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C'est tout moi, ça : cet album, je l'avais abordé sur le blog il y à un peu plus de dix ans. La chronique commençait sérieusement à se décoller du mur, et était des plus nulles, il fallait donc, tôt ou tard, la refaire. C'est ce que je fais ici, mais avec un sacré putain d'années de retard, car ça fait longtemps que je me disais refais cette chronique, et à chaque fois, soit je repoussais parce que j'avais d'autres priorités sur le blog (des nouveautés), soit j'oubliais. Sans parler des périodes, parfois longues, où le blog était en stand-by. Mais je profite d'avoir acheté ce disque, récemment, en vinyle (réédition en double vinyle ; l'album, à la base, est je crois sorti en simple vinyle, le tracklisting plus bas indique l'agencement de ma réédition), pour enfin mettre ma menace à éxécution : reparler, ici, de Def Leppard et de leur album Hysteria. Ce disque est important pour moi, et malgré qu'il contienne deux (et dans mes mauvais jours, et aujourd'hui n'en est pas un, je vais même jusqu'à trois) mauvaises chansons, je le trouve absolument parfait dans son genre...ce qui ne veut pas dire qu'il s'agit d'un album à ranger aux côtés de Songs In The Key Of Life, Abbey Road, Exile On Main St. et Band On The Run, ces classiques absolus de la musique. Car Hysteria n'en est pas un. Mais c'est tout de même un sacré putain de bon disque de rock, de hard-rock en fait, et de hard-FM plus précisément. C'est aussi, probablement, le sommet de ce groupe britannique assez caricatural fondé en 1977 (premier disque, un EP autoproduit, en 1979, et premier album long-format l'année suivante), et leur quatrième album studio, sans compter l'EP. Hysteria, sorti en 1987, a été enregistré sur une période allant de 1984 à 1987, en divers studios (à Paris, Dublin et Hilversum aux Pays-Bas). Produit par Robert John 'Mutt' Lange (aux commandes de la production defleppardienne depuis le deuxième album), lequel est essentiellement connu pour avoir produit le AC/DC de l'ère 1979/1981 (et pour avoir été le mari et producteur de Shania Twain, il a fait d'elle une star éphémère, mais depuis leur divorce, elle est retombée dans un oubli total, z'avez remarqué ? Je ne m'en plains pas), ce disque, le plus long du groupe avec 62 minutes, sera un gigantesque succès commercial à sa sortie, on parle d'une vente colossale, 25 millions d'exemplaires vendus à travers le monde dont la moitié aux USA, album classé N°1 aux USA et en Angleterre. 12 titres, et 7 d'entre eux sont sortis en singles. Il n'y à sans doute guère que le Bad de Michael Jackson (même année) pour avoir fait mieux, en terme de ratio nombre de chansons/nombre de singles.

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Ce disque (Hysteria, hein, pas Bad) a été fait au cours d'une période assez difficile pour le groupe : leur batteur, Rick Allen, sera victime d'un accident de voiture, il perdra un de ses bras. Un batteur avec un seul bras, on est d'accord, c'est difficile pour lui de reprendre le boulot (un musicien, en général, d'ailleurs, après une amputation d'un bras, aura du mal à revenir, même un claviériste). Que s'est-il passé ? Def Leppard a-t-il recruté un remplaçant ? Non. A-t-il foutu une saloperie de boîte à rythmes qui fait tchoum tchoum et splak splak ? Non. Le groupe, soudé comme de vrais potes de régiments, a attendu que leur ami batteur aille mieux, moralement et physiquement, et que l'on conçoive, pour lui, un kit de batterie spécial, lui permettant de jouer avec un seul bras et ses jambes (un batteur utilise de toute façon ses jambes, mais Allen, sur ce kit, les utilise de façon plus intensive). Une batterie un peu électronique, qui donne un ton plus futuriste (si on peut dire) à un album qui semble avoir été enregistré sur Ganymède ou Alpha du Centaure. S'excusant, dans les notes de pochette, pour ce long délai entre le précédent album (Pyromania datait en effet de 1983) et celui-ci, Def Leppard livre un album totalement camp, totalement renversant. Un maelström de hard-rock glam et FM, accessible tout  en étant bien furax. Les tubes s'enchaînent avec un affolement total, servis par une production étincelante et futuriste. Les choeurs (signés des Bankrupt Brothers, alias le reste du groupe) sont omniprésents, parfois caricaturaux, on pense à du Spinal Tap en version teenage (pourtant, les Def Leppard avaient en moyenne une trentaine d'années à l'époque de l'album). Le look des musiciens, cheveux longs et bouclés à la Europe, baskets, donne l'impression d'avoir affaire à un groupe de hair-metal à la Ratt/Mötley Crüe, Def Leppard en est un, d'une certaine manière. En cette année 1987 vampirisée par The Joshua Tree et Bad, Hysteria va se placer très haut.

