G1

On rencontre rarement des fans de Genesis qui soient fans de l'ensemble de la carrière du groupe. Souvent, on adore la période Gabriel, on aime bien le début de la période Collins, et puis on aime de moins en moins, jusqu'à chier sur la fin de carrière. Ou alors on n'aime pas trop (voire pas du tout) les débuts progressifs à l'ancienne (flûte, mellotron, chansons longues aux paroles parfois alambiquées, etc), et on aime de plus en plus au fur et à mesure que le groupe, dès que Collins a pris la place de chanteur/leader, est passé du rock progressif à de la pop/rock. Ou alors on n'aime qu'une seule période, au choix, et on fait totalement l'impasse sur l'autre. Moi, j'aime beaucoup tout ce que le groupe a fait de 1970 à 1977, puis je lâche un peu l'affaire le temps d'une année 1978 calamiteuse, je reviens pour 1980, je relâche un peu en 1981/82, et je reviens définitivement en 1983 jusqu'à la fin. Oui, même l'album de 1998 fait avec Ray Wilson (au chant) ! Mais je comprends parfaitement que pour un fan de la première heure, des albums comme Duke, Abacab, Genesis, Invisible Touch et We Can't Dance peuvent sembler quelque peu inintéressants, voire même méprisables la plupart du temps. Après tout, on est ici plus en présence de pop/rock que de progressif. De même que je peux comprendre que quelqu'un ayant découvert Genesis via ces albums ait quelque peu déchanté en écoutant Trespass, Foxtrot ou The Lamb Lies Down On Broadway. Pourtant, tous les musiciens jouant sur les albums de la période 1980/1991 jouent sur ceux de la période 1970/1977 (à l'exception du chant), enfin, pour l'essentiel. Le noyau dur Rutherford/Banks/Collins. 

G2

Sorti en 1991, We Can't Dance est le dernier album studio du groupe avec Phil Collins. Une fois ce disque sorti, le groupe entrera en tournée mondiale, tournée triomphale qui sera immortalisée par deux lives (The Way We Walk 1, consacré aux chansons tubesques, The Way We Walk 2, consacré aux longs morceaux), puis Philou quitte le groupe pour se consacrer vraiment pleinement à sa carrière solo, qui a tout de même démarré en 1981 et qu'il a mené, de front, avec Genesis pendant 10 ans. Faut le faire. Genesis se reforme en 1998 avec un autre chanteur, Wilson (un album très sympa mais s'étant à peu près aussi bien vendu que des steaks à une réunion de vegans : ...Calling All Stations...), et se sépare, pour se reformer en 2007 pour une tournée avec Collins (j'ai eu la chance de les voir au Parc des Princes). Pas mal de morceaux de We Can't Dance seront des hits : I Can't Dance, déjà, avec son gimmick vocal que certains trouveront énervant (AAAAAAAAA can't dance, AAAAAAA can't talk) et son clip amusant montrant le groupe marchant en procession (le titre de la tournée, et des deux lives précités, viennent des paroles de la chanson, mises au pluriel) ; Jesus He Knows Me, qui se moque des religions ; Hold On My Heart, un slow dégoulinant que pendant des années, gamin, je pensais être une chanson de Collins en solo (c'est exactement le style de One More Night ou A Groovy Kind Of Love, il faut dire) ; et No Son Of Mine, chanson grandiose (qui ouvre le disque) sur la filiation. Limiter l'album (qui est très long, plus de 70 minutes, et utilise donc à fond le format CD) à ces quatre hits serait faire une erreur. Comment en effet ne pas citer le plutôt rock Dreaming While You Sleep, le très réussi Way Of The World ?

G3

Sans oublier ces deux morceaux-fleuves (tous deux présents en versions live sur le second volume de The Way We Walk), tous deux longs de 10 minutes, qui prouvent que, malgré l'incontestable penchant pop/rock de l'album (de tous les albums de Genesis, c'est celui qui, quand on l'écoute, sonne comme un album solo de Collins, tant dans les thèmes que musicalement ; ça ne veut pas dire que We Can't Dance n'est pas bon, juste que c'est, vraiment, de la pop, ici, et que le groupe, je pense, n'aurait pas pu continuer ainsi longtemps sans que, tôt ou tard, Collins ne mette fin soit à sa carrière solo, soit à celle du groupe, vu qu'il n'y aurait plus eu beaucoup de différences entre elles, ça aurait été redondant), Genesis reste tout de même ancré dans le progressif. Driving The Last Spike, chef d'oeuvre de l'album, sur le dernier parcours d'un antique train à vapeur, condamné à être remplacé par des trains plus modernes, est digne des meilleurs morceaux du groupe (période Collins, en tout cas, je ne veux fâcher personne)). Fading Lights, qui achève le disque, est sans doute un peu longuette, mais elle est touchante. Le reste de l'album est correct, parfois tout de même à la limite de l'insipide il faut le dire (Never A Time, Tell Me Why, Since I Lost You), mais dans l'ensemble, c'est un très bon album de pop progressive, bien produit, certes long (supprimez les deux longs morceaux, il dure une cinquantaine de minutes, durée classique pour un CD ; mais retirer Driving The Last Spike serait dramatique...), mais on va dire que c'est généreux. Ce n'est pas le sommet du groupe, évidemment, mais c'est un excellent album de pop/rock, les fans de ce genre de musique devraient aimer sans souci. Moi, j'assume totalement !

No Son Of Mine

Jesus He Knows Me

Driving The Last Spike

I Can't Dance

Never A Time

Dreaming While You Sleep

Tell Me Why

Living Forever

Hold On My Heart

Way Of The World

Since I Lost You

Fading Lights