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Son édition collector (dont un coffret de 9 disques) est sorti en septembre dernier. De quel album je veux parler ? Du chef d'oeuvre de Prince, évidemment, un double album sorti en 1987, son neuvième album studio (et neuvième tout court, en fait), je veux bien entendu parler de Sign 'O' The Times. Disparu en 2016, la même année que Bowie et Leonard Cohen (putain de sale année pour la musique...), Prince est ce que l'on peut appeler un artiste légendaire. Si on veut bien (et on le voudra toujours, je pense) mettre de côté ses deux premiers albums, qui ne sont pas extraordinaires (loin de là, même), Prince n'aura, au moment de sortir cet album en 1987, rien loupé (et la suite sera, du moins pendant un temps, remarquable aussi : Lovesexy, la bande originale de Batman...). Jugez plutôt : Dirty Mind, Controversy, 1999 (double album remarquable), Purple Rain et son film accompagnateur, Around The World In A Day et son côté très beatleesque, chamarré, et Parade, bande originale du premier film qu'il a réalisé, Under The Cherry Moon. Bon, OK, à la rigueur, ce dernier exemple n'est pas totalement justifié : si Parade se vendra bien (le tube Kiss n'y est pas pour rien) et est franchement excellent, le film se ramassera une pelle, premier vrai bide artistique d'un Prince alors déjà mégastar, rival de Michael Jackson (enfin, aussi rival avec Jackson que les Beatles l'étaient avec les Stones ou Oasis avec Blur, tout ça, c'est du bizness pour faire vendre et fantasmer sur ces artistes) et déjà maître de la nouvelle musique. 

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Entre 1986 et 1987 (l'album sortira en mars), Prince enregistre des morceaux destinés à finir sur trois albums distincts : Dream Factory, Crystal Ball (qui aurait été triple...) et Camille. Trois albums qui ne se feront jamais, vu que Prince utilisera plusieurs des morceaux enregistrés pour en faire Sign 'O' The Times, construit comme un bon vieux Physical Graffiti, dans un sens. Et à peu près aussi long, 80 minutes. Un de ces trois projets, Camille, aurait fait parler de lui : Prince se serait fait passer pour une femme, une chanteuse, après avoir enregistré des morceaux en modifiant sa voix, pour la rendre féminine. Trois morceaux de ce disque mort-né sont sur Sign 'O' The Times : Housequake (un morceau new-jack, croisement entre rap et funk, que j'ai toujours trouvé horripilant, le morceau que je n'aime pas sur l'album), et les mille fois plus réussis Strange Relationship et If I Was Your Girlfriend. La voix aigüe que l'on entend, ce n'est pas une choristes, c'est Prince, alias Camille. D'autres morceaux de Camille finiront sur des faces B de singles, sur le Black Album, dans le coffret Crystal Ball de 1999. Quand aux deux autres projets avortés, ils ne verront non plus jamais le jour (le Crystal Ball en question n'est pas le coffret du même nom de 1999, et aurait contenu quasiment tout Sign 'O' The Times, au final, entre autres morceaux). Prince, à partir de tous ces morceaux (et la légende affirme qu'il y aurait des centaines de morceaux inédits dans ses tiroirs, le mec était un vrai stakhanoviste de la composition), va donc faire un double album viable, qui sortira en mars 1987 et cartonnera sa mère bien comme il faut. Parce que viable, fuck, oui, il l'est clairement, ce disque !

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Je n'ai pas acheté le coffret deluxe, je ne sais donc pas ce qu'il vaut (on y trouve notamment deux lives de l'époque, des raretés, etc...), mais je pense que l'album initial, 16 titres, se suffit amplement. Du début à la fin, hormis Housequake me concernant (mais comme je hais tout ce qui est rap/hip-hop, forcément...), c'est du grand art, et d'une variété quasi exceptionnelle. De la pop souvent ensoleillée (U Got The Look, en duo avec Sheena Easton ; Strange Relationship ; Play In The Sunshine ; I Could Never Take The Place Of Your Man qui daterait de la fin des années 70 à la base ; Starfish And Coffee), du rock funky bien remuant (Hot Thing, It, deux morceaux qui transpirent le Q par tous leurs pores), un extrait live tout simplement dévastateur (It's Gonna Be A Beautiful Night, du genre à faire tripper juskauboudelanuiiiiiii), des ballades dégoulinantes qui respirent l'amour (Slow Love le bien nommé, Adore, Forever In My Life, If I Was Your Girlfriend), un grand moment de ferveur (The Cross), une sorte de folk/funk/r'n'b/new jack remarquable en hommage à Joni Mitchell (The Ballad Of Dorothy Parker), Prince étant un grand fan de la folkeuse canadienne, et surtout, en bouquet final de cette chronique (mais en ouverture du double album, ah ah ah), un morceau dantesque qui symbolise et vitriolise bien son époque et ses travers, Sign 'O' The Times. Tout y passe, et notamment la montée de violence, le Sida (In France a skinny man dies of a big disease with a little name/By chance his girlfriend came across a needle and soon she did the same), la drogue (In september my cousin tried reefer for the very first time, now he's doing horse. It's june.). Ce morceau est tellement immense, tellement légendaire (tout comme l'album, clairement le sommet princier), que je préfère ne plus rien dire pour ne pas l'abimer. It's silly, no, a rocketship explodes, and everybody still wants to fly...

FACE A

Sign 'O' The Times

Play In The Sunshine

Housequake

The Ballad Of Dorothy Parker

FACE B

It

Starfish & Coffee

Slow Love

Hot Thing

Forever In My Life

FACE C

U Got The Look

If I Was Your Girlfriend

Strange Relationship

I Could Never Take The Place Of Your Man

FACE D

The Cross

It's Gonna Be A Beautiful Night

Adore