le coup qu'en 1983 et 1989. Pas de clips, parce que Dylan et youtube, c'est actuellement incompatible pour d'obscures raisons de copyright Columbia/CBS.

FACE A

Jokerman

Sweetheart Like You

Neighborhood Bully

License To Kill

FACE B

Man Of Peace

Union Sundown

I And I

Don't Fall Apart On Me Tonight