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Soyons honnêtes un instant : ce disque, qui l'écoute encore aujourd'hui ? Je veux dire, du début à la fin, d'une traite ? Ah aaaaah, je le savais ! Pas grand monde. Sauf les fans de Michael Jackson, et ça doit quand même faire pas mal de monde. Ce disque sent bon sa décadence des années 90 naissantes. La fameuse ère du digital qui déboule, du CD qui permet plus de choses que les antiques vinyles, cassettes audio et (vous vous rappelez de ça ?) cartouches 8-pistes. Niveau visuel, on n'en est pas encore au DVD, c'est encore les VHS, mais niveau sonore, avec l'arrivée, au mitan des années 80, pas mal de choses ont changé. Les albums ont commencé à être, progressivement, plus longs. Mais ce n'est qu'à partir de la fin des années 80 et le début de la nouvelle décennie que ça a commencé à être largement hors contrôle. Dangerous, huitième album studio de Michael Jackson (on aurait tendance à penser que Bambi a commencé sa carrière solo en 1979 avec Off The Wall et que Dangerous serait, donc, son quatrième opus solo, mais non ; Bambi a juste commencé à exploser à la face du monde, pour sa carrière solo, en 1979), est sorti en 1991 et il propose 14 titres. Pour la bagatelle vraiment bagatellesque de 77 minutes. Le disque est produit par Bambi lui-même, Teddy Riley et Bill Bottrell. Il sera, on le sait, un retentissant succès commercial, une des plus grosses ventes de son époque, boosté de plus par 9 singles, oui, 9 putain de singles sortis entre novembre 1991 (une semaine environ avant l'album, sorti fin novembre) et décembre 1993, ce qui fait que pendant deux ans, on a bouffé du Dangerous et qu'on n'en pouvait plus à partir de mai 1992, on va dire. La tournée mondiale (un concert donné à Bucarest fut filmé, en 1992) fut triomphale, même si pas mal de concerts furent annulés pour des raisons diverses et variées.

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L'album est sorti sous une belle et riche pochette signée Mark Ryden, sur laquelle on peut distinguer tellement de choses (allusions à des chansons, à des personnalités historiques, etc) qu'il faudrait un paragraphe entier pour que j'en parle et j'ai pas envie. Le livret CD est aussi bien sympathique avec des reprises, accompagnant les paroles (lesquelles sont parfois agencées bizarrement, en vagues, en gros tas en forme de cercle, etc), de certains des motifs. Les musiciens ayant participé à l'album sont tellement nombreux (parmi eux, citons le guitariste des Guns'n'Roses, Slash, sur deux titres, ainsi que plusieurs membres de Toto - Paich, Jeff et Steve Porcaro - pour les musiciens rock, mais il y à aussi des rappeurs, hip-hoppers et musiciens r'n'b et new jack) que les citer tous prendrait, là aussi, un paragraphe entier et imbuvable, et là aussi, franchement, j'ai autre chose à foutre de ma vie que faire ça. Cet album, de toute façon, est ce que l'on appelle un monstre (sacré). Une des plus imposantes productions des années 90 alors en naissance. Ce disque a coûté cher, très cher (pas aussi cher que coûtera Chinese Democracy des Guns'n'Roses, mais c'est différent), et il sera totalement rentabilisé via les ventes d'albums et la tournée. Rien qu'à l'écouter, on sent le budget gonflé. Les clips, réalisés par notamment John Landis, David Fincher ou John Singleton, avec des guests tels que Macaulay Culkin, Eddie Murphy, Naomi Campbell, Iman Bowie, Kris Kross (bon Dieu, vous vous souvenez de ces derniers ? Non ? Restez dans l'ignorance), sentent eux aussi très bon le pognon dépensé pour leur réalisation. C'est bien simple : totalement auréolé des succès monstrueux de Thriller et Bad, Michael Jackson, ici, ne s'est plus senti pisser et a enregistré le disque de grosse tête ultime. Fatalement, Dangerous sera le dernier coup d'éclat durable de Bambi (l'album suivant, HIStory, double album à la fois compilation (disque 1) et album studio inédit (disque 2), bien que grosse vente, sera une déception pour les morceaux inédits, et la suite sera encore plus décevante).

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Et c'est un disque qui sent tellement son époque, avec la grosse production digitale, qu'il en devient épuisant. Tout y est : les effets soniques qui abondent (conversations, cris, klaxons, etc), les interventions de rappeurs (Heavy D, Wreckx-N-Effect, L.T.B., ces noms ne me disent rien, mais moi et le rap, ça fait 30), de guitar-hero metalleux (Slash sur Give In To Me et Black Or White) ou de choristes et orchestre symphonique (Will You Be There, et ce final parlé par un Bambi qui semble chialer, que c'est ridicule) ; les chansons bien modernes de rap/dance (Jam, She Drives Me Wild), le tube écolo (Heal The World) avec choeurs d'enfants du genre si tous les gars du monde, la ballade lacrymale sur un ado décédé (Gone Too Soon), la chanson engagé contre la racisme (Black Or White) ou contre les violences faites aux enfants, la participation d'une mystery girl aux choeurs sur cette même chanson (In The Closet) qui est, en réalité (gros buzz d'époque !!) Steph' de Monac', tout y est, tout, en abondance, en excès même, sur une galette tellement longue qu'avec une chanson de plus le disque aurait été double (il l'est en vinyle, évidemment). Encore plus fort que les deux Use Your Illusion des Guns'n'Roses (sortis auparavant dans la même année), Dangerous est un projet dingue, mégalomaniaque, surpeuplé de chansons et de guests, un gloubiboulga que j'ai personnellement écouté pendant une bonne partie des années 90, en antique cassette audio dans mon tout aussi antique walkman, avant de l'acheter en CD très tardivement (vous ne me croirez peut-être pas, mais ce fut en 2009, l'année de la mort de Bambi, hé oui). J'ai tellement écouté ce disque (et les trois précédents de Bambi, que je préfèrement amplement à lui) que je le connais par coeur. Il y à des morceaux qui me plaisent toujours autant (Give In To Me, notamment), d'autres que je ne peux plus encadrer (Gone Too Soon, que je n'ai jamais pu encadrer, ça fait vraiment la chanson lacrymale forcée sur un sujet certes triste - un ado mort du Sida suite à une transfusion contaminée - mais qui ne concerne pas la vie quotidienne de millions de gens ; c'est bien triste, mais on ne va pas en faire une chanson non plus, sinon, si à chaque fois qu'il se passait un truc pareil on en faisait une chanson, la vie serait un album géant). Dans l'ensemble, je trouve le disque beaucoup trop long, trop chargé, trop boursouflé, et je l'écoute rarement. Entre sa production et sa durée, plus le fait que, musicalement, bien que moderne pour l'époque, le disque a vieilli, ça fait quand même pas mal de points négatifs. Mais c'est, dans toute sa splendeur mégalomaniaque, un essentiel de son époque. 

Jam

Why You Wanna Trip On Me

In The Closet

She Drives Me Wild

Remember The Time

Can't Let Her Get Away

Heal The World

Black Or White

Who Is It

Give In To Me

Will You Be There

Keep The Faith

Gone Too Soon

Dangerous