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Difficile de voir ce disque comme un album de pur hard-rock. Sincèrement, ce n'est pas le cas. Enfin, ce n'est pas non plus du rock pur et dur du début à la fin, et encore moins de la pop/rock. Quatrième album studio de Blue Öyster Cult et cinquième de leurs albums (il suit le double live On Your Feet Or On Your Knees), Agents Of Fortune, sorti en 1976, est un de leurs albums les plus variés. C'est aussi un de leurs plus gros succès, il sera disque de platine, et a fait entrer le BÖC dans un tout autre niveau ; il y à clairement un avant et un après ce disque, qui renferme quelques uns de leurs classiques, et notamment un hit absolu, une chanson indémodable, mythique, culte, sensationnelle, sortie en single (dans une version écourtée de son sublime solo de guitare) et devenue emblématique du groupe. Une bonne partie des gens ayant acheté l'album à sa sortie l'ont fait parce qu'il comprenait ce tube ; personnellement, ce disque fut mon premier du Cult, acheté il y à 12 ans environ (si pas 14), et uniquement parce qu'il comprenait cette chanson, que je connaissais déjà (la seule d'eux que je connaissais) et voulait à tout prix avoir en CD, si possible dans son jus, c'est à dire dans son écrin d'origine, l'album de base sur lequel on la trouvait.

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Intérieur de la pochette vinyle

Cette chanson, interprétée et écrite par le guitariste du groupe, Donald (Buck Dharma) Roeser, c'est (Don't Fear) The Reaper. Vraiment mythique, cette chanson, citée en ouverture du roman Le Fléau de Stephen King, utilisée comme générique de l'adaptation en mini série TV du même roman, utilisée dans divers films, séries TV et autres, et sujet d'un des plus mythiques sketches de la cultissime émission américaine Saturday Night Live, sketch de 2000 avec l'habitué des lieux Will Ferrell et un invité de luxe, Christopher Walken ; ce dernier, dans le rôle d'un producteur du nom de Bruce Dickinson (qui existe vraiment, il a signé les rééditions CD Columbia/Legacy des albums du BÖC, notamment, et n'a rien à voir avec le chanteur d'Iron Maiden qui est son parfait homonyme), insiste, à un moment donné, lourdement, pour qu'on rajoute plus de cencerro (en anglais, cowbell, un instrument de percussion sud-américain notoirement utilisé dans la chanson du BÖC), more cowbell, et cette expression est devenue culte (de même que le sketch, hilarant, parodie de making-of d'enregistrement du style de la série des DVD Classic Albums). Mais la chanson était déjà mythique bien avant : elle fut un gigantesque succès, et une petite polémique, aussi, le sujet de la chanson étant pour le moins...glissant. La chanson parle en effet de la Mort (the Reaper : la Faucheuse), de l'amour qui survit à la mort, on y cite Roméo et Juliette. L'histoire de la chanson, l'histoire racontée dans les paroles je veux dire, c'est apparemment un homme qui vient de mourir et qui, de l'au-delà, invite sa compagne Mary à le rejoindre, ainsi ils seront réunis à jamais. Non, cette chanson n'est pas une invitation au suicide, même si les paroles sont tellement ambigües, et le sujet tellement glissant, qu'on pourrait s'y méprendre. Le groupe en chiera quelque peu, des fois, à se justifier. Ca n'enlève rien à la chanson, avec sa guitare carillonnante, son solo d'enfer (et assez différent, en terme de rythme, du reste de la chanson : il est nerveux, la chanson est, elle, plutôt mélancolique), son chant mélancolique et magnifique de Roeser... 5 minutes (chanson la plus longue d'un album assez court : 36 minutes, 10 titres) magistrales.

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Affiche promotionnelle d'époque

