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Album aujourd'hui méconnu, Saw Delight est un disque étrange que le groupe de rock progressif et expérimental allemand Can a sorti en 1977. Sous sa pochette aussi en accord avec son titre (délice de lame) qu'elle est moche se cache un disque qui a plus à voir avec la world music qu'avec le krautrock (rock progressif expérimental allemand). En 1977, au moment de l'enregistrement de cet album qui fait suite au relativement désastreux Flow Motion (tentative de reggae progressif, sorti en 1976), le groupe est constitué du batteur Jaki Liebezeit, du guitariste Michael Karoli, du bassiste Holger Czukay et du claviériste Irmin Schmidt, tous membres originaux du groupe, lequel groupe a été fondé en 1969. Karoli chante sur les titres Don't Say No et Fly By Night, Schmidt, Czukay et Liebezeit posent aussi des voix sur Don't Say No. Mais le groupe a aussi incorporé deux musiciens de plus, Rosko Gee (basse, chant sur Don't Say No et Call Me) et Reebop Kwaku Baah (percussions, chant sur Don't Say No, lequel est dont un morceau collégial). Ces deux musiciens de couleur vont apporter une touche world au son Can, lequel est, en règle général, fortement influencable par les différentes modes musicales.

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Saw Delight est un disque court (38 minutes pour 5 titres dont certains relativement longs : Animal Waves dure 15 minutes), et vraiment efficace, même s'il faut plusieurs écoutes attentives pour bien entrer dedans. L'album n'est pas aussi phénoménal que Tago Mago (double album mythique de 1971, avec le chanteur Damo Suzuki, un monument dans l'expérimental), mais il est quand même incroyable, au même titre que Landed (1975) et Soon Over Babaluma (1974), deux disques tout aussi méconnus que mésestimés de nous jours. Que ressent-on à l'écoute de l'album ? Comme un tourbillon. On ne sait pas vraiment si la musique que l'on entend est progressive, expérimentale ou tout simplement world. Et si elle est world, c'est donc avec plusieurs années d'avance sur Paul Simon ou Peter Gabriel. Rappelons que Saw Delight date de 1977, année punk ! Année no future. Assurément, il y à un futur, dans la musique de Can. Si par la suite, la discographie canienne (je n'ose dire canoise, ah ah ah) contiendra son lot de ratages (Rite Time, Delay 1968), en 1977, Can propose un avant-goût de ce qui attend ses fans. Et cet avant-goût est remarquable (Sunshine Day And Night), mais vraiment étrange. Impossible d'adhérer à la première écoute, mais quand on y est, Saw Delight se revèle incroyablement riche et beau ! 

FACE A

Don't Say No

Sunshine Day And Night

Call Me

FACE B

Animal Waves

Fly By Night