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So many people...have their problems/I'm not interested...in their problems/I guess I've...experienced some problems/But now I've...made some decisions. (No Compassion)

En 1974, Chris Frantz, qui joue de la batterie et David Byrne, qui joue de la guitare et pousse la chansonnette, sont tous deux étudiants à la Rhode Island School Of Design, et se rencontrent, sympathisent, et décident de monter un groupe, baptisé The Artistics, ou The Autistics. Ils jouent des reprises et quelques originaux signés Byrne. Tina Weymouth, étudiante au même endroit, est leur amie et plus grande fan. Ils emménagent ensemble dans un loft new-yorkais. Joueuse de guitare, Tina accepte de se mettre à la basse pour entrer dans le groupe et étoffer ainsi leur son. Le nom du groupe change, c'est un ami du groupe qui, en feuilletant un TV Guide, tombe sur un article parlant des speakerines, surnommées têtes parlantes. Talking Heads est né. En 1975, le groupe, encore trio, se produit en première partie des Ramones (eux-mêmes pas encore ce qu'ils deviendront un an plus tard) au mythique club new-yorkais du Bowery, le CBGB, là même où se produisent ou se produiront Suicide, Blondie, Dead Boys, Television, Patti Smith. Le groupe commence à se faire une réputation de groupe d'art-punk intellectuel bien fringué et aux sonorités et textes assez étonnants. Le groupe enregistre, en 1976, chez Columbia, une démo de plusieurs titres, qui ne sortira jamais officiellement, mais en bootleg par la suite. Ils signent chez Sire Records en fin de la même année, et sortent un premier single (Love ==> Building On Fire), avant d'incorporer dans le groupe un nouveau membre, guitariste et claviériste (et vocaliste d'appoint), Jerry Harrison, qui fit partie des Modern Lovers, mythique groupe. Désormais quatuor, le groupe entre en studio pour y faire son premier opus. [mode "Wikipédia" off] On est en 1977, quoi de mieux que de l'appeler Talking Heads : 77 ?

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Ce premier opus, produit par Tony Bongiovi (cousin du fameux Jon Bongiovi, le leader de Bon Jovi), Lance Quinn et le groupe, et enregistré aux Sundragon Studios de New York, est sorti sous une pochette d'un rouge criard et uniforme, sans illustration. Au verso, une photo du groupe, et une autre sur la sous-pochette des paroles. On est en 1977, année punk, mais, déjà, par leur look d'étudiants, les Talking Heads annoncent le rock alternatif et indépendant de la décennie suivante, ces R.E.M., Weezer et autres Replacements. Ce premier opus, pas leur meilleur à cause d'une production certes efficace, mais pas assez originale (il faut dire qu'un certain Brian Eno viendra produire les trois albums suivants, ce qui les rendra encore meilleurs), renferme une des moins bonnes chansons du groupe : First Week, Last Week...Carefree. Sincèrement, pour ce morceau précis, c'est pas terrible, et on passe sans regret. On peut aussi dire de Who Is It ? (qui ne dure qu'1,40 minute) que c'est un morceau un peu bouche-trou et peu utile, mais son rythme saccadé est talkingheadien en diable malgré tout. Et je ne suis pas fan à donf' de Don't Worry 'Bout The Government. Mais le reste, soit les 8 titres restants (car l'album, pour 38 minutes, offre 11 titres), est génial. Notamment, évidemment, Psycho Killer, avec ses quelques paroles en français (Ce qu'elle a dit ce soir-là/Ce que j'ai fait ce soir-là/Réalisant mon espoir/Je m'élance vers la gloire, le tout prononcé avec un accent ricain assez prononcé, pas le choix), avec son thème original (dans la tête d'un tueur fou), avec sa basse monumentale (on ne le dira jamais assez, Tina est une putain de bassiste) et sa guitare épileptique, avec son chant inquiet (et inquiétant)... Ce morceau, sorti en single, va assez bien marcher. Byrne en parlera par la suite comme d'une ballade à la Randy Newman signée Alice Cooper. 

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Il ne faut cependant pas réduire Talking Heads : 77 à ce morceau légendaire. Comment passer à côté de The Book I Read qui, tel quel, aurait très bien pu se retrouver sur l'album suivant (lequel est meilleur, plus travaillé que le premier opus), du sensationnel No Compassion et sa guitare aérienne, du cintré final de l'album Pulled Up, de Happy Day et sa mélodie scintillante ou de l'ouverture pop et enthousiasmée (Here comes a riddle, here comes a clue, if you are really smart, you'll know what to do), un peu volontairement rétro/kitsch Uh-Oh Love Comes To Town ? Tous ces morceaux sont immenses, et en live, seront sublimés (voire le double live The Name Of This Band Is Talking Heads, sorti en 1982, réédité en CD, avec plein de rajouts géniaux, en 2004 ; un live essentiel à toute personne appréciant, aimant ou adorant ce groupe si attachant), mais ces versions studio sont déjà remarquables. Il est vrai que le gros défaut du groupe, en revanche, réside dans son chanteur, David Byrne. Enfin, je dis 'défaut' mais ce terme est exagéré, ce n'en est pas un, en fait. Mais la voix de Byrne est assez particulière, et je comprendrai parfaitement qu'on la qualifie d'horripilante, ce fut mon cas autrefois, et bien qu'étant grand fan du groupe, je reconnais que, parfois, la voix de Byrne, c'est presque du hors-jeu tellement il sonne à côté de ses pompes. On le sent inquiet, névrosé, psychotique même (Qu'est-ce que c'est ?), les textes de ses chansons sont à l'avenant (sur Fear Of Music, il se livrera à une sorte d'auto-analyse, balançant ses peurs, craintes, dégoûts sur les sillons de l'album, Air, Animals, Drugs, Cities...), et la musique suit, emballée. On a affaire ici à la naissance d'un des plus importants et géniaux groupes des années 80 et ouiii, je sais, on est en 1977 quand sort ce disque, mais Talking Heads, bien qu'ils aient sorti trois albums dans la décennie précédente, est clairement un des groupes phares des années 80. Ils se sépareront dès l'arrivée des années 90, d'ailleurs, comme pour encore mieux entériner ce fait. Ce premier album n'est pas le meilleur, mais il serait facilement le sommet de tas de groupes moins talentueux que les Talking Heads. Il est, en tout cas, totalement recommandé et vraiment bluffant ! 

FACE A

Uh-Oh, Love Comes To Town

New Feeling

Tentative Decisions

Happy Day

Who Is It ?

No Compassion

FACE B

The Book I Read

Don't Worry About The Government

First Week/Last Week...Carefree

Psycho Killer

Pulled Up