PS4

If you want to go as far as she/You must look God in the face. - Poppies.

On l'a vu hier, Patti Smith, poétesse et rock-critic américaine, a lancé sa carrière musicale en fanfare en 1975 avec un Horses tout simplement majestueux, magistral. Un disque produit par John Cale (on dira en fait que le travail de production de Cale fut un peu atténué par celui de Patti elle-même, qui aurait eu son mot à dire sur la gestation de l'album et l'aurait quasiment auto-produit, officieusement), un des premiers albums de la scène proto-punk, que l'on n'appelait évidemment pas ainsi à l'époque compte tenu que le punk n'était pas encore là. Horses, disque puissant, direct, très accessible mais en même temps fortement intellectuel (de même que les musiciens l'ayant enregistré, pas des bourrins, loin de là), disque citant Rimbaud, Peter Reich et sous influence Verlaine (Paul, pas Tom, même si ce dernier joue sur un titre), sera un succès important, tant commercial que critique. Les premiers concerts montrent une Patti totalement rockeuse, mais n'hésitant pas à balancer des déclamations poétiques de son cru (comme sur l'album : Birdland), sans que ça paraisse incongru ou ridicule. Poétesse rock, certes, mais capable de défourailler des versions définitives du Gloria des Them ou du My Generation des Who. Forcément, on attendra avec impatience l'album suivant, le toujours difficile second album. Lequel est enregistré courant 1976 avec les mêmes musiciens, à savoir Lenny Kaye (guitare), Ivan Kràl (basse, guitare), Richard Sohl (piano) et Jay Dee Daugherty (batterie, percussions). Patti chante et joue un peu de guitare. 

PS5

Produit par Jack Douglas (Aerosmith, plus tard le Double Fantasy de Lennon et Ono), l'album s'appelle Radio Ethiopia et est le premier album crédité au Patti Smith Group. En 41 minutes, il n'offre que 8 titres (dont certains assez longs), il est dédié à Arthur Rimbaud et Constantin Brâncusi (un peintre et sculpteur roumain), on a une citation du Nadja d'André Breton... on sent que l'album sera encore une fois assez intellectuel. On y trouve aussi le nom de Wayne Kramer, guitariste du MC5 dont le verso de pochette demande la libération, il était à l'époque incarcéré pour possession de drogues (l'annotation sous la photo du groupe ne fera rien pour sa libération). Radio Ethiopia, qui offre un livret avec un long texte portant le même nom que l'album, texte que j'avoue ne pas avoir lu et qui semble pour le moins complexe et intello, est un album qui tranche avec le précédent opus de Patti...et son suivant. A sa sortie, l'album sera très mal accueilli par la presse. Qui le démontera totalement, accusant Patti Smith de fainéantise, de prétention, de suffisance... Le long morceau-titre de 12 minutes (découpé en deux plages audio de respectivement 10 et 2 minutes, Radio Ethiopia et Abyssinia) sera qualifié de bruitiste et incompréhensible. C'est une longue déclamation poétique avec accompagnement effectivement très noisy, qui fut enregistrée live en concert le 9 août 1976. C'est un morceau assez ahurissant, pas le sommet de l'album ni de Patti mais un morceau qui ne saurait être ignoré. Qu'on aime ou qu'on déteste ce moment de dinguerie, c'est assez digne de respect. Ou comment placer une longue déclamation en partie éructée (difficilement compréhensible) sur fond musical apocalyptique. Sans doute un hommage à la situation déplorable en Ethiopie et Abyssinie. 

PS6

Après, on est clairement en droit de préférer les autres morceaux de l'album (c'est mon cas, d'ailleurs !), comme ce Poppies étonnant, bluesy et sépulcral, interprété par une Patti qui semble défoncée (voix volontairement pâteuse, diction volontairement hésitante), morceau de 7 minutes totalement hypnotique, aux paroles assez chtarbées, dédié à Jim Morrison, Edie Sedgwick (une des actrices/égéries de la Factory d'Andy Warhol, morte d'overdose) et à la Reine de Saba. Ou comme le très direct Pumping (My Heart), sorti en single. Ou comme cet autre single bien direct (ce riff !!), Ask The Angels, trépidant, frénétique, jubilatoire. Ou comme le premier single promotionnel, cette chanson inoubliable, intemporelle, Pissing In A River, montée en puissance dirigée par le génial piano de Richard "DNV" Sohl. Et que dire aussi de Ain't It Strange, sans doute mon préféré ici (oui, devant Pissing In A River !!), ce rythme lancinant qui accélère progressivement, ces choeurs qui semblent faux mais qui sonnent si bien, cette guitare parfaite, cette durée également parfaite (long de plus de 6 minutes, le morceau semble trop court)... Au final, le seul morceau qui semble un peu secondaire ici, c'est Distant Fingers, un peu trop pop, un peu énervant, mais tout de même loin d'être raté, c'est le paradoxe. Quand au morceau-titre, hypnotique, chaotique et complexe, impossible de le voir comme le ratage de l'album, mais difficile de le qualifier de meilleur moment de l'album aussi. On a l'impression en fait que l'album se termine sur son sixième titre et que les 12 minutes restantes sont à part, comme un bonus forcé. Au final, que dire ? Mal accueilli par la presse à l'époque, nettement moins cartonneur que Horses, raillé par certains (sur son double live Take No Prisoners de 1978, Lou Reed, qui parle beaucoup sur l'ensemble du live, se moquera à un moment donné de Patti, en disant : Radio Ethiopia ? Fuck !! This is Radio Brooklyn !), moins accrocheur, moins évident, moins grandiose, Radio Ethiopia est tout de même un album très réussi, à écouter absolument si vous aimez Patti Smith. A la suite de cet album, Patti entreprend une tournée. En 1977, au cours d'un des concerts, elle chute de scène, se brise des vertèbres cervicales, ce qui va entraîner évidemment plusieurs mois de convalescence, de thérapie. Elle ne reviendra qu'en 1978, mais il faut voir avec quoi...Vous voulez en savoir plus ? Comme le disait Hendrix en 1967, wait until tomorrow !!

FACE A

Ask The Angels

Ain't It Strange

Poppies

Pissing In A River

FACE B

Pumping (My Heart)

Distant Fingers

Radio Ethiopia : 

a) Radio Ethiopia

b) Abyssinia