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Quand on regarde la discographie 80's d'AC/DC, on se rend compte que pour un triomphe (Back In Black, 1980) et un album ma foi vraiment sympathique bien qu'inégal (Flick Of The Switch, le mal-aimé, 1983), on a quand même énormément de déchet. Des albums sans intérêt (For Those About To Rock (We Salute You) en 1981), totalement inutiles (Who Made Who, 1986), absolument imbitables de nullité artistique (Fly On The Wall en 1985, Blow Up Your Video en 1988). Le nadir le plus absolu étant arrivé en 1988, justement. Un Malcolm Young (RIP, mon gars) tellement alcoolo qu'il se retirera temporairement du groupe pour se soigner, durant la tournée américaine, laissant son neveu Stevie (qui le remplacera aussi en 2014 pour d'autres, et définitives, raisons) le remplacer ; et surtout, des chansons épouvantables, merdiques comme c'est pas permis. La tournée mondiale fut, apparemment, du genre désastreuse. Le groupe a grandement besoin de se recentrer. Simon Wright, le batteur ayant remplacé un Phil Rudd alcoolo depuis 1983, s'en va (il rejoindra, il me semble, Dio). On le remplace par un pilier, un grand chauve, un Mr Propre de la batterie : Chris Slade. Malcolm est de retour, il va mieux. Angus, qui n'a jamais bu une goutte d'alcool (hé oui, hé oui), du moins, pas depuis un certain temps, va bien. Cliff Williams aussi, merci pour lui. Brian Johnson, physiquement, va bien, mais il est alors en plein divorce avec sa femme, et ça va tellement l'accaparer qu'il ne participera pas à l'écriture des morceaux. Et ne participera dès lors plus à l'écriture des morceaux. C'est d'ailleurs marrant, ça : parce qu'il n'a pas pu s'y coller pour les morceaux de The Razors Edge (titre de ce nouvel album), il ne le fera plus du tout, alors qu'il aurait très bien pu, pour les albums suivants. Qui va à la chasse...

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The Razors Edge, produit par Bruce Fairbairn (Scorpions, notamment), enregistré à Vancouver (Canada), est sorti en 1990, sous une pochette, comment dire, euh... Moche ? Une sorte de grosse déchirure sanglante dans une plaque de métal. Le titre de l'album (aussi ceui d'une des chansons) est aussi le titre original du roman Le Fil Du Rasoir de Somerset Maugham, mais croyez-moi quand je dis que ce n'est pas une référence au roman. Non pas que les AC/DC soient incultes, non, mais c'est aussi une expression avant d'être un titre de roman, et puis, ayant lu le roman, je ne vois pas en quoi il aurait pu inspiré, en quelque façon, les hardos australiens. Quoi qu'il en soit, cet album, le premier de la décennie pour le groupe (personne ne pouvait alors se douter que le rythme de livraison du groupe allait, à partir de ce disque, considérablement ralentir : l'album studio suivant, ça sera en 1995), à défaut d'être un triomphe, est tout de même leur meilleur album depuis Flick Of The Switch, ce qui fera sûrement dire à certains détracteurs comme quoi c'était vraiment pas dur de faire mieux que les albums de la période 1985/1988. Oui, c'est vrai, il aurait été difficile de faire pire, mais le groupe aurait quand même très bien pu foirer, encore une fois, son album. The Razors Edge, long de 46 minutes au passage (le plus long du groupe depuis High Voltage, version internationale, et le live de 1978 !), est en effet un incontestable bon en avant par rapport à Blow Up Your Video.

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Brian Johnson semble avoir un tantinet niqué sa voix, ou alors c'est la production de Fairbairn, très métallique, qui y est pour quelque chose (en 1995, ça sera pire). Mais les morceaux sont excellents, voire même, pour 4 ou 5 d'entre eux (il y en à 12), légendaires : Got You By The Balls, Are You Ready, le morceau-titre (sombre comme un tunnel mal éclairé dans la nuit), et les deux hits que sont Moneytalks (un peu irritante à la longue, comme le fut You Shook Me All Night Long à laquelle la chanson me fait beaucoup penser avec son refrain pop) et Thunderstruck. Ce morceau, putain, ce morceau... à lui seul il justifie l'achat de The Razors Edge. Un riff de malade, des choeurs virils qui braillent Thun-derrr ! Thun-derrr !, une durée idéale (quasiment 5 minutes)... Un classique instantané ! D'autres chansons sont également super bonnes : Fire Your Guns, Mistress For Christmas (amusant !), Shot Of Love, on notera juste une belle baisse de qualité vers la fin, Let's Make It, Goodbye And Good Riddance To Bad Luck et (dans une moindre mesure) If You Dare, les trois derniers titres, sont incontestablement les maillons faibles de l'ensemble. Mais on ne s'en plaindra pas trop : à tous niveaux, malgré ce final un peu raté, The Razors Edge est une amélioration totale par rapport aux deux précédents opus (je ne compte pas Who Made Who), et s'il n'est pas aussi essentiel que les classiques de l'Âge d'Or, il est tout de même loin d'être négligeable. Comme Flick Of The Switch, un petit peu meilleur en fait. La tournée mondiale sera un gros succès, immortalisée par un double live anthologique. La suite...pas demain (même si demain, AC/DC sera aussi au programme), mais dans quelques heures !

FACE A

Thunderstruck

Fire Your Guns

Moneytalks

The Razors Edge

Mistress For Christmas

Rock Your Heart Out

FACE B

Are You Ready

Got You By The Balls

Shot Of Love

Let's Make It

Goodbye And Good Riddance To Bad Luck

If You Dare