CH1

Je vais être franc du collier, clair comme de l'eau de source, honnête comme un enfant, sincère comme une feuille blanche : je n'ai jamais été un immense fan de Canned Heat. Attention, je n'ai jamais détesté non plus. Mais si on y réfléchit bien, ce groupe fait partie des plus illustres représentants de la branche on y va jusqu'au fond, c'est l'époque qui veut ça des années 60. En concert, ces mecs, qui sont quasiment tous morts pour ce qui est du groupe original (je crois que seul le batteur, Adolfo 'Fito' De La Parra, est encore de ce monde...), avaient l'habitude, quand ils avaient un groove, de le faire tenir plusieurs dizaines de minutes. La drogue devait aider, je pense. Aussi bien pour eux que pour leur public. Don't forget to boogie ! Are you really experienced ? Prenez Woodstock. Sur la seconde compilation officielle du festival, logiquement baptisée Woodstock Two et sortie en 1971, on trouve un Woodstock Boogie de Canned Heat, long de 13 minutes. Olé. Mais c'est pourtant la version courte. Sur le coffret Woodstock 40, et sans doute aussi celui des 50 ans qui est plus généreux encore, on trouve la version complète, longue de presque une demi-heure. Et sincèrement, durant ces 28 minutes, le morceau offre divers soli (guitare, basse, batterie, harmonica), mais n'évolue pas, on a l'impression de tirer sur une corde élastique. 

CH2

Visuel d'une des rééditions vinyle (que je possède, par ailleurs)

Hé bien, il y à pire : sur le troisième album du groupe, Living The Blues, sorti en 1968, la même année que leur précédent opus (le génial Boogie With Canned Heat, incontestablement leur sommet, qui offre On The Road Again). Ce troisième album, sorti en diverses versions (en double album, en deux disques séparés, avec une autre pochette, blanche et nettement moins belle...), est double, et il l'est toujours en CD, durant la bagatelle de 88 minutes. Pour 9 morceaux. Enfin, 10. Dont 8 sur le premier disque. Hé oui. Cet album est un des meilleurs exemples, plus encore que le Wheels Of Fire de Cream (de la même année, plus court de 8 minutes, et construit sur le même principe, je vais y revenir) ou que le Ummagumma de Pink Floyd (1969, même durée que le Canned Head, et là aussi, construit sur le même principe), de l'incroyable suffisance des groupes de rock de l'époque. On trouve ici un disque studio et un disque live. Le disque studio dure 47 minutes, et offre 8 titres, dont un de 20 minutes occupant quasiment toute une face, Parthenogenesis, morceau découpé en 9 sous-parties (en CD, tout est sur une seule plage audio) et qui offre à peu près tout ce que l'on pouvait espérer/craindre : expérimentation, divers soli...C'est encore plus boursouflé qu'un vieux linoléum mal posé et situé dans une pièce trop ensoleillée. C'est indéniablement le maillon faible de Living The Blues, album pour lequel j'étais bien plus conciliant, même presque dityrambique, dans mon anciene chronique. Mais ce disque, bordel, c'est trop. Le disque live ? Si vous avez bien retenu le nombre de morceaux sur l'album complet, et le nombre sur le disque studio, logiquement, vous devriez avoir deviné combien il y en à sur le disque live (le deuxième, dans l'ordre). Oui, il n'y en à qu'un seul, mais découpé en deux parties, une par face (et en CD, l'ensemble, sans doute pour plus de facilité d'écoute, n'a pas été regroupé sur une seule plage audio, du moins dans l'édition BGO Records, assez cheap, que je possède). Refried Boogie, sorte de version surmultipliée des 11 minutes du Fried Hockey Boogie du précédent opus. Ici long de 41 minutes. Bordel à cul. Prenez tout ce que j'ai dit plus haut sur Woodstock Boogie, et replacez-le ici. C'est une interminable prestation scénique captée au Kaleidoscope, à Hollywood, et qui offre divers soli entrecoupés de reprises des simplistes paroles, braillées par Bob 'The Bear' Hite. Si on est mal luné, ça peut rapidement, avant même la fin de la première partie (chaque partie dure, évidemment, 20 minutes et des poussières), devenir insupportable. Si on est dans le bon mood, c'est tout de même épuisant, et très limite. 

CH3

Wilson, Hite, De La Parra (devant), Henry 'Sunflower' Vestine (blondinet), Larry 'The Mole' Taylor

Le reste de l'album ? Sincèrement, c'est très bon, et même, parfois, exceptionnel. On trouve ici un des meilleurs et des plus connus morceaux de la Chaleur en Boîte, Going Up The Country, petite bluette à flûte interprétée par Al 'Blind Owl' Wilson, qui sera, en 1970, le premier à mourir (overdose accidentelle). Pony Blues, qui ouvre le disque, interprétée par Hite et sa voix de gros nounours qu'il vaudrait mieux ne pas emmerder quand il pêche le saumon, est également une réussite incontestable, j'aime le groupe quand il sonne comme ça, et qu'il n'en fait pas des quintaux (le morceau, solide comme une tour en béton armé, dure moins de 4 minutes). L'album n'est pas parfait, vous l'avez compris, rien qu'à cause de Parthenogenesis et de ce titre live beaucoup trop long (il aurait été mieux de proposer plusieurs titres enregistrés live plutôt qu'un seul, non ?), mais le disque studio, pour ce qui est de ses titres courts, en offre tout de même un ou deux de plutôt corrects, mais pas inoubliables (Boogie Music et Walking By Myself, deux reprises). Le reste (My Mistake, Sandy's Blues, One Kind Favor qui, lui, est en bien mauvaise posture, sur la face B, juste avant Parthenogenesis) est d'un bon niveau. Mais la moindre des choses à dire au sujet de Living The Blues, c'est qu'il est trop long, et caricatural, un disque que l'on n'écoutera pas souvent parce qu'il est, vraiment, fatigant, malgré ses bons moments (et le titre live en contient aussi). Après, clairement, le sommet du groupe reste leur précédent opus, Boogie With Canned Heat. Il est aussi long que le disque studio de ce double album (soit 47 minutes), et offre un morceau de 11 minutes, mais est, lui, franchement rafraîchissant, et surtout, le groupe ny va pas trop loin. Et d'ailleurs, ils n'iront jamais, par la suite, aussi loin dans la démesure qu'avec que Living The Blues pharaonique et pachydermique. 

FACE A

Pony Blues

My Mistake

Sandy's Blues

Going Up The Country

Walking By Myself

Boogie Music

FACE B

One Kind Favor

Parthenogenesis :

a) Nebulosity

b) Rollin' And Tumblin'

c) Five Owls

d) Bear Wires

e) Snooky Flowers

f) Sunflower Power

g) Raga Kafi

h) Icebag

i) Childhood's

FACE C

Refried Boogie (Part 1)

FACE D

Refried Boogie (Part 2)