G1

 

Les fans de Genesis se rangent dans deux catégories : pro-Peter Gabriel et pro-Phil Collins (il y en à qui aiment les deux périodes, c'est vrai, mais qui ont quand même une préférence). Parmi les fans de la période Phil Collins, il y à là aussi une cission : le début de la période (disons de 1976 à 1978, voire 1980), très progressive, et la fin de la période, 1981 à 1992, de plus en plus pop/rock, proche des albums solo de Phil Collins. Autant le dire, donc, peu de fans de Genesis le sont de cet album sorti en 1986, avant-dernier disque studio du groupe avec le batteur/chanteur. Cet album s'appelle Invisible Touch et il ne faut pas trop se fier à sa pochette, hideuse comme le cul d'un babouin diarrhéique. Certes, cet album est moins du rock progressif que de la pure pop/rock FM (d'où la catégorie dans laquelle je le range), et un fan de prog va sans doute se sentir floué, surtout s'il commet l'erreur fatale de le comparer avec, disons, Wind And Wuthering (1977) ou Foxtrot (1972), oui mais voilà, il ne faut pas comparer Invisible Touch aux précédents opus...du moins, aux albums allant jusqu'à 1978 inclus. Ca serait comme si un fan des Stones voulait comparer Aftermath et Steel Wheels. Ou comme si un fan de Bob Dylan cherchait à faire des comparaisons entre Blonde On Blonde et Tempest. A chaque fois, de très bons albums (si ce n'est des chef d'oeuvres pour le premier album cité à chaque fois) pour les artistes ou groupes cités, mais quand même radicalement différents. 

G2

Sorti en 1986 sous une pochette à se chier dessus de honte si j'en étais le concepteur, serti par une production qui n'a jamais été, pour l'époque, aussi proche de celle des albums solo de Phil Collins (et pour preuve, elle est signée Hugh Padgham, qui a signé la production de certains albums solo de Philou ; Genesis est cependant coproducteur sur l'affaire), Invisible Touch est soit un régal de pop/rock vaguement progressive, soit un cauchemar de rock progressif éhontément pop/rock, c'est selon votre humeur du moment. Bien entendu, tout comme Duke (1980) et Genesis (1983), et comme le futur We Can't Dance (1991), c'est un authentique réservoir à tubes : sur les 8 titres (pour 46 minutes), 5, soit plus de la moitié, et notamment l'intégralité de la face A, sont des hits qui se retrouveront sur diverses compilations du groupe : Invisible Touch, assez énervante au demeurant ; Tonight, Tonight, Tonight (qui sortira dans une version considérablement rabotée par rapport à la version album, longue de 9 minutes, et nettement meilleure que la version single), vraiment pas mal malgré les oohooooooh de Collins dans le refrain ; Land Of Confusion, très bonne aussi, avec son clip amuant utilisant l'équivalent britannique des Guignols de l'Info ; In Too Deep, la ballade dégoulinante de bons sentiments de l'album, similaire à bien des scies de Phil Collins en solo (façon One More Night ou A Groovy Kind Of Love) ; et Throwing It All Away, elle aussi très proche des chansonnettes pop de Collins solo, sertie par une guitare excellente, mais dont les versions live seront littéralement parasitées par des diyahéééééé ! hééééé ! diyahéééééé ! hééééé ! de Collins (et du public reprenant en choeur) magnifiquement énervants.

G3

Phil Collins avait encore pas mal de cheveux à l'époque ! Sous-pochette du vinyle (au dos : les paroles)

Le reste de l'album, soit quasiment toute la face B, offre soit une chanson pop à la Borneo Horns franchement énervante à la longue (Anything She Does, en ouverture de face) ; un long morceau progressif (le seul que l'on peut qualifier ainsi sur l'album, définitivement) de 11 minutes, en deux parties réunies sur une seule plage audio, Domino, qui est juste exceptionnel, le sommet de l'album, et je ne dis pas ça pour rajouter une ligne à l'article, mais parce que je le pense vraiment (mais en même temps, je ne le nierai pas, ça rajoute effectivement une ligne à l'article), un morceau d'abord assez calme (malgré un ou deux passages énervés) dans sa première partie avant de céder la place, dans sa seconde partie, à un déferlement électro/progressivo/rock du plus bel effet, bien que rempli jusqu'au goulot de claviers d'époque (mais on ne va pas critiquer Genesis pour ça : des claviers, dans le rock progressif, il y en à toujours eu, c'est même une des bases du son progressif). Et enfin, Invisible Touch offre aussi un instrumental, situé en final (à noter que Throwing It All Away se situe après Domino, ce qui fait un peu bizarre, j'aurais personnellement mis le tube avant Domino, mais bon), The Brazilian, que j'adore au passage, un morceau assez étrange, industriel, les claviers et percussions font très usine fonctionnant à plein rendement, ça fait aussi un peu brésilien parfois au début (à mon avis, le titre vient de là), mais plus usine que samba quand même. Avant de céder la place dans son final à la guitare de Mike Rutherford, qui livre un court mais excellent solo, qui se perd dans le lointain et achève l'album en beauté. Au final, cet album très pop, très ancré dans son époque, n'est évidemment pas un des meilleurs albums du groupe, mais ce n'est franchement pas épouvantable quand même. A condition d'apprécier la pure pop/rock FM d'époque, on prendra plaisir à écouter ce disque sans originalité, mais agréable et qui tient plutôt bien la route. Ceci dit, dans la période pop/rock du groupe, Duke et We Can't Dance lui sont supérieurs. Enfin, je trouve. Mais je continue, depuis toutes ces longues années, à vraiment adorer cet Invisible Touch, un des vilains canards de Genesis, mais qui n'en est pas moins très bien foutu dans son genre !

FACE A

Invisible Touch

Tonight, Tonight, Tonight

Land Of Confusion

In Too Deep

FACE B

Anything She Does

Domino (1 : In The Glow Of The Night/2 : The Last Domino)

Throwing It All Away

The Brazilian