jazz

Le voici, mon Coltrane préféré de la période Atlantic et, fait intéressant, loin d'être le meilleur pour autant. Pris dans un élan de subjectivité propre à la gente masculine, je vais vous dire pourquoi ce Coltrane jazz est un de mes Coltrane préférés... il était 23 heures passé et j'avais reçu mon exemplaire de Coltrane Jazz au matin. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, la critique étant correct sans plus pour ce disque en règne général. Je me souviens que ma mère s'énervait souvent après moi car quelques jours avant, je lui avais annoncé que je fumais de temps en temps. Pendant un long moment, je fus sa petite tête de turque. Mon père nous avait préparé du bacalhau (morue à la portugaise) pour moi et lui, en fait, ma mère et mon petit frère n'aime pas ça. Je me suis régalé comme jamais et j'ai bu un bon café par la suite... J'étais content mais toujours pas envie d'écouter le disque. J'ai attendu, l'après-midi fut ennuyeuse je dois dire. Mon petit frère regardait je ne sais quel programme idiot à la télé. Ma mère riait aux éclats en matant un Drama asiatique à la con. Mon père jouait à la belote sur le net et criait à qui voulait bien l'entendre des insultes en portugais à ses partenaires qui devaient vraiment joués comme des merdes. Je me suis donc enfermé dans ma chambre de 9 mètres carrés, en fermant les volets, sortant mes OCB et mon paquet de "fleurs du pays". Je regardais dans ma cdthèque ce que j'allais bien pouvoir écouté. Hop,  je sors (sans penser un seul instant à Coltrane Jazz) Zeit de tangerine dream. Je m'assois sur ma chaise, me délecte de la musique et roule mon clope. La vie est belle... Je n'ai fait que ça durant toute l'après-midi. Ma mère avait décidé de se bouger et de nous concocter un joli petit plat, tu parles, elle a pris des surgelés immondes et nous a servie vers 19 heures environ. C'était infâme tout simplement, malgré tout, en plein élan de gentillesse. Je lui ai dit que c'était très bon. Contente, elle est retournée dans sa chambre. J'ai regardé le football avec mon père, c'était un petit match entre deux petites équipes portugaises. A la fin du match, je me lave et me brosse les dents. Il était plus de 23 heures et ce fut à ce moment-là que j'eus envie d'écouter ce Coltrane Jazz. Même rituel que pour l'après-midi. La première écoute était mitigée, je pensais à la fabuleuse session giant steps et je ne pus m'empêcher de m'ennuyer à l'écoute de ce disque. J'ouvris ma chaîne hi-fi avec répulsion mais à la vue du disque tournoyant encore, je n'ai pas résisté et je l'ai écouté une nouvelle fois en faisant un brin plus attention. Le second essai ne fut pas non plus concluant mais j'ai pu remarquer le titre harmonique qui sonnait free et je l'ai encore écouté apprenant à apprécier la finesse toute en staccato et les rythmes en ternaire (me semble-t-il) que m'offrait Coltrane sur un plateau d'argent. J'avais découvert Coltrane Jazz et je n'ai pas pu m'empêcher de rouler une autre cigarette. Tandis que le son de contrebasse de village blues m'emmenait loin. Chose rare, j'eus envie de l'écouter au casque pour m'imprégner de sa richesse mélodique. Pourtant, un constat m'est apparu. Mis à part le titre harmonique rien n'était vraiment aventureux, c'était planifié. Du hard bop dans toute sa beauté et simplicité. Pourquoi pas me disais-je et me dis-je encore. Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple (c'est moi qui dit ça!?). J'ai appris à apprécier la beauté sans concessions d'un shining hour me délectant de chaque solis et de toutes les émotions auquel Coltrane et son sextette (si on ne compte pas John) me conviait. J'éteins toutes mes lampes, sauf une, la moins forte. Celle qui diffuse une lumière tamisée à ma chambre, là où on peut voir comment la fumée de mon tabac s'envole vers le haut de manière voluptueuse en dansant et en chantant. Des frissons me parcourent l'échine lorsque la mélodie de fifth house retentit dans les tréfonds tortueux de mon âme. La cinquième maison, la 5ème porte vers la divinité. Je m'envolais et apprenais à me connaître... Je revis tous les moments les plus sombres de ma courte existence et à partir de là, je pouvais vivre avec. Je me suis endormi intérieurement et harmonique m'a réveillé de part son côté brut de décoffrage déjà très free. Une belle aventure que ce titre, hop, je me roule une nouvelle cigarette malgré le fait que ma gorge commençait à souffrir. De bien belle façon commence like Sonny dans le quartier rital de Philadelphie. Je m'imaginais les cheveux gominés, la petite moustache et le ventre un peu ressortant de la ceinture tout comme Sonny. Une belle voiture bien qu'assez lourde à conduire avec une couleur beige et une pointe de jaune très clair se fondant avec la couleur principale de ma voiture. Le thème débutant le titre le clôt aussi, c'est beau. Tandis que l'ambiance nocturne de I'll wait and pray me ramène dans ma chambre et me fait oublier mon ego Italien, Sonny. Je suis de retour dans ma chambre, la clope au bec et ne peut m’empêcher de verser une larmichette devant la beauté de ce titre tout en contraste. Un des plus beaux moments Coltranien! Some other blues termine le disque de bien belle manière, j'ai toujours trouvé ce titre réconfortant et je ne pense pas être le seul. On danse, on boit, on rigole, on s'amuse, on fait l'amour et on recommence le lendemain; C'est tout à fait ça je trouve. Ce soir-là, à la fin de cette troisième écoute, j'ai rangé mes OCB et mon paquet quasiment vide dans un de mes tiroirs. J'ai ouvert la fenêtre, il devait être dans les 1 heure du matin et j'ai regardé la lune avec délectation tandis que j'entendais les cris de jeunes passant par-là, je remis le disque et enfila un pull-over. Je pris une bouteille de flotte dans le réfrigérateur et retourna m'asseoir au bord de la fenêtre à écouter le disque toute la nuit. Tout en profitant d'un fabuleux croisant de lune... Il faisait froid mais je m'en foutais, la chaleur me venait de la musique. A la fin de la nuit, mon constat était simple. Coltrane Jazz a beau être plus simple que ce que Coltrane faisait avant et après, il n'en reste pas moins un des plus forts et beaux. Il se révèle au fil des écoutes et se bonifie encore et encore. Il m'arrive encore de repenser  à cette journée dans son ensemble et je ne peux m'empêcher de verser une larme de bonheur.
La musique, c'est tout ce qui compte. Merci.

coltrane3

Little old lady

Village blues

my shining hour

Fifth house

Hamronique

Like Sonny

I'll wait and pray

Some other blues