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Vous rendez-vous compte : j'ai acheté ce disque (en CD, l'ancienne édition, pas le remaster 2003 avec livret détaillé) parce que j'aimais sa pochette ! Et de un, c'est vraiment pas un critère d'achat suffisant quand on ne sait pas du tout à quoi s'attendre sur le contenu musical de l'album (bien que, quand j'ai acheté le disque, AC/DC, je connaissais déjà pas mal, j'avais quasiment tous leurs albums précédents et un ou deux des suivants), et de deux, j'avais vraiment un goût de merde, ou quoi ? Car cette pochette... Une palissade sur laquelle est gravé le titre de l'album. Deux trous dans la palissade. Celui du haut, au niveau du Y du premier mot, montre un oeil humain, quelqu'un de caché derrière la palissade. L'autre trou, en bas, montre une grosse mouche bleue au regard de cocaïnomane en manque et au sourire de toon taré en sortir. Au verso, point de mec caché, mais des photos individuelles du groupe, le tracklisting, et le cul de la mouche. Fly On The Wall est sorti en 1985. 1985, les mecs ! L'année du Club Ninja de Blue Öyster Cult, du Behind The Sun de Clapton et du Cut The Crap des Clash, trois des pires merdes musicales qu'il m'ait été donné d'entendre ! Mais pas une mauvaise année dans l'ensemble (Around The World In A Day de Prince, Hounds Of Love de Kate Bush, Centerfield de John Fogerty, First And Last And Always des Sisters Of Mercy, Fables Of The Reconstruction de R.E.M., Mistral Gagnant de Renaud, Prisonnier De L'Inutile de Manset, Non Homologué de Goldman et Misplaced Childhood de Marillion sont de super albums, et je sais que j'en ai oublié).

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Mais cet opus des Australiens, nom de Zeus (oui, 1985 est aussi l'année de Retour Vers Le Futur)...Une quarantaine de minutes (quasiment du tout rond) et 10 titres qui, dans l'ensemble, puent encore plus qu'une légion de saint-nectaires oubliés dans le placard d'une caravane abandonnée sur la plage de Lacanau en été. Et cette production... Le précédent opus, Flick Of The Switch en 1983, mal reçu par la presse et les fans mais sincèrement meilleur que sa réputation, était produit par le groupe. Une production sèche, sans artifices, mais vraiment bonne. Pour Fly On The Wall, le premier album du groupe avec leur nouveau batteur Simon Wright (qui a remplacé Phil Rudd en 1983 à la fin des sessions de Flick Of The Switch, Rudd fut viré pour alcoolisme), le groupe, qui a enregistré l'album aux Mountain Studios de Montreux (Suisse) entre octobre 1984 février 1985 - l'album est sorti en juin - a continué sa démarche d'autoproduction. Ce sont précisément les frangins Angus et Malcolm qui s'y sont collés officiellement. Comment dire... Je ne sais pas ce que vaut la version remastérisée de 2003, mais à mon avis, il doit être difficile d'améliorer ça. Le son est boueux, faiblard, la voix de Brian Johnson est sous-mixée et semble sur le point de se rompre, comme si le chanteur n'avait plus qu'une corde vocale et qu'elle était usée jusqu'à la trame. Les guitares semblent toutes en train de perpétuellement jouer la même chose, la rythmique est basique et étouffée (je ne parle pas de la basse...rien que la batterie qui fait boum tic, boum tic, ça me fait mal, on dirait un tambour de machine à laver).

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Si seulement les chansons valaient le coup, mais là aussi, il faut le dire, c'est la Pologne en la matière. Si à la rigueur (à la rigueur, hein !) Shake Your Foundations vaut le coup pour son riff et son refrain fédérateur, dans l'ensemble, Fly On The Wall est un amoncellement de merdes. Danger, qui sortira en single et se taille le record du plus épouvantable fiasco de la carrière du groupe... Sink The Pink, aux paroles délicieusement poétiques... Hell Or High Water...First Blood...le morceau-titre (malgré son intro correcte)... Non, vraiment, cet album est merdique au plus haut point, un des deux nadirs (avec l'album de 1988) de leur carrière. En plus, comme si ça ne suffisait pas, cet album a coïncidé, bien malgré lui, avec une actualité des plus détestables, durant la tournée : le serial killer américain Richard Ramirez, qui se disait fan du groupe, avouera, lors de son arrestation, écouter Night Prowler (de 1979) durant ses 'chasses', et arborait des T-shirts et casquettes griffées au nom du groupe. Il aurait été un grand fan du groupe, de Fly On The Wall notamment, et tout ce ramdam médiatique de faits divers n'aidera évidemment pas le groupe. Les fans s'en foutront (ils avaient déjà fort à faire avec la nullité dans laquelle leur groupe préféré était en train de s'enfoncer), mais les détracteurs, on s'en doute, sauteront sur l'occasion comme la vérole sur le bas-clergé. AC/DC se remettra évidemment de ça, ils n'y étaient pour rien, mais à mon avis, mieux vaut éviter au possible de parler de la période 1985/1986 aux membres du groupe, ce ne sont pas de bons souvenirs, tant personnels que musicaux. N'allez cependant pas chercher des sous-entendus sinistres dans les paroles des chansons de cet album, ça n'a rien à voir, il ne faut pas tout mélanger. Fly On The Wall n'avait pas besoin de ça pour être mauvais comme une mouche à merde. Tiens ! C'est peut-être ça, la mouche de la pochette, après tout, une mouche à merde attirée par le parfum répugnant de la production et des chansons de ce disque...

FACE A

Fly On The Wall

Shake Your Foundations

First Blood

Danger

Sink The Pink

FACE B

Playing With Girls

Stand Up

Hell Or High Water

Back In Business

Send For The Man