A25

Les historiens sont unanimes : c'est en l'an de grâce 1983, avec la sortie de cet album à la pochette blanche ayant été voulue (dixit les notes de pochette de la réédition CD la plus récente) similaire à celle d'un bootleg, qu'AC/DC a commencé à lentement chuter. Cette pochette représentant Angus, guitare en bandoulière, agrippé à un commuteur électrique dans le but de le faire basculer, cacherait un disque immonde, dont la seule qualité serait sa courte durée (37 minutes, un des plus courts du groupe, le plus court de l'époque, et le plus court pendant longtemps, si on met de côté l'EP '74 Jaibreak qui sortira l'année suivante et dure 24 minutes ; seul Rock Or Bust, en 2014, sera plus court, avec 34 minutes). L'album s'appelle Flick Of The Switch (l'illustration de pochette est la meilleure traduction que je pourrais faire de ce titre) et il fait donc suite à For Those About To Rock  (We Salute You) que le groupe a sorti en fin d'année 1981 et qui marquait incontestablement la première baisse de qualité dans l'oeuvre acédécienne. On y trouvait certes deux immenses chansons (la première et la dernière du lot), mais surtout un bon nombre de chansons passables voire franchement mauvaises, du genre que l'on écoute sans trop y prêter attention, des fillers. Quand on a une ou deux chansons comme ça sur un album, ça passe. Quand elles sont en majorité, comme c'était le cas avec l'album de 1981, ça coince !

A26

S'étant séparés de leur producteur Robert John 'Mutt' Lange (ou alors c'est lui qui a refusé la production car il était peut-être occupé sur un autre projet), AC/DC file aux Bahamas, là où ils avaient fait Back In Black, afin d'enregistrer les 10 titres de l'album. Enfin, il y à 10 titres sur l'album, mais ils en ont probablement écrits d'autres durant les sessions. Flick Of The Switch est un disque important dans la discographie du groupe en celà qu'il est le premier qu'ils ont produit eux-mêmes. On pourrait croire à un naufrage dans ce cas-là, mais la production est, franchement, excellente, du niveau de celles des précédents opus. Ecoutez ce disque sans savoir que c'est le groupe qui l'a produit lui-même, vous ne pouvez pas le deviner au son. Celui-ci est brut, sec, sans artifices, mais très très professionnel. L'album est sorti au moment où AC/DC a connu un petit rebondissement : le départ (il fut viré) de son batteur Phil Rudd, pour alcoolisme, il sera remplacé, pour la tournée et jusqu'à 1988/89, par Simon Wright (puis Chris Slade en 1990/1992). Rudd ne reviendra qu'en 1995. Mais il joue bien sur ce disque, cependant. A sa sortie, Flick Of The Switch récoltera des critiques des plus mitigées, et commercialement parlant, ne sera vraiment pas un triomphe, la faute à une pénurie de hit-singles. Angus Young voulait que le dessin de la pochette, et le lettrage, soient embossés, gaufrés sur la pochette, mais les pontes d'Atlantic Records, devant l'absence de tubes potentiels et face à un dessin de pochette qu'ils n'aimaient pas, refuseront, ne voulant pas foutre de l'argent dans une pochette luxueuse pour un album aussi cheap. Selon eux.

A27

C'est vrai, pas de hit du genre You Shook Me All Night Long ici. Prenez les deux albums live sortis par la suite, en 1992 et 2012 : aucun titre de cet album (et du suivant...) ne s'y trouve. Le groupe en a interprété quelques uns en concert au début, mais les a rapidement virés de leur setlist. Chose amusante, un des morceaux, Guns For Hire, se trouvera sur la bande-son (album sorti en 2010, une sorte de compilation déguisée) du film Iron Man 2, au milieu de plein d'autres chansons du groupe. Cette chanson sera le premier single (il y en aura trois), et ne cartonnera pas vraiment (elle n'est pas géniale, ceci dit). Les deux autres singles sont meilleurs en qualité (mais pas forcément des tubes dans les charts) : le morceau-titre et Nervous Shakedown. On peut aussi et surtout citer, dans les réussites de cet album sans grosse surprise, mais vraiment supérieur au précédent, Rising Power et Badlands. Citons en revanche dans les ratages (il y en à évidemment ici) Bedlam In Belgium et Deep In The Hole. Mais dans l'ensemble, s'il n'est évidemment pas parfait et ne tient pas la comparaison avec les albums de l'Âge d'Or 1976/1980, Flick Of The Switch offre tout de même de bien meilleures chansons (bien qu'aucune ne soit devenue un classique intouchable, c'est vrai) que le précédent opus, et que les deux suivants (je ne compte pas l'album Who Made Who, un peu à part, et je ne compte évidemment pas '74 Jailbreak, sorti en 1984, mais enregistré 10 ans plus tôt). A défaut d'être un grand cru indispensable, ce petit album, car ç'en est un (de petit ; d'album aussi !), est tout de même des plus appréciables. Il est meilleur que sa réputation. Il est vrai que le déclin du groupe démarre là, mais ce n'est en rien comparable avec la période 1985/1988, vraiment épouvantable, j'y reviens dès demain. En 1983, le groupe a commencé sa descente, mais a au moins réussi à accoucher d'un disque très écoutable, discret en raison de l'absence de hits, mais vraiment pas honteux. Le suivant, lui, en revanche...

FACE A

Rising Power

This House Is On Fire

Flick Of The Switch

Nervous Shakedown

Landslide

FACE B

Guns For Hire

Deep In The Hole

Bedlam In Belgium

Badlands

Brain Shake