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Dès le premier titre, Women, on est plongé dans un univers chatoyant, cartoonesque, guitares ronronnantes, batterie qui tabasse, chant poussé très loin, paroles très connes (mais Def Leppard n'a jamais cherché à intellectualiser sa musique, c'est du ras-du-front, et c'est très bien comme ça) et refrain ultra jouissif. D'une durée parfois étendue (5 minutes, parfois plus, mais jamais moins de 4), les morceaux de l'album se suivent, peuvent parfois se ressembler un peu (quasiment tous ont cette putain de pêche maintenue tout du long, Animal et son intro tapageuse, Rocket et ses choeurs à la fois bien virils et quasiment féminins, Don't Shoot Shotgun...), et si on met de coté Run Riot et surtout Excitable (cette chanson est clairement le ratage de l'album, qui serait mieux sans elle), et éventuellement Don't Shoot Shotgun les mauvais jours, c'est du grand art dans son genre. Avec aussi les inévitables power ballads, il y en à deux ici, Love Bites (cette guitare...) et Hysteria. Avec aussi l'inévitable morceau engagé avec intro pinkfloydienne, Gods Of War. Basse monumentale dans l'intro, power chords en furie, final guitaristique atmosphérique bien trippant, mais paroles débilos (We're fighting for the gods of war, but I'm a rebel and I don't wanna fight no more, no way !), ce qui ne gâche rien. On a aussi Armageddon It, que j'adore bien comme il faut (refrain fédérateur, les choeurs y sont jouissifs, la guitare bien mélodieuse, Gimme all of your lovin', gimme all that you got...), Love And Affection (là aussi, intro géniale) qui achève bien le disque, et Pour Some Sugar On Me, vulgaire comme pas deux, hymne de bar à putes, mais si efficace... Bref, vous avez pigé. J'adore ce disque. Certains en parleraient comme d'un plaisir coupable, mais moi, non, clairement pas, c'est un des meilleurs albums dans son genre, et malgré son âge, il n'a pas mal vieilli du tout. près, je peux comprendre qu'on bloque un peu : c'est très chargé niveau production, ça sonne comme si le disque avait été fait par la NASA dans l'espace, les choeurs sont bien caricaturaux parfois, le disque dure 62 minutes... Après ce disque au succès fulgurant et mondial, le groupe va mettre cinq ans avant de refaire un disque (entre temps, ils perdront le guitariste Steve Clark, décédé en 1991). L'album suivant, c'est Adrenalize, en 1992, constitué de 11 titres (pour 45 minutes) et parmi eux, 7 singles, encore une fois. Mais là où Hysteria cartonnera et s'imposera, Adrenalize, lui, encore fois produit par 'Mutt' Lange et reprenant la même recette, est un coup d'épée dans l'eau, un sous-Hysteria. Ce qui était assez prévisible, quand on y pense. La suite de leur carrière ? Je ne sais pas, je ne cherche même pas à le savoir...

FACE A

Women
Rocket
Animal

FACE B
Love Bites
Pour Some Sugar On Me
Armageddon It

FACE C
Gods Of War
Don't Shoot Shotgun
Run Riot

FACE D
Hysteria
Excitable
Love And Affection