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Les plus anciens lecteurs du blog (je parle vraiment des plus anciens, comme Leslie, et je ne parle pas de leur âge, mais du fait qu'ils connaissent ce blog depuis ses débuts ou presque) se souviennent peut-être que cet album avait été, autrefois, classé dans les 'ratages' (car cet article est une réécriture d'une très ancienne chronique). C'est un fait, il l'était, et il ne l'est plus. Je ne me suis pas mis à adorer cet album qu'autrefois je détestais franchement et viscéralement, mais avec le temps, j'ai finalement appris à l'apprécier. Pas de quoi l'encenser non plus, je le précise : cet article sera cent fois plus gentil que le précédent, mais ne vous attendez pas à ce que je vous braille un bon vieux ECOUTEZ-MOI CA, C'EST GENIAL, les mecs. Bon, ce disque, c'est quoi ? Le quatrième album (et troisième album studio) du Mahavishnu Orchestra. Et le Mahavishnu Orchestra était un groupe de jazz-rock fondé en 1971 par John McLaughlin, immense guitariste britannique qui, après sa conversion à l'hindouïsme, prendra le nom de Mahavishnu. C'est sous ce nom qu'il est crédité sur la pochette de cet album, sorti en 1974, baptisé Apocalypse et d'une durée franchement généreuse : 52 minutes, pour seulement 5 titres, donc deux dépassent allègrement, et par la gauche (les enfoirés), les 10 minutes. Je ne vais pas revenir sur la carrière de McLaughlin, qui a bossé avec Miles Davis (notamment sur In A Silent Way, Bitches Brew, On The Corner), a fait partie du Lifetime de Tony Williams, a commencé sa carrière solo à la fin des années 60, a sorti, en 1970, un Devotion aussi génial que très mal-aimé de son auteur (McLaughlin ayant gueulé un peu partout que le disque avait été massacré par son producteur, Jack Douglas), a fait un disque avec Santana, a joué sur un autre de ses albums (Welcome)...

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J'aimais énormément les albums du Mahavishnu Orchestra autrefois, je ne les déteste pas maintenant, mais ça fait tellement longtemps que je ne les ai pas écoutés... J'adorais notamment, et surtout, Birds Of Fire (1973), le deuxième opus, et le live Between Nothingness And Eternity (même année). A l'époque, parmi les musiciens du groupe, on avait Jan Hammer (on en a parlé récemment via une chronique de Jeff Beck), Billy Cobham, Jerry Goodman, respectivement aux claviers, batterie, violon. En 1974, quand le Mahavishnu Orchestra enregistre Apocalypse, aucun de ces musiciens ne fait plus partie du groupe. On a Jean-Luc Ponty au violon, Gayle Moran aux claviers et voix, Narada Michael Walden (batterie, percussions) et Ralphe Armstrong (basse). Cet album a été enregistré avec le London Symphony Orchestra dirigé par Michael Tilson Thomas, et le tout a été produit par George Martin, qui estimera par la suite que c'était un des meilleurs albums qu'il avait produits, de toute sa carrière. Au verso de pochette, une photo du groupe, avec Martin et Tilson Thomas notamment, légendée, avec un petit schéma pour identifier chaque personne. On a aussi un poème de Sri Chinmoy, maître à penser de Mahavishnu, et ce, comme à l'habitudes des pochettes d'albums du groupe (et aussi de certains albums de Santana, quand celui-ci s'était converti ; Moonflower, par exemple). Apocalypse est un album orchestral, donc, et essentiellement instrumental, malgré quelques passages chantés (Smile Of The Beyond).

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Je dois dire que je trouvais cet album incroyablement pompeux et chiant autrefois, sans doute le côté orchestral me passait au-dessus de la calebasse et la durée des morceaux (le plus court dépasse les 4 minutes, les plus longs en font 14 et presque 20...), épuisante parfois, était un vrai frein. Non pas qu'autrefois, je n'aimais pas les morceaux longs : j'ai toujours aimé le rock progressif et le jazz, et on trouve souvent de longs morceaux dans ces genres musicaux. Mais pour Apocalypse, ça passait mal. Je m'ennuyais encore plus fortement qu'un enfant devant un film de Bergman non sous-titré. C'est après avoir lu, je ne sais plus où (Rock'n'Folk ? En tout cas, c'était une interview donnée par Jerôme Soligny, journaliste au sein du magazine, donc, j'imagine que c'était là-dedans ; ou alors dans un recueil de textes de l'auteur), une interview de George Martin, donnée quelques années avant sa mort, et dans laquelle Soligny lui parlait de cet album, à la grande surprise de Martin qui avait toujours adoré cet album mais désespérait qu'il soit si peu souvent cité, que je me suis dit ah, j'ai peut-être été un peu dur avec ce disque. Je l'ai réécouté, ayant ressorti le vinyle pour l'occasion, ce que je n'avais pas fait depuis belle lurette, sans doute depuis la première chronique (2009 !) de l'album ici. Je dois dire que si je trouve toujours que certains morceaux sont un peu trop longs (Hymn To Him), j'ai nettement mieux apprécié l'écoute, sans sauter au plafond. Je ne le ressort vraiment pas souvent, son côté orchestral et pompeux, se prenant un peu trop au sérieux, m'énerve un peu. Mais mea culpa, je dois dire que cet album est nettement meilleur que ce que j'en pensais autrefois. Néanmoins, je pense vraiment que Birds Of Fire, plus tassé, est le sommet du Mahavishnu Orchestra, et Devotion, le meilleur album du guitariste en dehors de ses collaborations milesdavisiennes. 

FACE A

Power Of Love

Vision Is A Naked Sword

Smile Of The Beyond

FACE B

Wings Of Karma

Hymn To Him