Cream_20__20Goodbye_20__20Front

Un peu de crème, les gars ? Après tout, à une demi-heure près, il est midi (bah oui, regardez l'heure de publication de l'article). J'avais à la base l'intention d'aborder Fresh Cream, le premier album du groupe, mais je me suis dit qu'il me fallait aussi réaborder les autres, enfin une partie des autres (Wheels Of Fire a certes été refait il y à quelques années, l'article est, je trouve, suffisamment correct pour que je lui foute la paix pour le moment), de toute façon, le groupe n'a fait que quatre albums studio (en autant d'années d'existence ou presque), ce qui n'est pas énorme. J'aborderai bien Fresh Cream prochainement, mais j'ai eu envie, c'est d'une logique imparable quelque part (mais où, je ne sais pas encore), d'aborder leur dernier album avant d'aborder leur premier. Ce dernier album (studio, je précise) date de 1969, année de la séparation de Cream, et il s'appelle d'un logique (car là, au moins, c'est logique) Goodbye. J'avais, autrefois, en 2010 (année de publication de l'article sur le blog), classé ce disque dans les ratages musicaux. Un simple coup d'oeil en bas de l'article (pour ça, attendez de l'avoir lu en totalité, hein ? Soyez sympas) vous permettra de constater que ça n'a pas changé, c'est toujours classé dans cette infâme catégorie dans laquelle le pire des albums de rock et affiliés se mélangent en de grotesques et atroces partouzes musicales. Et puis, comme ça, plus besoin d'aller zieuter le bas d'article tout de suite avant de remonter pour continuer la lecture. C'est comme dans Columbo, vous savez tout de suite la fin !

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Verso de pochette vinyle : Bruce, Clapton, Baker

Bon, en même temps, il m'aurait été difficile de le classer ailleurs, cet album. C'est authentiquement non pas une chiure dans la discographie (mis à part ça) remarquable de Cream, mais un vrai foutage de gueule. Cream, ce power-trio constitué de Jack Bruce (chant, basse, claviers), Ginger Baker (batterie, chant occasionnel) et Eric Clapton (guitare, chant) avait, jusque là, si bien réussi sa discographie, même si chacun de ses précédents opus contenait au moins un titre négligeable (Four Until Late, Take It Back, As You Said, par ordre d'album) qui les empêchait d'être vraiment parfaits (encore que Wheels Of Fire...). Goodbye a été conçu alors que le groupe était séparé (en 1969, année de sortie de ce disque, Clapton et Baker formeront, avec Steve Winwood de Traffic et Ric Grech de Family, le supergroupe Blind Faith, qui tiendra le temps d'un album parfait avant de se séparer ; Bruce, lui, se lancera en solo, rejoindra rapidement le Lifetime de Tony Williams - du jazz-fusion - aussi, le temps de leur deuxième album, en 1970), et il sert en quelque sorte de solde de tout compte. Le groupe offre ici un disque à la fois live et studio, une face de chaque ou presque. Pour être précis, la partie live représente les 2/3 de l'album. Et l'album, pour seulement 6 titres (3 live, 3 studio), dure la bagatelle atrocement ridicule de 30 minutes ! Comme vous êtes meilleurs matheux que moi (qui suis une vraie quiche en la matière), 2/3 de 30 minutes équivaut évidemment à 20 minutes sur 30, pour la partie live. Vu la durée de l'album, on a 15 minutes par face. Calculez donc l'âge du capitaine et son département de naissance, additionnez le tout et retranchez au résultat le solde de sa carte bancaire expirée en 2017. Vous avez deux heures.

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Intérieur de pochette vinyle (pour le CD, le bandeau des crédits du verso a été rajouté à droite dans le livret)

Non, je déconne. Enfin, quand je dis que l'album dure 30 minables minutes et ne contient que 6 morceaux, non, là, je suis sérieux. Goodbye est vraiment un foutage de gueule. Je vais commencer par la partie studio, c'est vraiment là que le bât blesse. 10 minutes d'enregistrements studio inédits, une chanson composée par chaque membre. Si Badge, interprétée par Clapton (et co-écrite par lui et par un certain Angelo Misterioso, pseudonyme étrange sous lequel se cache, on le saura des années après, George Harrison, qui n'avait pas signé de son vrai nom pour des raisons juridiques, probablement) est une splendeur absolue que l'on écoutera et réécoutera sans heurts et sans lassitude des années durant, cette chanson, hélas trop courte (2,45 minutes, la plus courte de tout l'album), est la seule pointe de ciel bleu au milieu d'un amoncellement de nuages gris. Doing That Scrapyard Thing, qui suit, écrite et interprétée par Jack Bruce, est dotée d'une mélodie sympa, mais le chant forcé de Bruce, qui interprète le morceau avec notamment une voix de fausset qui ne lui va pas, la rend pénible. Et puis, la mélodie est sympa, mais pas inoubliable non plus, c'est pas White Room ou Theme From An Imaginary Western (cette dernière, composée la même année, est issue d'un album solo de Bruce, Songs For A Tailor, lequel est remarquable). Composée par Baker, interprétée par le groupe, What A Bringdown est la conclusion épouvantable, ratée au possible, de l'album. Quelque part, le nom du morceau ('quelle baisse') est à la hauteur des attentes : What A Bringdown est effectivement un morceau qui, placé de plus en final, fait bien baisser le niveau d'un album déjà pas immense sans lui. Restent les titres live. Je termine par eux, et heureusement qu'ils représentent 20 minutes sur la demi-heure de Goodbye, car ils sont dans l'ensemble très bons. I'm So Glad, long de 9 minutes, est très sympa (bien qu'un peu long, mais bon...), Politician et Sitting on Top Of The World (6 et 5 minutes) sont remarquables. La qualité sonore est, ici, très correcte, mais un peu moins bonne que pour les titres du disque live de Wheels Of Fire tout de même. C'est cependant pas épouvantable, mais au vu des canons auditifs actuels, l'auditeur de 2018 aura sans doute un petit peu de mal à entrer dedans. Ce qui n'améliore évidemment pas la qualité de ce Goodbye final, à la pochette rieuse et narquoise (le groupe s'est séparé dans une sorte de simili-haine, le trio n'en pouvait plus de jouer ensemble, surtout Clapton et Bruce) et à l'intérieur de pochette représentant des tombes ornées des titres des morceaux. Tout un programme... Un enterrement de dernière classe. Cream méritait mieux que cette anecdotique note de bas de page qu'est cet ultime album studio de leur discographie.

FACE A

I'm So Glad

Politician

FACE B

Sitting On Top Of The World

Badge

Doing That Scrapyard Thing

What A Bringdown