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Il y à des albums qu'on ne peut pas décrire. Des albums mythiques, indescriptibles, inchroniquables. Tales From Topographic Oceans de Yes en est un. Histoire De Melody Nelson de Serge Gainsbourg en est un autre. Même chose pour 666 de Aphrodite's Child, ou Les Paradis Perdus de Christophe. Indéniablement, c'est la même chose pour Third, le bien-nommé troisième album du groupe de rock progressif anglais Soft Machine, sorti en 1970. Soft Machine, groupe dont le nom vient du roman du même nom écrit par William Burroughs. Soft Machine, qui a accueilli en son sein le chanteur/guitariste Kevin Ayers (déjà plus dans le groupe quand Third a été enregistré). Ou le batteur/chanteur Robert Wyatt (par la suite devenu paraplégique en 1972, il était donc totalement valide à cette époque), qui n'allait pas tarder à quitter le groupe pour fonder son propre groupe, Matching Mole (jeu de mots avec Soft Machine). Ou bien Mike Ratledge. Ou Hugh Hopper, bassiste récemment décédhao.

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Third est un disque plus proche de l'expérimentation jazzy que du rock progressif. En fait, Third, sous sa pochette un peu au rabais (franchement, une pochette moche), est un disque de jazz, mais du jazz un peu barré. 4 morceaux sur l'album. Précision : c'est un double album. Ca signifie donc que oui, messieurs, vous savez bien compter, il y à bel et bien un seul morceau par face. Et oui, encore une fois oui, on n'imagine pas que ces morceaux soient courts. Pour être précis, les deux premiers font dans les 18 minutes, et les deux autres, 19 minutes. Soit, en tout, à peu près 75 minutes (tout tient sur un seul CD, gonflé à bloc) de musique. A ne pas prendre à la légère. Surtout pas.

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Surtout que le disque n'est vraiment pas facile d'accès. Facelift, morceau live (le seul à être live ici) démarre lentement, par du bruit, expérimentations indescriptibles. Tout est instrumental sur l'album, sauf Moon In June, dont la première partie est chantée par Robert Wyatt (voix fragile, aigue, magnifique). Pour le reste, c'est de l'expérimentation jazzy/progressive, Out-Bloody-Rageous, Slightly All The Time...
Vraiment pas facile à décrire. Et puis, vous savez quoi ? Mieux vaut que vous l'écoutiez, parce que moi, franchement, je n'arrive pas à déchiffrer cette musique. C'est beau, c'est fort, prenant, puissant, intense. En un mot, c'est grandiose. Mais ça se mérite.


Ahah et là Kingstalker arrive en courant et crie: " parce que la complémentarité est parfaite!"

Je suis perdu, je ne sais pas quoi dire.
Bah oui, en fait que dire là est le dilemne, parler de l'histoire du disque et essayer de tourner autour du pot?
Non, ce serait trop facile.
Comme je ne pourrai pas parler de la musique, je vais parler de ce que je ressens à l'écoute de Third, je vois pas trop ce que je pourrai faire d'autres, bah oui, de grands chroniqueurs se sont plantés en essayant de chroniquer cet album, cela prouve à quel point parler de cet album est difficile ( comment parler de l'éternité?).

Je vais pas essayer d'y allé comme un malade en rentrant dans le tas, cette entreprise serait vouée à l'échec.
Alors, pourquoi ne pas faire une mini-chro' après tout, t'as enfanté ce concept.
C'est vrai, je pourrai faire une mini-chro' mais cet album vaut plus....
Et puis, merde, je vais resté sur mon idée initiale, je vais dire ce que je ressens à l'écoute du disque mais avant, parlons du pourquoi j'ai acheté cet album, quand et la sensation du fait de caler cet album dans sa chaine hi-fi...

Bah oui, faut bien commencer par le commencement, j'ai acheté cette album suite à une offre de la Fnac ( le prog' a 7 euros[cet album est tout sauf du progressif])).
J'en avais entendu énormément de bonnes choses, évidemment quand je vois l'album dans les bacs, je saute dessus, j'en profite, dans le même temps, pour choper Moon Madness de Camel.
Tout content de mes deux acquisitions ( Moon Madness sera abordé ici, obligé), je rentre chez moi, sac sous le bras avec un grand sourire ornant mes lèvres, gercés et faisant tâche par rapport à la taille de mes cernes ( je souffre d'insomnies...).

Je rentre, je suis excité d'écouter les deux albums, mais je ne me presse pas, à vrai dire, je stresse, j'ai peur du résultat.
Je me prépare un grand verre de Pulco citron, avec plus de Pulco que d'eau (miam), prends 4 glaçons, les met dans le verre, va chercher l'eau, hop, je remplis à ras bord le verre et met une paille.
Je prends le verre en soignant de ne pas renverser, mon eau citronnée (heu plutôt mon concentré de citrons), le pose sur mon bureau.

Je prends mon fauteuil en cuir spécial écoute musique ( quand on aime la musique, on ne compte pas), m'installe confortablement, je fais: pique-nique douille c'est toi l'andouille et je tombe sur Third, j'allume ma chaine hi-fi, j'enlève le cellophane du boitier, prends le cd avec délicatesse (tel un prêtre prenant une relique) et l'installe dans la chaine hi-fi, attends et appuis sur play.
Je monte le son à fond, me réinstalle dans le fauteuil et aspire à travers ma paille une gorgée de Pulco.
Le trip commence...

