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David Bowie est vraiment un caméléon (et entre 1973 et 1978, il était camé, Léon, je sais). Après avoir expérimenté les rivages world avec son précédent album (le sous-estimé Lodger de 1979, dernier volet de la 'trilogie berlinoise'), il entre dans les années 80 avec cet album radicalement différent, Scary Monsters (& Super Creeps). Un disque très rock, très ancré dans son temps (claviers) sans pour autant y sacrifier comme ça sera le cas dès l'album suivant. Un disque parfois pop, mais sans jamais trop l'être. Un disque truffé de hits, et bénéficiant de la participation de musiciens talentueux.

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Oui, Bowie a toujours su s'entourer de musikos vraiment bluffants, et ici, c'est vraiment un festival : on y trouve, comme toujours depuis 1975, le guitariste Carlos Alomar et le batteur Dennis Davis. George Murray tient la basse. Jusque là, rien d'extraordinaire. Mais Pete Townshend, des Who, tient la guitare sur l'avant-dernier titre, le très rock Because You're Young (et son riff extraordinaire). Mais Tony Visconti, producteur légendaire, historique, de Bowie, tient la guitare acoustique sur le morceau-titre et Up The Hill Backwards, en plus de tenir des choeurs. Mais Roy Bittan, du E Street Band de Bruce Springsteen, tient le piano sur trois titres. Mais, surtout, Robert Fripp, de King Crimson (qui serait relancé l'année suivante), tient la guitare sur 7 titres sur 10, et on reconnait fortement son style (sonorité stridente et aigue, écorchée vive) sur l'album. Il ne joue pas sur Scream Like A Baby, Because You're Young et Ashes To Ashes

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L'album commence par It's No Game (1), une chanson interprétée en partie par Bowie et en partie par Michi Hirota, une Japonaise comme son nom l'indique. Nammin no kiroku ega/Hyoteki o se shita koibito tachi... Morceau débridé aux paroles cyniques et contestataires (to be insulted by these fascists, it's so degrading, and it's no game), sur lequel Bowie chante d'une voix hargneuse, hurlante, on jurerait qu'il chie ses poumons. Robert Fripp en grande forme, et qui se lâche à la fin dans un solo écorché faisant hurler Bowie : shut up !! Après ce morceau énergique et virulent, Up The Hill Backwards semble (et est) plus reposant. Harmonies vocales autour de Bowie, pour une chanson presque reposante (toujours le son de la guitare de Fripp pour titiller nos oreilles, réminiscences de l'aspect inquiétant que la musique de King Crimson avait en permanence). Puis Scary Monsters (& Super Creeps) vient tout chambouler pendant 5 minutes, avec son riff limite metal et la voix de Bowie un peu maquillée par des effets sonores. Paroles assez amusantes (well she could have been a killer if she didn't walk the way she do ; and she do), mais ambiance agressive, avec toujours Fripp qui s'amuse à distiller un son écorché vif avec sa guitare, qu'il viole allègrement, et on l'imagine assis sur son sempiternel tabouret avec un sourire en coin.

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Ashes To Ashes semble marquer la fin d'un cycle : Bowie a connu la gloire en 1969 avec la chanson Space Oddity, qui parlait d'un certain Major Tom, astronaute malchanceux bloqué dans l'espace. Ashes To Ashes, avec ses sonorités électropop (solo de clavier final, riff de synthé), reprend le personnage de Major Tom et fait une analyse introspective de ce que furent les 70's pour Bowie (I know Major Tom's a junkie). Autrement dit, Bowie inaugure les 80's en faisant un bilan imagé sur les 70's, qui furent pour le moins poudreuses, le concernant. Grande chanson. Gros succès. Avec Bowie en Pierrot-la-Lune dans le clip mythique. On passe à Fashion, et le retour de Fripp, pour un morceau très électropop aussi, et autre gros tube. On pourra regretter les paroles débiles (du style leçon sur comment danser la danse à la mode du futur), mais pas la musique, vraiment excellente. Puis on retourne le vinyle (ou on laisse le CD tourner, OK) et on découvre les presque 7 minutes de Teenage Wildlife, morceau exemplaire sur les Golden Boys, les Yuppies. Paroles assez hilarantes (They say 'David, what shall I do, they're wait for me in the hallway ?' I say 'don't ask me, I don't know any hallway'), et un accompagnement musical d'enfer (Fripp, à la one again, est tuant).

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En revanche, Scream Like A Baby, chanson suivante, ne bénéficiant que de Carlos Alomar à la guitare (et Bowie aussi, probable), est la moins réussie de l'album. Pas honteuse (aucun titre à chier sur cet album), mais un peu énervante (le bridge, sur lequel la voix de Bowie s'emballe, du plus aigu au plus grave). Kingdom Come, reprise d'une chanson de Tom Verlaine (du groupe Television, mais c'est une chanson de lui en solo), est excellente, bien pop et on en retient vraiment facilement la mélodie. Ca aurait pu être un tube si ça avait été édité en single. Because You're Young, avec la guitare de Gros Pif 1er (Pete Townshend, oui, d'accord), est une autre tuerie, mais très rock, celle-là. Ca vaut surtout pour le son de guitare. Et la conclusion, It's No Game (2), aussi acoustique et reposée que la première partie était débridée. Pas de participation en japonais ici, et Fripp est en mode repose-toi, brave guerrier après la violence de ses interventions sur la quasi-totalité de l'album. Paroles aussi constestataires que pour le premier volet, et une fin qui part en noisettes (est-ce le bruit de la pluie sur un toit en tôle ondulé, ou des noisettes frappées l'une contre l'autre, ce torrent de bruit que l'on entend en fin finale de la chanson ?). Mais une seconde partie vraiment excellente. En total contrepoint de la première, et de l'album.

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Scary Monsters (& Super Creeps), c'est un grand, un très grand cru bowien. Pour moi, le seul bon disque de Bowie dans la décennie 80, qui sera vraiment dure pour lui, malgré le succès monstrueux de son album suivant, Let's Dance. Scary Monsters (& Super Creeps), c'est aussi le dernier album de Bowie chez sa maison de disques RCA, avant de signer chez les gros pontes de EMI. C'est le dernier manifeste arty-rock d'un artiste majeur, avant sa plongée dans l'enfer pop-new wave commercial à outrance. Certes, il reviendra à un rock plus arty (et électro) dans les années 90, notamment avec Outside et Earthling, mais je dois avouer que je n'ai jamais vraimenrt accroché à ce que Bowie a fait à partir de 1983. Pour moi, Scary Monsters (& Super Creeps) est le dernier monument intégral de Bowie, ou un de ses derniers. Et c'est le dernier album de Bowie que, vraiment, littéralement, j'adore. Un must-have ! 

FACE A

It's No Game (Part 1)

Up The Hill Backwards

Scary Monsters (& Super Creeps)

Ashes To Ashes

Fashion

FACE B

Teenage Wildlife

Scream Like A Baby

Kingdom Come

Because You're Young

It's No Game (Part 2)