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Si je vous dit Genesis, vous me répondrez sûrement un des meilleurs groupes de rock progressif, qui a malheureusement mal fini sa carrière en succombant aux sirènes pop/rock FM ou bien un très bon groupe de pop/rock FM dont je n'aime cependant pas le début de carrière, passkeu j'aime pas les chansons trop longues et le rock progressif en général. Selon votre sensibilité. Oui, c'est un fait, un fan de Genesis l'est souvent soit de l'une, soit de l'autre de ses périodes (et je préfère ne pas parler de la très courte - deux ans, entre 1997 et 1998 - période finale avec Ray Wilson, de Stilstskin, au chant, période pas honteuse, mais globalement détestée par les fans de toutes les mers du globe), mais rarement des deux. Moi, par exemple, je suis plus fan de la première période (que je n'arrête cependant pas au départ de Peter Gabriel en 1975, mais plutôt au double live Seconds Out de 1977 ; après ce live, Genesis virera pop et abandonnera progressivement tout ce qui était...progressif dans leur musique) que de la seconde. Mais dans la seconde, on trouve tout de même de quoi se satisfaire : Duke (1980) est incontestablement un chef d'oeuvre de pop/rock progressive, rempli de hits mais cependant super bien charpenté, solide. Invisible Touch (1986) est certes plus pop qu'autre chose, ainsi que We Can't Dance (1991), deux albums plus proches des albums solo de Phil Collins que du Genesis d'avant, mais sont tout de même excellents et on les réécoute avec plaisir. Après, je suis d'accord, Abacab (1981, année où Collins s'est lancé en solo, aussi), malgré de bons trucs, est globalement moyen, médiocre même. Celui-là, s'ils avaient oublié de l'enregistrer, je ne gueulerais pas contre eux pour ça, vous pouvez me croire.

G2

Et puis il y à le cas de leur album sorti en 1983. Celui-ci, que je réaborde ici pour la première fois en presque 10 ans, il ne porte pas de nom, il s'appelle donc Genesis, et sa pochette, jaune, représente des cubes de différentes formes, jaunes aussi (sur fond noir, mais dans un cadre jaune), des cubes d'éveil pour jeunes enfants (au dos, sur fond noir, les titres des morceaux, avec les numéros des plages dans des cubes similaires). Cet album de 1983, qui marchera très fort en raison de la présence de, attendez que je compte, 1, 2, 3, je dirais 4 gros hits (sur 9 titres, chapeau ; toute la face A est tubesque), a été produit par le groupe et par Hugh Padgham, qui marque sa première production pour le groupe (il produira l'album suivant). Padgham est un nom qui, souvent, fait frémir chez les fans de rock, on l'associe aux pires heures du genre : albums de Phil Collins, Tonight de Bowie, Press To Play de McCartney, Paul Young (oh mon Dieu), Mike & The Mechanics (groupe fondé par Mike Rutherford, bassiste/guitariste de Genesis), Elton John dans sa pire période, Hall & Oates, Sheryl Crow, brrr, assez, assez, ASSEZ ! Padgham a aussi produit les remarquables deux derniers opus de The Police, les remarquables deuxième, troisième et quatrième albums studio de Sting, le remarquable English Settlement de XTC, mais que voulez-vous...Bon, Padgham a donc sévi sur ce disque de Genesis, que pas mal de fans surnomment Mama en raison de la première chanson. Premier album du groupe enregistré dans leur propre studio (The Farm, dans le Surrey, en Angleterre), il est aussi le premier dont toutes les chansons ont été signées collectivement, par Collins (chant, batterie), Tony Banks (claviers) et Rutherford (basse, guitare). 

