M1

You know I'm born to lose/And gamblin' is for fools/But that's the way I like it baby, I don't wanna live forever/And don't forget the joker ! (Ace Of Spades)

Comme le disait Leslie Barsonsec (ancien contributeur au blog, aussi bien en articles qu'en commentaires) dans un de ses commentaires qui accompagnent l'article (cette chronique est une réécriture d'une ancienne datant d'il y à 10 ans environ), cet album est de ceux qui séparent les hommes des petits garçons. Je ne peux qu'être pleinement d'accord avec luii, alors que les dernières notes de la dernière chanson de cet album, un live, résonne encore dans mon crâne, quelques jours après la dernière écoute, et alors que d'autres albums, aussi différents les uns des autres (Souchon, Springsteen, McCartney, Deep Purple...) sont, depuis, passés sur ma platine ou dans mon lecteur CD. Cet album, un live donc, est un album de Motörhead, sorti en juin 1981, leur premier live, enregistré en 1981, les 28 et 30 mars, au Queen's Hall de Leeds et au City Hall de Newcastle (un titre, Iron Horse, a été enregistré, lui, en 1980, pas de précision sur la date et la localisation de l'enregistrement). No Sleep 'Til Hammersmith ('pas de repos jusqu'à l'Hammersmith', l'Hammersmith Odeon étant une mythique salle de concerts londonienne qui, ironie du titre de l'album, ne sera pas visitée par Motörhead durant cette tournée), qu'il s'appelle, ce live, et il offre 11 titres dévastateurs pour un total de 40 minutes. Le CD dure 10 minutes de plus par l'opération du Saint-Bonus-track (trois rajouts en final, pas dégueulasses, même si l'album initial se suffit amplement à lui-même), et une réédition double CD de 2001 propose 18 bonus-tracks (7 sur le premier disque, et 11 sur un second disque qui offre pas mal de doublons, dans des versions différentes, des morceaux de l'album original).

M2

Motörhead, dois-je les présenter encore ? Groupe fondé en 1975/76 par un Lemmy Kilmister fraîchement viré du groupe de space-rock Hawkwind (où il officiait comme bassiste et, un peu, parfois, chanteur), il tire son nom d'une chanson de Hawkwind, justement. Après un petit changement de line-up, le groupe se solidifie autour d'un trio de compète en 1977 : Lemmy à la basse et au chant ; "Fast" Eddie Clarke à la guitare ; Phil "Filthy Animal" Taylor à la batterie. Le 11 novembre 2015, ce dernier décède. Un gros mois plus tard environ, Lemmy s'en va à son tour, lui qu'on croyait immortel. Et en 2018, "Fast" Eddie meurt. Le trio de compète organise depuis des concerts probablement de folie dans le Walhalla, faisant résonner No Class et Bomber dans les nuages. Sur No Sleep 'Til Hammersmith, ils les font résonner dans la salle, dans les acouphènes des spectateurs, et entre les sillons relativement serrés des deux faces de cet album monumental qui sonne comme si une légion de Panzers surarmés venaient, soudainement, pénétrer dans votre salon. Aucun répit, jamais. Pas de repos pour les braves qui, de Ace Of Spades à Motörhead, vont vous ravager votre jolie p'tite gueule avec amour et une incroyable force de persuasion. Et ils ne sont que trois, avec une seule guitare. C'est amplement suffisant pour ce programme de démolition, même si, sur le papier, ça peut sembler peu. Le son de ce live est juste apocalyptique. Puissant, lourd, violent, il sonne encore super bien en 2019, pas de faiblesse. La seule faiblesse, c'est probablement la durée de 40 minutes, c'est toujours con quand un live, surtout aussi bon, soit si court. 

M3

Mais on se console vraiment en se disant que tout est impérial ici : Overkill (avec sa double reprise hautement jubilatoire), Ace Of Spades, (We Are) The Road Crew qui démarre par un hurlement de dément signé d'un roadie tout content que le groupe interprète cet hymne à son métier, Capricorn, The Hammer, Stay Clean, Bomber, Iron Horse... Faudrait tout citer, c'est quasiment ce que j'ai fait. La voix de Lemmy (du gravier acéré trempé dans du whisky hors d'âge) fait toujours son effet, sa basse violemment martelée aussi. Quand je pense que ces mecs étaient trois pour faire autant de boucan, c'est juste incroyable. Enorme succès à sa sortie, cet album, considéré comme un des plus grands lives de hard-rock, de metal, voire même de rock tout court, est aussi le sommet de la montagne pour la première époque du groupe. L'année suivante, le groupe, encore sous la forme de ce trio mythique, sort Iron Fist, qui est très bon, puis Clarke se barre. Ca ne sera plus jamais pareil (Taylor à son tour se barre en 1992). La mort de Lemmy, le 28 décembre 2015, quelques jours après son anniversaire (il était du signe du Capricorne), a évidemment signé la fin finale et définitivement définitive d'un des plus grands groupes de hard-rock, de metal, de l'histoire. Un groupe qui, après ce live, sortira quelques albums vraiment excellents (1916, Iron Fist, Aftershock, Overnight Sensation sur la pochette duquel on trouve un Lemmy comme tout nu, car sans sa fameuse moustache, Orgasmatron et Bastards), mais aucun, même les meilleurs de ceux-ci (1916...), ne parvient à égaler la surpuissance de l'ère 1979/1981, sublimée, magnifiée, épitomisée par ce No Sleep 'Til Hammersmith de malade. 

FACE A

Ace Of Spades

Stay Clean

Metropolis

The Hammer

Iron Horse

No Class

FACE B

Overkill

(We Are) The Road Crew

Capricorn

Bomber

Motörhead