BeatlesForSale

Tout ou presque a déjà été dit au sujet de cet album. Une des phrases les plus logiques que j'avait pu lire à son sujet venait d'un internaute anonyme qui, sur un site marchand (FNAC.com, je crois), dans un de ses commentaires, en parlait comme du seul album dispensable des Beatles, et que, rien que pour ça, il était quand même tout sauf dispensable, car seul dans son genre, dans la discographie studio du plus grand groupe du monde. Oui, c'est un peu tiré par les poils de couilles de votre Golden Retriever favori, mais dans un sens, c'est vrai : Beatles For Sale, quatrième album des Beatles, est en effet leur moins réussi. Mais est-ce pour autant un ratage ? Autrefois, j'aurais dit oui, et d'ailleurs mon ancienne chronique, désormais effacée et remplacée par celle-ci, avait été placée dans la catégorie des ratages (ce n'est donc plus le cas, et j'ai aussi viré le tag 'ratages') quand je l'avait écrite en, putain ça remonte à loin, 2009. Pourquoi réaborder Beatles For Sale en 2015 alors que les deux précédents opus du groupe, With The Beatles et A Hard Day's Night, , dont les chroniques datent aussi de 2009 et commencent à sentir le moisi, ne l'ont toujours pas été (réabordés) et que ça fait bien deux ans, environ, depuis que j'ai réabordé Please Please Me ? En fait, demain (15 mai), ça fera pile poil deux ans que j'ai réabordé Please Please Me avec au fond de moi l'intime envie de réaborder l'ensemble de leurs premiers albums (en gros, jusqu'à Rubber Soul, disque que j'ai cependant réabordé en janvier dernier), dans l'ordre. Mais avec un album tous les deux ans, mon rythme de travail commence à être presque aussi lent que celui des rééditions des albums solo de Paul McCartney dans sa Archive Collection (concernant Paulo et son  planning de rééditions, au fait, prochaines livraisons, Tug Of War et Pipes Of Peace, apparemment, mais quand ces albums seront réédités en CD, je l'ignore ; j'espère dans l'année)...

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Intérieur de pochette vinyle

Si j'ai choisi Beatles For Sale, c'est avant tout parce que j'avais été trop méchant avec lui il y à de cela, putain le temps ça file, 6 ans. Attention, je ne vais pas lui envoyer un bouquet Interflora pour autant, hein. La première chose à dire au sujet de cet album sorti en 1964 est qu'il a marqué une sorte de stase, dans la progression du groupe. Clairement, ça se voit dès la pochette (prise à Hyde Park) les montrant quelque peu fatigués (surtout Harrison et McCartney, Ringo faisant sa tronche de chien perdu sans collier qu'il a l'habitude de faire, et Lennon parvenant à faire un peu distant et hautain comme à son habitude). Alors que le précédent opus, A Hard Day's Night (1964, en partie une bande-originale pour le film du même nom, de Richard Lester, avec les Beatles en stars), n'était, du long de ses 30 petites minutes (le disque original britannique le plus court du groupe), constitué que de chansons signées du groupe, et principalement Lennon/McCartney (et c'était d'ailleurs le premier de leurs albums à être uniquement constitué de chansons originales, et pas de reprises mélangées à des originaux), Beatles For Sale, lui, est constitué, dans ses 14 titres (pour 34 minutes), de 6 reprises (enfin, 7, mais deux d'entre elles sont sur une seule plage audio). Et, donc, de 8 morceaux signés du groupe (tous par Lennon/McCartney). On prendra immédiatement ce détail pour une marque de fatigue, de perte de vitesse ; quelques reprises de plus au programme et on aurait carrément dit que les Beatles étaient foutus. Dans le coeur des Beatles, ce disque ne valait apparemment pas grand chose ; dans le coeur des fans, c'est un peu comme With The Beatles (1963), un disque parfois sous-estimé, quelque peu oublié, on ne l'aime pas autant que Rubber Soul, Abbey Road, Revolver ou Help !, mais allez, putain de lui, on l'aime bien quand même, le p'tit con. On n'y trouve qu'un seul tube, classé n°1 en Angleterre, Eight Days A Week (le titre vient d'une formule utilisée par un chauffeur de taxi, qui aurait dit au groupe, en les transportant, qu'il bossait huit jours par semaine), chanson démarrant par un fade-in, ce qui, pour l'époque, était quasiment une première. La chanson sera quelque peu dénigrée par le groupe, surtout par Lennon (qui la chante) qui estimera que c'est de la merde. C'est pourtant une excellente petite chanson, au même titre qu'une autre de l'album, bien connue (mais qui ne sera pas n°1, il aurait, pour ça, fallu qu'elle sorte en single, à la base, ce qui ne fut pas le cas), interprétée par Paul, What You're Doing.

