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- Un certain Judas avait estimé que 30 dollars étaient suffisants.

- Y'avait pas de dollars à l'époque de Judas.

- Non, mais des fils de pute, ça, y'en avait...

On va reparler un peu cinéma ici, ce qui n'arrive que rarement (sauf dans des discussions enflammées via commentaires interposés, de temps en temps, quand on passe parfois du coq à l'âne), excepté quand une bande originale de film est abordée. Ce qui est donc le cas ici, aujourd'hui ; depuis le temps que je voulais réécrire cette ancienne, très ancienne (sauf erreur de ma part, c'était une des premières bandes originales de films abordées ici, en 2009) chronique, qui était vraiment assez minable, voilà, c'est fait. Bon, le fait que j'ai revu (pour la 35000ème fois au moins) le film il y à peu de temps (il est souvent rediffusé, mais bon, comme j'ai le DVD...), et réécouté le bon vieux vinyle paternel (visuel identique à celui de l'illustration principale de l'article, ci-dessus) pour à peu près autant de fois, j'ai eu vraiment envie d'en reparler. Il Etait Une Fois Dans L'Ouest, réalisé en 1968 par Sergio Leone, avec Charles Bronson, Claudia Cardinale, Henry Fonda et Jason Robards, est un western. Un western spaghetti, évidemment. Pas le premier réalisé par Leone, loin de là (son dernier, en revanche, car son film suivant, Il Etait Une Fois...La Révolution, bien que considéré comme un western, est un petit peu autre chose pour moi ; mais je chipote et je m'égare), mais son plus important. 160 minutes ahurissantes, avares en dialogues, une sorte d'opéra western qui prend son temps et semble être une sorte d'épitomé du western spaghetti : déflagrations de revolvers qui sonnent comme des explosions atomiques, rues aussi larges que des autoroutes à huit voies, crasse tellement crasseuse que même le plus hardi des clochards refuserait de se laisser aller à ce point-là, méchants terriblement méchants, gentils qui ne le semblent pas vraiment... 

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Le film est génial, son interprétation est parfaite et le choix des acteurs, incroyable : Fonda, alors habitué aux rôles positifs, joue Frank, un chef de bande absolument dégueulasse (il tue, sans hésiter, presque avec le sourire, un jeune enfant sans défense) ; Robards, alors habitué aux films plutôt d'auteur ou intellectuels, joue un autre chef de bande, le Cheyenne, crasseux, violent, mal rasé, mais terriblement attachant ; Bronson, alors peu connu du grand public, tient le rôle principal, un outlaw étrange, sans nom, joueur d'harmonica, qui se comporte parfois bizarrement (en présence de Jill, jouée par Claudia Cardinale, il semble d'abord vouloir la violer avant de lui dire d'aller chercher de l'eau au puits ; tout ça, alors qu'il débarque chez elle pour la protéger des hommes de Frank !). Le film bénéficie d'un techniscope tellement sublime que quand on le voit à la TV, on regrette de ne pas le voir en salles (j'envie mon père qui, lui, l'a vu en salles à l'époque, avec les autres Leone). Et la musique ? Signée Ennio Morricone, qui avait déjà signé la musique des trois précédents Leone (la "trilogie des Dollars", avec Eastwood dans un rôle d'abord proposé à Bronson, qui refusera ; pour Il Etait Une Fois Dans L'Ouest, c'est Eastwood qui refusera le rôle d'Harmonica, ironie) et fera celle des deux suivants et derniers. Cette bande originale, 13 titres en vinyle, plus en CD grâce à de sympathiques bonus-tracks (mais le vinyle se suffit amplement), est un joyau du genre, tout simplement. Il paraît que Leone faisait diffuser la bande originale, composée en amont, donc, sur les plateaux de tournage, pour l'ambiance. J'imagine ce que ça devait être...

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Ici, on trouve quelques uns des meilleurs moments de la carrière musicale de Morricone, le regretté Morricone. Que dire face à telle succession de merveilles ? Au débotté, et dans le désordre, on a ici Addio A Cheyenne, un des thèmes consacrés au personnage du, du, du...bravo, du  Cheyenne (il en existe un autre, présent en CD), morceau assez léger, cavalier, qui vous donnera à jamais l'image de Robards relevant lentement la tête et regardant férocement de gauche à droite en entrant, après un gunfight, dans une posada. On a L'Uomo Dell'armonica, le thème du personnage joué par Bronson, inoubliable partition d'harmonica, la plus célèbre au monde probablement  (avec celle de Love Me Do). L'Orchestraccia est le thème sautillant, virevoltant, que l'on entend à l'arrivée de Jill à la gare. Thème qui, juste après, est remplacé, dans le film, alors que la caméra passe lentement au-dessus du bâtiment de la gare pour embrasser le paysage de la ville fourmillante, par le thème principal du film, C'era Una Volta Il West, qui ouvre le disque est restera, sans doute, à jamais, LE morceau de Morricone. Ces vocalises, sans paroles, de la chanteuse Edda Dell'Orso, cette mélodie mélancolique et triste, filent clairement le frisson quand on écoute le disque, alors entendre ce thème dans le film, c'est tout simplement inoubliable. D'autres thèmes (L'Attentato, sur la tentative d'attentat dont est victime Frank ; In Una Stanza Con Poca Luce, quand Jill se retrouve seule dans sa grande maison, juste après l'enterrement des siens ; Come Una Sentenza, avec cette guitare agressive) sont eux aussi inoubliables, et dans l'ensemble, les quelques 37 ou 38 minutes de cette bande originale sont tout simplement essentielles. 

FACE A

C'Era Una Volta Il West

Come Una Sentenza

Addio A Cheyenne

L'Attentato

La Posada N°1

La Posada N°2

FACE B

L'Uomo Dell'armonica

In Una Stanza Con Poca Luce

L'Orchestraccia

L'Uomo

L'America Di Jill

L'Ultimo Rantolo

Finale