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Long de 46 minutes, cet album n'est, autant le dire, pas parfait : sa face B contient quelques titres assez mineurs, dont je vais parler  tout de suite comme ça on en sera débarrassés. Takin' It All Too Hard est une chansonnette vaguement mièvre, très proche des chansons des albums solo de Phil Collins (je ne critique pas, hein, j'ai longtemps aimé ses albums solo, je l'ai même vu en concert à Bercy en 2004 - et Genesis au Parc des Princes en 2007 - mais c'est quand même pas très rock), lasse assez rapidement. Silver Rainbow, avec sa mélodie backwards, est sympathique, mais pas inoubliable, de même que le final It's Gonna Get Better. Et il y à Illegal Alien, un des hits de l'album, une chanson amusante (son clip aussi) mais au final plutôt lassante, et même énervante. La façon qu'à Collins de chanter, imitant comiquement un accent mexicain pour cette chanson qui parle d'un wetback arrivant illégalement aux USA et nous racontant ses déboires, est aussi bien vue (compte tenu du sujet) qu'amusante, mais c'est parfois un peu ridicule (It ain't vrittén in innk). Sans doute volontairement, mais ça n'aide pas la chanson à s'améliorer pour autant. La seule chanson de la face B qui trouve réellement grâce à mes yeux est le plutôt tapageur (et au final, il est vrai, pas subtil musicalement parlant : les bang, bang, bang ! braillés par Collins et évidemment accompagnés de violentes ruades de sa batterie) Just A Job To Do, qui il me semble parle d'un tueur à gages traquant sa proie (ou d'un détective privé). 

G4

Rangés par ordre alphabétique

Mais la face A... Une pure perfection de pop/rock plus ou moins progressive, très FM certes (toutes les chansons sont sorties en singles et cartonneront). Mama, d'abord, 6,45 minutes absolument terrassantes (Steve Hackett, guitariste de Genesis de 1971 à 1977, dira de cette chanson que c'est, de toutes celles faites par le groupe après son départ, sa préférée). La chanson ne parle pas de la mère de Collins, ni d'aucune mère en général, mais d'une prostituée d'un certain âge et de son client (qui n'a sans doute pas vaincu son Oedipe). D'abord assez calme (une batterie monolithique et industrielle, des claviers entêtants, Collins qui chante assez calmement), la chanson va, à partir de son milieu, virer progressivement au chaos progressif, rires sarcastiques de Collins (hin-hin, hin ! hin-hin, hin ! Aaaoooh !), claviers qui deviennent plus présents, chant plus habité et énervé, et puis Mama, mama, MAMA, don't take away my last chance, dont take it away, can't you feel my heart, puis une autre salve de ce rire narquois et froid inspiré par le rappeur GrandMaster Flash...et boum, le final du morceau (les deux dernières minutes), rempli d'une batterie en open-drum incroyablement violente et forte (c'est en bossant sur le troisième album solo de Peter Gabriel en 1980, et notamment sur Intruder, que Collins aura l'idée de réutiliser ce son, qu'il usera aussi sur son In The Air Tonight solo en 1981), et d'un Collins qui braille limite son texte, achève l'auditeur. Sombre comme la nuit, Mama est le sommet de l'album. Le morceau suivant, That's All, composé en ayant les Beatles en tête, est, à côté, incroyablement pop, un peu jazzy aussi, et est excellent. Et il y à les 11 minutes suivantes, découpées en deux parties (en single, ça sera évidemment la face A et la face B) : Home By The Sea et Second Home By The Sea. La chanson parle d'un cambrioleur s'infiltrant de nuit dans une maison isolée au bord de la mer, et qui va vivre une expérience traumatisante : la maison est hantée, et les fantômes qui la hantent vont lui apparaître, afin de lui raconter leur histoire. Lui cherche à s'enfuir, mais la maison refuse. La première partie est un régal pop/rock (qui cartonnera en Asie, apparemment, car la chanson utilise un thème musical assez utilisé dans cette partie du monde, une suite de notes) dont on ne se lasse pas. La seconde partie, instrumentale sauf un rappel du refrain, d'une ligne ou deux, dans le final, est le moment le plus progressif de tout l'album, un déluge de mini solo (claviers, batterie, guitare) autour du thème principal. Immense. Cette face A, pour résumer, a vraiment de quoi sauver l'intégralité d'un album qui, sinon, on l'a vu, est assez inégal. Mais pas honteux pour autant !

FACE A

Mama

That's All

Home By The Sea

Second Home By The Sea

FACE B

Illegal Alien

Takin' It All Too Hard

Just A Job To Do

Silver Rainbow

It's Gonna Get Better