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Verso de pochette

Mais ce sont les reprises qui envoient tout péter: Rock And Roll Music (de Chuck Berry), Honey Don't (de Carl Perkins, et interprétée par Ringo qui ne se gênera jamais pour la chanter sur scène au cours des tournées de son All-Starr Band), Words Of Love (de Buddy Holly), Everybody's Trying To Be My Baby (encore une de Carl Perkins, chantée ici par Harrison ; à noter qu'Harrison et Ringo, plus Eric Clapton et Dave Edmunds, feront un disque live avec Carl Perkins, disque publié dans les années 2000, mais enregistré au cours des années 80), et le fameux Medley : Kansas City/Hey, Hey, Hey, Hey, la première étant de Little Willie Littlefield, et la seconde, de Little Richard. Le reste de l'album est, cependant, parfois un peu décevant : si No Reply, I'm A Loser et Baby's In Black, les trois premières chansons, sont pas mal (et même, pour No Reply et I'm A Loser, franchement bonnes), on ne peut pas en dire autant de Mr. Moonlight, I'll Follow The Sun et I Don't Want To Spoil The Party. Every Little Thing est très bonne aussi, mais n'a jamais fait partie de mes préférées de l'album ni du groupe. Dans l'ensemble, Beatles For Sale (dont les notes de pochette sont signées Derek Taylor, attaché de presse du groupe, ni pour la première ni pour la dernière fois) est donc un album correct, ce qui, pour ce qui est des Beatles, est tout de même difficile à avaler. Comme les Beatlemaniaques (dont je fais assurément partie) le disent, c'est le plus faible de leur discographie, même si 'faible' est un terme un peu fort quand même, car on parle des Beatles. Personnellement, je trouve Please Please Me (1963, leur premier album) moins bon encore, et clairement le plus faible de leur répertoire, mais Beatles For Sale le talonne de près. Bien que contenant au final peu de chansons moyennes et anodines par rapport au nombre de morceaux (il y en à trois, voire quatre en comptant Baby's In Black), bien que comprenant quand même cinq grands moments beatlesiens (Honey Don't, Medley : Kansas City/Hey, Hey, Hey, Hey, Eight Days A Week, Rock And Roll Music, What You're Doing), bien qu'étant aussi bien interprété et produit que les précédents et suivants (enfin, que le suivant, Help !, autre bande-originale de film - du moins, pour sa face A -, car dès Rubber Soul, un cap allait être franchi, le niveau supérieur atteint), bien, enfin, qu'étant un disque des fuckin' Beatles, Beatles For Sale n'en demeure pas moins, en effet, un album secondaire dans leur discographie. Un disque à redécouvrir, à écouter absolument rien que parce que c'est un disque du groupe, mais si vous ne les connaissez pas encore en profondeur (et dans ce cas, je vous envie), ne commencez pas par lui. Il est à écouter une fois qu'on a écouté A Hard Day's Night, Rubber Soul, Help !, Revolver et, d'une manière générale, tous les albums faits après 1964.

FACE A

No Reply

I'm A Loser

Baby's In Black

Rock And Roll Music

I'll Follow The Sun

Mr Moonlight

Medley : Kansas City/Hey, Hey, Hey, Hey

FACE B

Eight Days A Week

Words Of Love

Honey Don't

Every Little Thing

I Don't Want To Spoil The Party

What You're Doing

Everybody's Trying To Be My Baby