rubber_soul

Âme de caoutchouc (ou Âme de capote, pour les pervers d'entre vous qui auront remarqué que le mot, en anglais, est à double sens), tel est le très étonnant, très étrange titre de cet album (un jeu de mots avec 'rubber sole', 'semelle de caoutchouc'). Un album des Beatles, est-il nécessaire de le préciser, et leur sixième album britannique, pour être plus précis. Sorti en 1965, Rubber Soul fait partie de ces albums au sujet desquels tout ou presque a été dit. De la pochette volontairement déformée, aux accents assez psychédéliques à ses 14 chansons, parmi lesquelles de grands classiques, en passant par les différents thèmes abordés, sans oublier la rencontre, avant l'enregistrement de l'album, que le groupe fera avec Bob Dylan, qui les initiera au cannabis (il ne faut pas retenir de cette rencontre que ce petit détail, ceci dit), on a vraiment à peu près tout dit sur Rubber Soul. 35 minutes (quasiment 36 en fait) remarquables, cultissimes, essentielles à tout Beatlemaniaque qui se respecte (et ça se respecte, un Beatlemaniaque !), à tout fan de rock qui se respecte. Comme je l'avait dit en final de ma précédente (2009, soit, pour le blog, la Préhistoire) chronique sur l'album, chronique désormais défunte car celle-ci la remplace, c'est un album qu'il faut à tout prix avoir chez soi si on veut posséder une discothèque respectable. Pas de crédibilité rock sans un exemplaire, vinyle ou CD, de ce disque chez soi. Inutile de dire que la réédition 2009 de l'album (année de sortie des éditions remastérisées des albums du groupe, les anciennes éditions CD de 1987/88 sont désormais à mettre au feu) est celle à avoir : si vous ne possédez que l'ancienne, prenez la nouvelle, on sent vraiment la différence !

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Il a des raisons d'en être fier...

Bon, Rubber Soul est un classique de la mort qui tue, tout le monde est d'accord là-dessus. C'est à peu près après avoir entendu cet album que Brian Wilson, leader des Beach Boys, décidera, musicalement traumatisé, de se sortir les doigts du fion, de cesser les petites chansonnettes sympatoches (mais n'allant pas très loin) sur le surf et les filles de Californie et de se lancer dans son projet pharaonique, faire le plus grand disque de pop de tous les temps, album qui sortira en 1966 et s'appelle Pet Sounds. Paul McCartney, encore aujourd'hui, clame son amour pour ce disque qu'il aurait, selon ses dires, aimé avoir fait, mais non, raté, ce sont les Beach Boys qui en sont les auteurs. La même année, les Beatles font Revolver, mais frapperont fort dès l'année suivante avec le mythique Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, et en entendant cet album, pour le coup, Brian Wilson pétera une durite et son projet suivant, Smile, sera abandonné avec perte et fracas, après moult avanies et délires. Tout ceci, dans un sens, découle de Rubber Soul. Un des albums les plus importants des Beatles d'avant 1967 (après 1967, il sont tous importants, enfin, sauf la bande-son de Yellow Submarine), avec Please Please Me (parce que le premier) et A Hard Day's Night (parce que le premier entièrement constitué de chansons signées du groupe). Celui-ci, de 1965 (année, aussi, de sortie de l'album Help !, bande-son du film du même nom ; leur album précédent), ne ressemble à aucun de leurs précédents opus. C'est à partir de cette année 1965 que, définitivement, ça y est, les Beatles entrent dans la cour des très grands (et cessent de faire des concerts, leurs chansons devenant difficiles, voire impossibles à jouer live, rapport aux arrangements, aux multiples instruments utilisés...).

Beatles - Rubber Soul 1966 BACK

Verso de pochette vinyle

14 titres, et j'ai limite envie de dire 14 chefs d'oeuvre. Sans doute pas, en fait, car l'album contient une ou deux chansons légèrement moins époustouflantes que le reste (Run For Your Life, What Goes On chantée par Ringo), mais sinon, pardon : Drive My Car, en entrée de jeu, est une petite tuerie de rock, un riff excellentissime, un Macca en forme, voix éraillée, un refrain mythique, qu'on retient illico... Le morceau suivant est du pur...Dylan, Norwegian Wood (This Bird Has Flown), il s'agit indéniablement d'une des plus grandes chansons jamais interprétées par Lennon, Beatles et carrière solo réunies. Le seul reproche réside dans la durée rikiki (largement moins de 3 minutes) de la chanson, mais sinon, ce titre assez folk (inspiré par le Barde, qui, de son côté, passe, lui, à l'électrique) est un sommet. La suite est ahurissante, Michelle (avec ses paroles un peu en français, un tube chez nous), Nowhere Man, I'm Looking Through You, Girl, If I Needed Someone (une des meilleures chansons d'Harrison, qu'il ne se gênera pas de reprendre en live) et le dévastateur et mélancolique In My Life, une splendeur totale, absolue, qui sera reprise notamment par Johnny Cash (sur son sensationnel American Recordings IV : The Man Comes Around en 2004). Mais "splendeur totale, absolue" est une expression qui correspond bien à l'ensemble de l'album, oui, malgré deux chansons moins percutantes que le reste. Rubber Soul est un sommet, qui va tout changer pour les Beatles (qui, au dos de pochette, posent sur diverses photos, Harrison en fermier, Macca clope au bec, Lennon dans des fourrés...). L'album suivant en sera un prolongement des plus logiques, Revolver étant un condensé de psychédélisme et d'aventure musicale comme on n'en entendra au final que rarement en 1966, sous sa pochette dessinée (pour le groupe, une première) signée de leur grand pote de Hambourg Klaus Voormann. Je dois dire tout à fait sincèrement qu'entre les deux albums, c'est clairement vers Revolver que mon coeur balance, je le préfère amplement à Rubber Soul, pour lequel j'ai eu, longtemps, du mal (je ne l'ai jamais détesté, mais j'ai mis du temps à vraiment l'aimer). Mais je ne pense pas qu'on puisse se dire fan des Beatles, et fan de rock, sans connaître et apprécier cet album mythique, essentiel et, surtout, important, une collection de chansons parfois délicates (Girl, Norwegian Wood (This Bird Has Flown), Michelle), parfois énergiques (Think For Yourself, Drive My Car), parfois pop (The Word, What Goes On, Nowhere Man), parfois complexes (You Won't See Me, I'm Looking Through You), toujours passionnantes, oui, même les deux moins grandioses du lot. Clairement un chef d'oeuvre. Bref, Rubber Soul est un album des Beatles.

FACE A

Drive My Car

Norwegian Wood (This Bird Has Flown)

You Won't See Me

Nowhere Man

Think For Yourself

The Word

Michelle

FACE B

What Goes On

Girl

I'm Looking Through You

In My Life

Wait

If I Needed Someone

Run For Your Life