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THRaKaTTaK est un album live de King Crimson sorti en 1996. Comme son nom l'indique, la filiation entre ce live étrange et l'album précédent du groupe, Thrak, est évidente. En fait, THRaKaTTaK est un album enregistré live (les clameurs du public ont été effacées), et contenant 100% d'improvisations, d'expérimentations instrumentales. King Crimson a toujours osé de longues plages expérimentales, sur scène. Ici, environ 57 minutes d'expérimentations, en 8 titres, dont trois titres de 11 minutes chacun. Avec le line-up de l'album Thrak, autrement dit, le double-trio constitué des guitaristes Robert Fripp et Adrian Belew, des bassistes Tony Levin et Trey Gunn (ici à la Warr Guitar) et des batteurs Bill Bruford (aussi aux marimbas) et Pat Mastellotto. L'ensemble sonne metal, quasiment pas progressif. Pour cause : ce n'est plus du rock progressif, ici.

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THRaKaTTaK a été assez mal accueilli, et souffre d'une réputation de canard boîteux. Difficile à trouver désormais, car rarement réédité (beaucoup moins souvent que le reste de la discographie de Crimso), il est, on s'en doute, très difficile d'accès, et se mérite. Il est réservé, aussi et surtout, aux fans hardcore de Crimso, à ceux qui acceptent tout du groupe, à ceux qui ont digéré Thrak et ne crachent pas sur de la musique atmosphérique, violente et terrifiante. Car THRaKaTTaK est angoissant, oppressant, flippant. Comme il a été dit sur un site musical en lien sur mon blog (Forces Parallèles), c'est une musique de film d'épouvante. Un truc de malades, de masochistes. On n'écoute pas ça le matin devant son petit dèj'. On n'écoute pas ça au casque avant de s'endormir. On n'écoute pas ça d'une oreille distraite en fond sonore d'une soirée entre amis, ou au boulot, ou en lisant. On s'y investit, toute honte oubliée, on s'y immerge, en sachant que le retour sera dur. Aucun répit, il y à des passages assez oppressants, mais supportables, et des passages d'une violence musicale (guitare écorchée vive de Fripp, rythmique lourde) totale.

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Impossible de ne pas penser à l'album de 1974 Starless And Bible Black (on y revient toujours) : d'abord, le second morceau, Fearless And Highly THRaKked possède un titre qui ressemble au titre de l'album (et du morceau-titre de l'album) de 1974. Jeu de mots et allusion évidentes. Ensuite, un autre morceau, This Night Wounds Time, reprend mot pour mot la bribe de citation de poème présente au dos de la pochette de Starless And Bible Black. Enfin, l'ambiance y est la même, en plus sombre et moderne toutefois : glauque, oppressante, malsaine, perfide, putride, et expérimentale. Et la musique y est tout aussi difficile, et, une fois qu'on s'y est habitués, tout aussi grandiose. THRaKaTTaK est un disque dur, difficile, un disque de fans hardcore, un disque d'initiés. Une fois qu'on y est, difficile de penser à autre chose, difficile de ne pas vouloir le réécouter. Il faut le mériter, mais croyez-moi, pour les oreilles aventureuses, c'est un voyage qui mérite d'être fait. En tout cas, c'est avec cet album que Robert Fripp est définitivement devenu une de mes références musicales absolues. 

THRAK

Fearless And Highly THRaKked

Mother Hold The Candle Steady While I Shave The Chicken's Lip

THRaKaTTaK Part 1

The Slaughter Of The Innocents

This Night Wounds Time

THRaKaTTaK Part 2

THRAK Reprise