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Je pense qu'il ne doit pas y avoir beaucoup de monde pour affirmer avoir acheté ce disque pour sa pochette. Elle est en effet des plus rebutantes, ce qui n'est hélas pas un cas isolé dans la (plutôt longue, et en perpétuel accroîssement, le bonhomme continuant régulièrement d'enregistrer et de sortir des albums, encore récemment avec un disque fait avec The Promise Of The Real ET un album d'anciens morceaux) discographie de Neil Young. Cet album date de 1975, et il fait suite à une période des plus sombres, dévastatrices même, du Loner : en 1972/73, il perdra deux amis (un roadie, et le guitariste de son groupe Crazy Horse, Danny Whitten), tous deux morts d'overdose. C'est en particulier la mort de Whitten, survenue en premier, qui l'a traumatisé : il venait de le virer pour usage de drogue (héroïne), et l'argent que Neil lui filera froidement, en solde de tout compte, finira en poudre blanche dans ses veines. Neil plonge (alcool, coke), et va enregistrer un album comptant parmi les plus sombres, dévastés de l'histoire de la musique, Tonight's The Night. Qui ne sortira qu'en 1975, deux ans après (et juste avant l'album que je réaborde aujourd'hui), sa maison de disques, Reprise Records, trouvant le disque trop sombre et extrémiste pour avoir un succès commercial. Parallèlement, Neil part en tournée, tournée qui sera immortalisée par le live Time Fades Away (1973, jamais sorti en CD, mais disponible en téléchargement et réédité en vinyle, enfin), entièrement constitué de chansons inédites en album, un live dévasté, sur lequel Neil semble au bout du fil du rasoir, au bord du précipice (Last Dance et son crescendo ahurissant, Yonder Stands The Sinner). Selon lui, ce sont les conditions d'enregistrement du live directement capté sur une machine, sans possibilité de retaper les bandes, ce genre de choses) qui empêche une édition CD, mais c'est aussi et surtout parce que ce live lui rappelle de bien mauvais moments que Neil se refuse à le sortir en CD...Même s'il le promet depuis des siècles et des millénaires et des années (surtout des années). Et en 1974, On The Beach, dernier album de la trilogie dite du fossé (l'expression-même est de Neil Young : ditch trilogy), un album très sombre mais musicalement plus soutenu que le chaotique Tonight's The Night qui sent bon la tequila et la cocaïne. Un album à la pochette sublime (une rareté chez le Loner) et aux morceaux renversants (See The Sky About To Rain, On The Beach) qui attendra 2003 avant de débouler en CD, comme quoi, quand ils s'agit de mauvais souvenirs, Neil sait être reluctant !

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Après ces trois albums d'une noirceur d'encre premier choix (et comptant tous parmi ses meilleurs), Neil se reprend en main, participant même, en 1974, à une tournée de Crosby, Stills, Nash & Young qui donnera lieu, il y à quelques années, à un gigantesque coffret 3 CD absolument dantesque (mais la tournée, cocaïnée à outrance, se terminera dans des engueulades monstres entre les quatre fortes têtes, comme toujours). Alors que Tonight's The Night sort enfin après deux ans de purgatoire sur les étagères de Reprise Records, Neil enregistre et sort Zuma, cet album. Un album qui, à sa sortie, fera quasiment l'unanimité, même Lou Reed en dira du bien dans une interview, et pourtant, Lou, surtout à l'époque, pardon, mais il ne devait pas aimer grand chose ! Court (36 minutes pour 9 titres), Zuma est un album remarquable et plutôt lumineux, surtout comparé aux précédents. Ce n'est pas un album forcément d'une légèreté absolue (certaines chansons sont lentes, mélancoliques), mais n'empêche que ça fait du bien par où ça passe (les oreilles ; par où d'autre voulez-vous que ça passe, enfin, les mecs ? C'est quand même large, un vinyle ! Même un CD !) et qu'au bout d'une seule écoute, il est évident qu'on est face à un grand cru. C'est ce que ça m'avait fait dès ma première écoute, il y à de cela, oh, au moins 15 ans, si ce n'est plus. Dès le premier morceau, le très rock Don't Cry No Tears, Neil et son Cheval Fou de groupe (nouveau guitariste : Frank 'Poncho' Sampedro, toujours dans le groupe) délivrent la marchandise à grands coups de guitares saturées, de rythmiques solides et de chant habité. Ce morceau court (moins de 3 minutes) est quasiment un hymne. Danger Bird (7 minutes de beauté totale sur laquelle la guitare de Neil semble imiter le cri d'un oiseau en plein vol), le délicat Pardon My Heart, le folkeux Lookin' For A Love et le très saturé et rock Barstool Blues complètent une face A tout simplement parfaite de bout en bout. 

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Stupid Girl ouvre la face B avec efficacité, même si le morceau mérite quelques écoutes pour être pleinement apprécié, et Drive Back, aussi rentre-dedans que Barstool Blues et Don't Cry No Tears, semble être, lui, le morceau le moins percutant de Zuma, ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas bon, loin de là, mais... Et puis, le morceau suivant, qui dépasse les 7 minutes, va tellement vous foutre à genoux qu'à côté, Drive Back semble, effectivement, le 'maillon faible' (au revoir) de l'album. Voici venu Cortez The Killer. Abordant le délicat (à ce titre, le morceau fut interdit en Espagne, où le personnage est un héros national) sujet de la conquête du Mexique par Hernan Cortez, la chanson, que Neil ne cessera jamais de jouer live dans des versions toujours à tomber par terre (Weld, Live Rust), est dotée d'un solo de guitare sublimissime, enfin, non, de deux. Le premier ouvre le morceau et dure bien dans les 3 minutes. Le second, largement plus court, achève le morceau en fade out (dommage), et est sublime aussi. Les paroles (le titre de l'album est une allusion à Montezuma, empereur aztèque que Cortez a mis à terre) sont superbes, chantées d'une voix rêveuse et mélancolique. And they build up with their bare hands what we still can't do today... La chanson est une des, allez, trois meilleures de Neil avec, on va dire, Like A Hurricane et After The Gold Rush, mais ce n'est qu'un avis personnel. Enfin, Through My Sails, qui bénéficie de la participation de David Crosby, Stephen Stills (le frère ennemi, avec qui Neil fera, cependant, en 1976, un album entier de collaboration, le sous-estimé et excellent Long May You Run) et Graham Nash, qui achève l'album, est une pure petite merveille douceâtre, folk et acoustique, riche en harmonies vocales, qui devait à la base faire partie d'un album avorté que Crosby, Stills, Nash & Young envisageaient de faire, suite à leur tournée, pour 1974. Une conclusion parfaite pour un album qui l'est tout autant, un des plus essentiels de la longue et dans l'ensemble vraiment passionnante carrière de Neil Young.

FACE A
Don't Cry No Tears
Danger Bird
Pardon My Heart
Lookin' For A Love
Barstool Blues
FACE B
Stupid Girl
Drive Back
Cortez The Killer
Through My Sails