Zoot_Allures

En 1976, Frank Zappa, entouré de peu de musiciens (mais des musiciens fidèles, sûrs : Terry Bozzio, Ruth Underwood, Roy Estrada, Captain Beefheart sur un titre) et de quelques choristes (Davey Moire, Napoleon Murphy Brock, Sharkie Barker), enregistre un disque aujourd'hui assez méconnu (sauf des fans absolus), et assez réussi, Zoot Allures. Rien que la pochette donne le ton : fini les délires, place à la sobriété. De plus, si Bozzio se trouve sur la pochette (le mec assis sur le tabouret, pantalon blanc), on notera la présence incongrue, car ils ne jouent pas sur l'album, de Patrick O'Hearn (basse, le mec debout) et de Eddie Jobson (piano), assis à l'extrême droite. C'est la seule vraie photo de groupe à orner une pochette d'album de Zappa (la seule photo de groupe non trafiquée par des effets de couleurs, contrairement à Freak Out ! ou Absolutely Free).

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Zoot Allures, album sobre dont le titre est un jeu de mots entre 'allure de zazou' et 'zut alors', est un disque assez accessible de Zappa, mais, paradoxalement, assez peu recommandé pour se lancer dans l'aventure discographique de ce génie. L'album propose une collection de chansons pour la plupart assez courtes (par rapport à certains délires que Zappa affectionnait quelques années plus tôt), entre 2,30 minutes pour la plus courte et presque 10 minutes pour la plus longue, et environ 4 minutes de moyenne de durée. 41 minutes en tout. On y trouve quelques classiques absolus de Zappa, comme Wind Up Workin' In A Gas Station, qui ouvre le bal, ou le long The Torture Never Stops, morceau de frénésie sexuelle sans lequel le Love On The Beat de Gainsbourg ne serait rien. Black Napkins et Zoot Allures sont deux instrumentaux vraiment exceptionnels.

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En revanche, Find Her Finer, malgré la présence à l'harmonica de Captain Beefheart (crédité sous le nom de Donnie Vliet, rappelons que le vrai nom de Beefheart, artiste déglingué et ami/rival de Zappa, est Don Van Vliet), est irritant, de même que Friendly Little Finger et Disco Boy. La face B, de toute façon, m'a toujours semblée largement moins efficace que la première. Il faut dire que la première face aligne d'emblée trois titres immenses, Zoot Allures démarre littéralement en fanfare du tonnerre de Toutatis. Les musiciens sont en forme, Bozzio est un batteur excellent, Zappa assure comme toujours à la gratte. Anecdote, sur ce disque, Zappa joue sur une guitare très particulière, celle qui avait appartenu à Jimi Hendrix, et que Hendrix crama sur scène en 1968 au Miami Pop Festival. Zappa la rafistolera, et jouera dessus. Son fils Dweezil la récupèrera après la mort de Zappa, et n'arrivera pas à la vendre, le prix étant trop élevé !

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Zoot Allures, album méconnu et réussi sans pour autant être immense, fait suite à un live assez anodin, Bongo Fury, que Zappa enregistra avec Captain Beefheart. Il précède, aussi, dans la discographie Zappaïenne, le très bon double live Zappa In New York de 1978. Entre 1976 et 1978, aucun album de Zappa, excepté le coffret Läther, oeuvre monumentale que Zappa diffusera illicitement sur les ondes FM en raison d'une brouille avec sa maison de disques, qui ne voulait pas la sortir. Läther sortira disséminé en plusieurs albums (Sleep Dirt, Studio Tan...), et sortira totalement, en triple CD, en 1996, trois ans après la mort du Grand Wazoo. En pleine période punk (1976-78), Zappa continuera, et c'est tant mieux, de faire son truc. On pourra noter une éventuelle idéologie punk dans la sobriété flagrante et très 'do it yourself' de la pochette de Zoot Allures, mais musicalement, Zappa ne faisait que du Zappa, et on l'aimera toujours pour ça.   

FACE A

Wind Up Workin' In A Gas Station

Black Napkins

The Torture Never Stops

Ms. Pinky

FACE B

Find Her Finer

Friendly Little Finger

Wonderful Wino

Zoot Allures

Disco Boy