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Au moment de la sortie de cet album, en 1975, Deep Purple ne sont quasiment plus rien. Ce n'est pas un avis personnel (surtout que j'adore cet album, je l'ai toujours adoré d'ailleurs), mais un constat. Il faut dire que, déjà, quand le Pourpre a 'perdu' son charismatique chanteur Ian Gillan en 1974, remplacé par David Coverdale, certains fans, à l'époque, avaient pu dire que, ça y est, le groupe allait commencer sa descente (déjà que le dernier opus avec Gillan, Who Do We Think We Are, bien que plutôt honnête, n'est pas génial), surtout qu'en plus, Roger Glover, le bassiste, quitta le groupe en même temps, remplacé par le très bon (mais un peu trop influencé par la soul/funk) Glenn Hughes. Pourtant, Burn, en 1974, le premier album de la formation MkIII du groupe, est un des meilleurs albums de hard-rock des années 70, rien que ça. L'album sera suivi, la même année, de Stormbringer, et là, le bât blessera grave. Là aussi pas génial mais honnête, l'album, très funky (trop ?), marquera une autre fin, dans le groupe : celle de la présence du guitariste fondateur des Purples, Ritchie Blackmore, qui s'en va en 1975, juste après la fin de la tournée promotionnelle. Là, le groupe est mort, se disent les fans. On remplace Blackmore par Tommy Bolin, qui ne fera qu'un album (deux, en fait, en comptant un live sorti en 1977) avec le groupe, et décèdera d'overdose en 1976 (sa mort marquera la fin du groupe pendant presque 10 ans).

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L'album, sorti en 1975, c'est donc celui-ci, Come Taste The Band, sur lequel seuls le batteur Ian Paice et le claviériste Jon Lord restent du Purple initial. L'unique album de la très courte formation MkIV. Une pochette bien dans le ton de l'époque, et qui donne soif : un gros verre de gros rouge, rempli, le nom de l'album incrusté dessus et les visages des membres (de gauche à droite : Bolin, Lord, Coverdale, Paice, Hughes) dans le divin nectar. Au dos, le verre, vidé, et de petites traces de lipstick rouge sur le bord. L'intérieur montre diverses photos du groupe, indivuelles ou à plusieurs, en noir & blanc, et la sous-pochette, ornée de vigne, propose les paroles. On ne s'attardera pas dessus. On notera que bien que Bolin soit un nouveau-venu, et relativement méconnu (il fera un album solo excellent, Teaser, à la même époque), il participe activement à l'écriture des morceaux : sur les 9 de l'album (qui dure 36 minutes), 6 ont son nom dans les crédits ! Les morceaux, maintenant. On a quelques morceaux franchement exemplaires ici, à l'image du dernier titre, You Keep On Moving, interprété par Coverdale et Hughes (ils l'ont écrit à deux, d'ailleurs), voix rauque pour l'un, voix aigüe et funky pour l'autre, et c'est un final absolument admirable pour l'album (et pour le groupe, car pendant 10 ans, il n'y aura plus rien, mis à part un live d'archives de temps en temps). On a, de l'autre côté, Comin' Home, en morceau d'ouverture, et avec son intro proche de celle de Speed King, c'est efficace au possible. Gettin' Tighter, interprété par Hughes, sera en live un grand moment bien étendu (voir le Live In Long Beach 1976, un des "Overseas Live Series"), bien funky à la sauce Hughesque. Lady Luck, Love Child, Drifter, sont des hard-rocks efficaces comme on aime. This Time Around/Owed To 'G' (le G en question n'est pas Ian Gillan, mais George Gershwin, au passage), est un double morceau constitué d'une ballade de claviers interprétée par un Hughes ayant rarement aussi bien chanté, et ensuite un instrumental enlevé, boogie et funky en même temps.

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Du lourd, du très très bon sur ce disque, donc. C'est pour moi un des meilleurs albums du Pourpre Profond, oui les potes, je le pense sincèrement. Il est infiniment meilleur que Stormbringer, que Who Do We Think We Are, que Fireball aussi, album de 1971 que je n'ai personnellement jamais aimé, inégal, un peu boursouflé, coincé entre deux immenses albums aussi. Come Taste The Band est aussi, je trouve, meilleur que plusieurs des albums que le groupe, reformé (retour de la formation MkII, puis avec des variantes), fera dès 1984, ces Perfect Strangers, House Of Blue Light, Slaves And Masters, The Battle Rages On... ou Bananas, sans oublier le dernier en date, le très correct-mais-peut-mieux-faire InFinite. Le problème de cet albu de 1975 c'est qu'il n'y à plus Blackmore, et pour les fans et les rock-critics (enfin, une bonne partie d'entre eux), Deep Purple sans Blackmore, c'est comme imaginer Led Zeppelin avec un autre chanteur que Robert Plant, ou un autre guitariste que Jimmy Page, c'est impossible et quasiment verboten de se l'imaginer. Mais avec ce disque unique (car c'est le seul de sa formation), le groupe a prouvé qu'il pouvait, sans son bouillant, irascible et tête-de-con de guitariste de génie, faire un disque, et un bon, de plus. Je ne sais pas si la tournée a été un triomphe, mais le Live In Long Beach 1976 cité plus haut est, en tout cas, génial de bout en bout (Come Taste The Band est bien représenté, mais on a aussi Highway Star, Smoke On The Water, Burn...), aussi bien pour le son que la performance. Et l'ambiance. En revanche, Last Concert In Japan, sorti en 1977, est à fuir comme une épidémie de variole, c'est épouvantable, et le groupe était, de plus, en mauvaise forme, surtout un Tommy Bolin héroïnomane qui s'était apparemment blessé au bras peu de temps avant et avait du mal à jouer. Sans oublier un trakclisting erroné indiquant un morceau (Woman From Tokyo) alors qu'en réalité, c'est juste un solo de claviers de Jon Lord. Ce live pourri de 1977, plus le fait qu'un an avant, le groupe sortira un autre live, Made In Europe, datant de la tournée Stormbringer (et donc, sans Bolin), plus le relatif insuccès de Come Taste The Band à sa sortie, ne feront pas grand chose pour redorer le blason de cette formation MkIV, pourtant vraiment exemplaire dans l'ensemble. Album à (re)découvrir à tout prix !

FACE A

Comin' Home

Lady Luck

Gettin' Tighter

Dealer

I Need Love

FACE B

Drifter

Love Child

This Time Around/Owed To 'G'

You Keep On Moving