daho

Comme quoi, se manger une bonne grosse baffe musicale tient souvent du hasard le plus total. Si je n'avais pas allumé ma radio sur Inter à 3 heures du matin jeudi dernier, j'aurais absolument tout ignoré de la sortie de ce live. Ma première réaction fut ô combien spirituelle puisque je me dis en substance : "Cool ! Au moins Daho ne va pas perturber mon sommeil... C'est pas Didier Wampas...".

L'émission de l'excellent Serge Levaillant démarre, présentations d'usage, blabla çavabienEtienne ? Alors "Pour entrer dans le vif du sujet, deux extraits de l'album...". Et là, subitement, mon envie de pioncer s'est sauvée comme par enchantement... Une version magnifique de "Des heures indoues", puis un "Epaule tattoo" bien pop-rock à souhait sont venus percuter mes tympans endoloris par une soirée passée dans ce temple du consumérisme et de la bétise cocardière que l'on nomme Stade De France. On ne dira jamais assez le calvaire des fans de foot esthètes qui doivent supporter la connerie épidermique de ceux qui se prétendent "supporters" : sifflets intempestifs, mecs bourrés, et olas façon "on se marre comme on peut à la messe"...

Mais revenons à la musique : plus qu'intrigué par les amuse-gueules crachés par les tweeters, je me mets martel en tête d'acquérir le disque le plus rapidement possible.  Or va acheter un skeud à 4 heures du matin... Le lendemain, dès le reveil, je me traine jusqu'au supermarché à la con du coin où je trouve le disque entre une compil' de Celine Dion et les inepties genre "Makina-Tektonik version 4.0".

Premières impressions en voyant la tracklist : ben il fait pas dans la facilité le père Daho... Contrairement à bon nombre de quinquagénaires ménopausés, il la joue pas safe en déballant un vieux best-of lénifiant et moisi. Ainsi on note l'absence remarquée de "Weekend à Rome" (sans regrets...), "Tombé pour la France" (dommage...), "Duel au soleil" (tant pis...), "Bleu comme toi", "Un homme à la mer"... L'option retenue est celle d'une large retrospective faisant toutefois la part belle à l'excellente "Invitation" de 2007.

La formation qui entoure Daho est sobre et de bon goût : guitares, basse, batterie, clavier et trio de cordes. Ces valeureux ouvriers mettent joliement en valeur les confidences de ce chanteur de l'intime et de l'élégance. Les guitares évitent le piège de la saturation "à la Johnny" ou des cocottes funky-toc eighties au profit de rythmiques sobres. La basse a souvent des aspects "Melody Nelson" comme sur "Un merveilleux été". La batterie est peu démonstrative, mais on imaginerait difficilement Daho avec Dave Lombardo derrière lui. Le quatuor de charme qui chatouille et pince les cordes enlumine tout ça avec justesse.

Le rendu des titres de "L'invitation" est parfait : l'enchainement "Obsession" - "L'invitation" est particulièrement jouissif, quant à "Boulevard des Capucines", les mots manquent pour décrire l'émotion qui a dû parcourir la salle à cet instant précis (cette chanson parle d'un rendez-vous manqué entre Daho et son père lors de son premier Olympia en 85). Les deux autres albums des 2000's sont moins mis en valeur, mais Daho revisite toutefois avec brio trois perles de "Corps et âmes" : le sautillant "Rendez-vous à Vedra", "Ouverture", et surtout une des plus belles chansons de son répertoire, "La baie".

Les années 90 sont symbolisées par "Rendez-vous au jardin des plaisirs", "Jungle Pulse", "Le premier jour".  Mais Daho ne renie pas ce qui a fait sa gloire : les anciens succès sont joués sans lassitude, mais sans en faire des hymnes pour pucelles ecervelées (Daho a t'il souffert de son image de "chanteur à minettes" ? allez savoir...). On a plutôt l'impression d'avoir affaire avec de vieilles copines qui font le lien avec les nouvelles. "Des attractions desastres", "Saudade" et "Comme Un Igloo" représentent "Paris Ailleurs", premier album où Daho semblait manifester des volontés moins "poppy". Comme à son habitude, "Des heures hindoues" est d'une délicatesse et d'un spleen insondables. En toute fin de concert, Daho déballe un feu nourri de "vieilleries" inattendues avec "Mythomane" et "Promesses", ou plus convenues comme "Le grand sommeil" et "Paris Le Flore" prises en sandwich avec les plus récentes "Comme un boomerang" et "If".

Mais comme un grand, et comme symbole d'une intégrité artistique impeccable, Daho conclut le concert sur un sobre et quasi-solitaire "Cap Falcon" du dernier album en date. Je ne suis pas un immense fan de Daho, mais là c'est tout bonnement un des meilleurs moments musicaux de mon année 2009 qu'il m'a procuré... Alors Monsieur Etienne, chapeau bas ! Cet album est une claque dans la gueule de la médiocrité de la soi-disant "nouvelle chanson française", ainsi qu'une indéniable promesse pour les prochaines années. Et si pour Daho, le meilleur restait encore à venir ? Aussi étonnant que cela puisse paraitre, je me tiendrai au courant autrement que par hasard à 3 heures du matin...

A noter la présence en fin du deuxième disque d'un EP de reprises en compagnie de Jane Birkin, Katerine, Camille et Coming Soon...

Tracklist :

  • CD1
1. L'introvitation
2. Jungle Pulse
3. Cet Air Étrange
4. Rendez-Vous À Vedra
5. Les Fleurs De L'interdit
6. Un Merveilleux Été
7. Des Attractions Désastre
8. Sur Mon Cou
9. La Baie
10. L'enfer Enfin
11. Saudade
12. Comme Un Igloo
13. L'adorer
14. Des Heures Hindoues
15. Rendez-Vous Au Jardin Des Plaisirs

  • CD2
1. Epaule Tattoo
2. Boulevard Des Capucines
3. Le Premier Jour (Du reste De Ta Vie)
4. Obsession
5. L'invitation
6. Ouverture
7. Mythomane
8. Promesses
9. Le Grand Sommeil
10. Comme Un Boomerang
11. If
12. Paris Le Flore
13. Cap Falcon
14. Les Dessous Chics
15. Le Grand Sommeil
16. Rendez-Vous Au Jardin Des Plaisirs
17. Private Tortures
18. Mythomane