Le reste de l'album est cependant au moins aussi bon, mis à part une chanson que je n'ai jamais aimé, et n'aimerai jamais (depuis tout ce temps qu'elle m'insupporte, croyez-moi, ça ne risque pas de changer), Tattoo Vampire. Heureusement, la chanson, chantée par Eric Bloom (le chanteur principal du groupe, mais ici, sur ce disque, tout le monde chante), est courte, moins de 3 minutes, mais elle est déjà bien usante comme ça. Le reste assure, donc. L'album s'ouvre même sur une tuerie totale, une chanson hélas trop courte (2,20 minutes !) mais parfaite mis à part ça, This Ain't The Summer Of Love, un des hymnes absolus des bikers avec le Roadhouse Blues des Doors et le Born To Be Wild de Steppenwolf (deux chansons que ce groupe de motards qu'était le Cult chantera sur scène). Cette ouverture, avec son riff sanglant, dépote grave, et on croirait tenir entre ses mains (pochette magnifique, au fait, d'un magicien arborant des cartes de Tarot dans sa main et indiquant, sur la paroi en arcade du décor derrière lui, le symbole Kronos du groupe) un authentique du disque de heavy metal. Il n'en est rien, comme je l'ai dit plus haut, cet album étant un des plus variés du groupe. La preuve, True Confessions, qui suit, est totalement à l'opposé, avec son piano de bastringue et ses cuivres (signés des frangins Michael et Randy Brecker, invités) pop/jazz à la Steely Dan. Cette chanson est écrite par le claviériste du groupe, Allen Lanier, et accessoirement, il la chante, ce qui est une première dans le groupe (et ne se reproduira quasiment jamais plus) ! 3 petites minutes bien sympathiques. On passe ensuite à (Don't Fear) The Reaper, je pense en avoir parlé plus haut (ah ah ah), chanson qui laisse ensuite la place à un modèle de hard-rock au riff tétanisant, E.T.I. (Extra-Terrestrial Intelligence), un des classiques du groupe (le titre de l'album est issu de ses paroles), interprété par un Bloom en forme. Et quel solo de guitare de Roeser... La face A se finissait sur The Revenge Of Vera Gemini, morceau rock au rythme lent et hypnotique écrit en duo par Albert Bouchard (batteur) et Patti Smith (ce n'est pas la première fois qu'elle signe des chansons pour le groupe, elle offrit, auparavant, Baby Ice Dog et Career Of Evil, et offrira aussi Fire Of Unknown Origin, morceau enregistré à la base durant les sessions d'Agents Of Fortune, par Bouchard, mais qui sera écartée par manque de place ; le groupe la réenregistrera, par Bloom, en 1981 et la mettra sur l'album lui devant son titre). La chanson, sur une femme au tempérament bipolaire, qui cache bien son jeu, est interprétée en duo par Bouchard et Patti, justement, et est une pure merveille.

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Pochette vinyle dépliée

La face B s'ouvre sur Sinful Love, chantée par Bouchard, excellente petite chanson assez nerveuse, pas vraiment heavy, mais pas pop pour autant. Tattoo Vampire suit, j'ai déjà dit ce que j'en pensais, on passe... Morning Final, écrite et chantée par Joe Bouchard (basse, frangin d'Albert), est une de mes préférées ici, une chanson à l'intro carillonnante et funky en même temps, une merveille totale sur un faits divers : un homme, dans le métro, tue froidement un autre homme, pour on ne sait quelle raison, avant de se faire courser et choper (dramatiquement, au vu des paroles) par les flics. Le refrain est vu au travers d'un homme lisant ça dans le journal et se sentant mal rien que d'y penser, et la chanson fait entendre, dans la coda, une petite voix aigrelette, celle d'un vendeur de journaux à la criée, annonçant le drame pour faire vendre son papelard, juste avant un bruit de rame de métro arrivant en freinant, bruit laissant la place, sans pause, à Tenderloin (signée Lanier, chantée par Bloom), morceau des plus étranges qu'avant, je détestais, mais ça, c'était avant. Que signifie ce titre ? A regarder sur Internet, Tenderloin aurait été un des quartiers de la ville de New York, quartier qui n'existe plus ; ça serait aussi le nom d'une pièce de viande de boeuf... Les paroles sont pour le moins cryptiques (une habitude pour le Cult qui, entre ça, leur nom - trouvé par Patti Smith -, des pochettes cheloues - Tyranny And Mutation, On Your Feet Or On Your Knees - et des tenues cuir/clous, aura bien souvent eu droit, du moins au début de sa carrière, à des rumeurs type néo-nazis/secte de tarés, ce qui est débile, surtout pour les néo-nazis : la majeure partie des membres du groupe sont de confession juive...), la musique est à la fois très rock (un beau mais vraiment court solo de guitare) et assez aventureuse, avec ses claviers qui sonnent bizarrement. Enfin, l'album se finit sur Debbie Denise, composée en duo par Albert Bouchard et, encore une fois, Patti Smith, mais elle n'intervient pas ici vocalement, en revanche (de Vera Gemini). Une belle ballade limite pop, agréable, qui reste longtemps en tête (la dernière ligne de texte, répétée dans la coda, est entêtante : I was out rollin' with my band, la la la la la la la la). De quoi achever en beauté un disque varié et franchement remarquable, quasiment parfait (Tattoo Vampire, grrrrr), assurément un de mes préférés du groupe, et clairement un de leurs meilleurs. Autant casser le suspense, il faudra attendre 1980 pour que le BÖC refasse un disque aussi réussi. Et après 1981, plus la peine d'espérer !

FACE A

This Ain't The Summer Of Love

True Confessions

(Don't Fear) The Reaper

E.T.I. (Extra-Terrestrial Intelligence)

The Revenge Of Vera Gemini

FACE B

Sinful Love

Tattoo Vampire

Morning Final

Tenderloin

Debbie Denise