Facelift déboule, je suis abasourdi, on entends une sorte de longue improvisation.
J'ouvre le boitier, regarde la photo du groupe sur la double page, aucune information sur les compositeurs, je suis outré....au moins, on sait que le morceau est live.
Après environ, 4 minutes d'improvisations et d'expérimentations en tout genre, les cuivres déboulent, la batterie de Wyatt est frénétique, je commence à rentrer dans une transe mystique, je ne peux rester assis, je dois bouger danser, la musique se fait de plus en plus forte, je m'écroule dans le fauteil, je suis pris de convulsions (pas dans le sens médicale du terme), des couleurs flottent au dessus de ma tête, mon poster Led Zeppelin n'est plus.
Je me remémore la mort de personnes chères, tel un miroir, je me vois dans le futur, les cheveux qui deviennent grisailleux (néologisme), au début, je me demande si c'est le Pulco qui me fait avoir des hallucinations mais non, juste la musique, juste la puissance évocatrice de ce Facelift.
Les couleurs s'en vont ainsi que le miroir et je me revois en train de bouger comme un forcené et je cris, pas de toutes mes forces, juste un cri qu'on pouvait entendre que dans l'appartement, pas un cri de terreur ou de haine mais un cri de bonheur, un cri de bonheur devant l'éternel.
Tout à coup, la musique revient en arrière littéralement, le groupe fait tourner la musique en arrière et je me revois assis juste avant l'écoute et que les premiers bidouillages électroniques de Facelift commencent.
Mais je ne suis pas au début du titre, bien à la fin, le groupe veut nous faire revenir dans le passé, pour pouvoir changer les choses ou annuler un geste, malheureusement la machine molle n'est pas sorcière.
Vint les premières notes de Slightly All The Time, on ressent la patte Ratledgienne et Hopperienne ici.
Ce morceau présente les prémices du soft machine post -fourth.
Si Facelift était pour moi, un trip chamanique, puissant, psychédélique et transcendantale, Slighty All The Time est elle bien plus posée et bien plus jazz, elle me pousse au recueillement intérieur, je me pardonne et je m'accuse en même temps de choses que j'ai refoulé au plus profond de moi-même, pour être franc, j'essaye de me souvenir de choses que j'ai oublié et cela fonctionne, la magie Slightly All The Time.
L'espace d'un quart d'heure, je refoule mon orgueil et fait remonter de mauvais souvenirs pour essayer de les décortiquer.
Jusqu'à ce que les larmes perlent, un moment pur et simple de méditation, je suis seul me concentre sur la musique qui m'enveloppe, sur ma respiration et sur mes pensées, un moment dans la plus pur tradition bouddhiste.

Quand le morceau termine, je reprends ma respiration, refoule en moi ( sans pour autant l'oublier) tout ce qui a bien pu se produire et me concentre sur les prochaines choses que la machine molle a à m'offrir.
A savoir, Moon In June, cette chanson comporte une aura particulière, ella a pour particularité d'être la dernière chanson du groupe avec Wyatt au chant.
D'un côté, je la trouve très belle mais décevante, après ce que le Soft Machine m'a offert, autant dire que Moon In June fait pâle figure à côté.
En effet, elle est très belle, le chant de Wyatt est solennel, sa voix plus belle que jamais.
Ah, peut-être que je viens d'assimiler le message du titre en écrivant cette chronique, peut-être est-ce un retour vers la beauté pur et simple d'une voix, le chant de Wyatt est d'ailleurs mis en avant la plupart du temps ( si mes souvenirs sont bons).
Peut-être pour cela que Moon In June est plus squelettique...
M'enfin, sur le coup, j'étais déçu par cette chanson.


Le final est lui-aussi grandiose, Out-Bloody-Rageous résonne, elle me fait penser à du Terry Riley, d'ailleurs, ce morceau reste pour moi, le morceau le plus original du Soft Machine, plus aucun autre morceau ( à ma connaissance) ne sonnera ainsi, non, plus aucun, plus jamais...
La violence est le maitre mot de ce morceau, en effet, si elle n'est pas perceptible, on la ressent, elle est lointaine, elle germe bien au chaud et avec le temps va finir par éclater...
La peur m'englobe à l'écoute de ce morceau, je me renferme sur moi-même, me recroqueville sur mon fauteuil, le temps est lourd, le cadre spatio-temporel est bien présent pour moi.
Nous sommes en 1970, dans une banlieue anglaise, le ciel est gris, la misère est là, les germes du punk sont bien là (en tout cas aux states avec des groupes comme Mc5, The Stooges, ce que l'on appelera le proto-punk), l'Angleterre connait la misère.
Si le groupe était dans son rêve lors des 3 titres précédents et nous avec, ce n'est que pour mieux nous faire chuter dans la réalité ensuite.
Occuper à méditer sur nous-même, à ressentir la beauté d'une voix, où à se recueillir, nous oublions le monde miséreux aux alentours, le rêve est finie, l'éternité ici, la mort est bien présente, la famine elle aussi, le sida et autres maladies mortelles aussi..........
Out-Bloody-Rageous est la chute, le drame, la tragédie et l'apothéose d'un disque qui n'en est pas un et qui ne renferme pas de la musique.
D'un côté, il recueille et fait méditer mais aussi halluciner, de l'autre il fait comprendre la beauté sous sa forme la plus pure pour nous réveiller, Third est au départ rien qu'un rêve, il continue 3 titres durant et il nous le fait croire.
Jusqu'à ce que le dernier titre déboule et nous refasse chuter en pleine réalité....
Third ne se termine pas en rêve mais en cauchemar, Third est un good trip jusq'à ce qu'il se tranforme en bad.
Autant vous dire, que j'adore même si j'ai tendance à préférer le rêve, que je préfère me recueillir, tripper sur mon futur et apprendre la beauté plutôt que de réentrevoir la mort, la faim, le froid, la misère.....

Amen...............................................................

FACE A
Facelift
FACE B
Slightly All The Time
FACE C
Moon In June
FACE D
Out-Bloody-Rageous