G1

Genesis a démarré sa carrière en 1969 avec un album franchement médiocre, From Genesis To Revelation, qui n'est à réserver qu'aux seuls fans et offre du rock progressif kitschouille et moyennement produit par un personnage un peu douteux, Jonathan King. Puis ils publient, en 1970, un album fortement sous influence du premier album de King Crimson. Ce deuxième album, Trespass, est le premier sur Charisma Records, chez qui le groupe restera pendant une grosse, très grosse partie de leur carrière. Trespass est un disque un peu inégal, mais offrant tout de même The Knife, Visions Of Angels, Looking For Someone, bref, du très bon. Le batteur du groupe, à l'époque, s'appelle John Mayhew, qui quitte le groupe après l'album, ainsi que le guitariste Anthony Phillips. Genesis cherche alors des remplaçants, et va engager, comme guitariste Steve Hackett, et comme batteur, Phil Collins. Le groupe est désormais complètement formé, solidifié, et le troisième album, Nursery Cryme, sortira en 1971, sous une magnifique pochette signée Paul Whitehead, qui avait déjà signé la pochette du précédent opus et signera celle du suivant. Pochette aux teintes prédominantes de jaune et qui représente divers personnages tirés de la première chanson de l'album, notamment une jeune fille de bonne famille en train de houer au croquet, dans un décor assez victorien. La pochette est ouvrante, et à l'intérieur, sur un fond marron, les paroles des chansons sont disposées dans de petits cadres illustrés, comme des photos dans un album. Des trois pochettes que Whitehead a fait pour Genesis, c'est sa préférée.

G2

Album relativement court dans la discographie du groupe (avec un tout petit peu moins de 39 minutes, je crois même que c'est, de l'ensemble de leur discographie, le plus court), l'album, produit par John Anthony, a été enregistré au studio Trident de Londres et offre 7 titres. L'un d'entre eux, le premier, The Musical Box, est tellement mythique qu'il sera par la suite le nom d'un tribute-band de Genesis, faisant des concerts comme ceux que le groupe faisait autrefois, un tribute-band assez connu et qui obtint des louanges de la part d'un certain Peter Gabriel, dont je ne vous ferai pas l'affront de vous rappeler de quel groupe il fit partie en tant que chanteur, flûtiste et percussionniste (et auteur des textes) entre 1969 et 1975. Hein, que je n'ai pas besoin de vous le rappeler ? Ce premier morceau est un des sommets d'un album offrant aussi bien du très lourd que du relativement anodin. Ce n'est pas un album inégal, encore que (dès l'album suivant, Foxtrot, ça sera plus structuré, il faut l'avouer), mais il est clair que certaines chansons de l'album restent vraiment, peut-être pas secondaires, mais peu connues, en tout cas, sauf des fans. Mais les classiques, au nombre de trois ici (les trois titres les plus étendus, de plus, ce qui fait que l'album est, globalement, marquant : 26 minutes sur les 39 sont imparables), sont intouchables, comme The Musical Box, donc, morceau-gigogne s'ouvrant en douceur sur une mélodie comme sortant d'une boîte à musique justement, et se termine en furie progressive. Pour son premier album au sein du groupe, Hackett se voit offrir une voie royale, et délivre de courts et intenses soli de guitare. Et la batterie de Phil Collins... On peut dire ce qu'on veut de ses chansons en solo, moi j'avoue, j'aime bien, je l'ai même vu en live en 2004 (et Genesis en 2007) mais je comprends que l'on puisse ne pas aimer car c'est pop à l'outrance. Mais c'est (c'était, du moins, car de gros soucis de santé font qu'il ne peut plus jouer de batterie depuis plusieurs années, et ont même bien ralenti son activité) un batteur exceptionnel. Pour en revenir au morceau ouvrant l'album, et qui dure 10 minutes, c'est l'histoire de deux enfants jouant au croquet. L'un des deux, le petit garçon, Henry, est décapité accidentellement par l'autre, une petite fille, avec son maillet. Quelques jours plus tard, dans la nurserie, elle découvre une boîte à musique, celle du pauvre Henry. En la faisant jouer, le fantôme d'Henry apparaît, se matérialise, et tout en cherchant à attirer Cynthia (la petite fille) vers lui, se met à vieillir, vieillir, jusqu'à ce que la nurse, affolée, ne lance la boîte sur Henry, détruisant et l'objet, et le fantôme. L'histoire est sur la pochette, et Gabriel la racontera sur scène, parmi tant d'autres, durant les concerts du groupe. 

G3

L'album offre aussi The Return Of The Giant Hogweed (8 minutes) et The Fountain Of Salmacis (même durée), deux classiques. J'ai mis du temps à aimer la première, qui raconte l'histoire d'une plante invasive originaire de Russie, ramenée en Angleterre par un botaniste et ravageant tout, poussant comme du chiendent, et s'en prenant même à la race humaine. La chanson se base sur une plante existant vraiment, et dont Gabriel cite le nom latin, Heracleum Mantegazzianum, et qui s'appelle Berce du Caucase, une plante toxique. La chanson, qui se termine en apocalypse (sur Genesis Live, la version de la chanson, moyennement jouée au demeurant, se termine vraiment avec violence), est un peu énervante par moments (le chant), mais rien que la guitare est imparable. L'autre chanson, géniale, sans doute ma préférée ici (hé oui, et pourtant, The Musical Box...), raconte l'histoire, on est en pleine mythologie, d'Hermaphroditus, le fils d'Hermès et Aphrodite, qui découvre une fontaine sacrée, gardée par une nymphe du nom de Salmacis, qui interdit qu'on s'y baigne. Mais Hermaphroditus va pourtant le faire, et en représailles, Salmacis se mélange à lui, créant ainsi la première personne hermaphrodite. Musicalement, c'est grandiose, et le morceau, situé en final, achève l'album en beauté. Le reste de Nursery Cryme est moins percutant. For Absent Friends, très court (moins de 2 minutes), est chanté par Phil Collins, non-crédité pour cette performance vocale, et est une sublime petite incartade folk apaisante. Seven Stones est un conte maritime joli, mais le genre de chanson dont on a du mal à se souvenir entre deux écoutes de l'album. Harold The Barrel est un petit délire humoristique inspiré par John Lennon (son livre In His Own Write), un homme pense à se suicider en se jetant d'un immeuble. Enfin, Harlequin est une belle petite chanson, douce, apaisante, mais pas trop appréciée de son principal auteur, Mike Rutherford (basse, un peu guitare). Au final, l'album, on le voit, offre certes de grands classiques (surtout The Musical Box, seul morceau de l'album que le groupe jouera souvent live une fois la tournée achevée, même si, par la suite, ça sera surtout le final qui sera joué), mais aussi des morceaux plus discrets. Sa production est bonne, mais sera meilleure sur les albums suivants. C'est un très bon opus de la Génèse, que je prends plaisir à écouter de temps à autre, et il fut même mon préféré quand, il y à longtemps, j'ai découvert leurs albums (d'abord ceux de la période Gabriel). Si vous aimez le rock progressif 70's, et que vous ne connaissez pas (ce qui, dans ce cas, me semble curieux), alors jetez-vous dessus !

FACE A
The Musical Box
For Absent Friends
The Return Of The Giant Hogweed
FACE B
Seven Stones
Harold The Barrel
Harlequin
The Fountain Of Salmacis