DavidBowie_Tonight

 Je ne sais pas ce que j'ai, ce matin, mais j'ai une sacrée grosse envie de gerber. Sans doute le simple fait de me dire que je réaborde cet album sur le blog. Oui, ça doit être ça, vu que je n'ai rien mangé de lourd hier, et qu'à part ça, ben, j'me sens bien, rien à signaler. Mais penser à cet album... Bwouuf, excusez-moi, ça va passer, ça va pass...euurgh... Hum. Ce disque, c'est le seizième album studio de David Bowie (je compte son premier album de 1967 dedans, bien qu'il soit assez à part et ne compte pas trop), et il date de 1984. Déjà, tremblez, pauvres fous, en apprenant que ce disque date de cette année. Tremblez aussi en apprenant qu'avec ce disque, Bowie a décidé d'aller plus loin encore que Let's Dance (1983), son précédent opus. Commencez à chouiner en apprenant que la production est signée Hugh Padgham (Genesis, The Police, autrement dit, un spécialiste du gros son pop 80's), producteur qui semble aller aussi bien à Bowie qu'une robe de bal irait à Robert De Niro. Et, enfin, vomissez dans la joie en regardant la pochette de l'album, une sorte de vitrail fleuri criard devant lequel un Schtroumpf péroxydé (on me signale que c'est Bowie, ah, pardon) pose torse nu, la tête vaguement relevée, le regard fixant un point dans le ciel (sans doute les chiffres de vente espérés pour l'album ; mieux valait, dans ce cas, regarder ses pompes, perso...). La pochette, criarde comme c'est pas humainement envisageable, va au final bien à l'album (qui s'appelle Tonight, d'ailleurs), qui est musicalement, et à une ou deux petites exceptions près, aussi flingué qu'elle. L'album, pour 9 titres, ne dure pas très longtemps, c'est un des albums les plus courts de Bowie : 35 minutes. C'est déjà ça, comme le chante la Souche.

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Bowie ici est entouré de son fidèle sbire Carlos Alomar (guitare), présent depuis 1975, et parmi les musiciens les plus connus, citons le batteur Omar Hakim (qui a bossé avec Sting en solo, avec Dire Straits...), Stan Harrison (saxophone) et Carmine Rojas (basse). Les autres sont aussi connus que les membres du gouvernement di Lietchstenstein : Guy St. Onge (marimba), Sammy Figueroa (percussions), Derek Bramble (basse, guitare, synthétiseur), Lenny Pickett (saxophone, clarinette), Steve Elson (saxophone). Plus des choristes (Robin Clark, les Simms Brothers, enfin, un des deux), et plus Tina Turner sur un titre, en guest. La pauvrette. Mais pas pauvre Bowie, en revanche, ah ça, non. Ce disque, Bowie l'a imaginé comme un Let's Dance 2, il le voulait comme ça, et si par la suite il l'a totalement renié, comme le suivant Never Let Me Down de 1987 (qui lui aussi est bien pitoyable, mais quand même nettement meilleur que Tonight), il n'empêche qu'il en semblait assez satisfait à sa sortie. Il fut apparemment bien le seul. Combien de fans de Bowie furent atterrés par Let's Dance, album pas mal du tout, mais franchement commercial et sans âme ? L'album se vendra bien, certes (en fait, il cartonnera), mais il ne valait mieux pas le comparer aux disques du passé, sous peine de se faire du mal. L'album avait quand même satisfait certains, qui ne demandaient pas mieux qu'un disque pop pour danser dessus (la vocation première de l'album de 1983). Mais même ceux qui furent enthousiasmés par Let's Dance et sa garde prétorienne de hits furent déçus, au minimum, par Tonight. Des hits, l'album en contient deux, ou même trois, mais le troisième (la chanson-titre, une reprise, en fait, du Tonight d'Iggy Pop, en duo avec Tina Turner) est à fuir comme une épidémie de variole. Les deux autres hits sont d'un niveau amplement supérieur, mais ce n'est pas Shangri-La non plus : Blue Jean, très court (3 minutes), est au final assez irritant si on l'écoute trop souvent ; Loving The Alien, morceau le plus long (7 minutes ; le single sera plus court), qui ouvre l'album, est, lui, fantastique. Si si, j'insiste : cette chanson qui aborde la religion, les guerres de religions précisément (croisades, Palestine contre Israël, intifada...), est fantastique. Sur le live A Reality Tour de 2004, Bowie en livre une version acoustique, quasiment sans accompagnement, qui la rend touchante et plus belle encore.

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Bowie et Alomar

Mais le reste de l'album... Essentiellement constitué de reprises, Tonight vole aussi bas qu'un pigeon voyageur devant livrer une machine à laver. Parmi les reprises, on en a donc une du Tonight de l'Iguane (pas la première fois, loin de là, que Bowie reprend du Iggy ; la chanson en question est issue de Lust For Life de 1977, que Bowie a produit), et Iggy est repris aussi avec Neighborhood Threat (issue à la base du même album de 1977), outrancièrement revampée à la sauce techno-dance 80's, synthés qui puent de la gueule au programme. Tonight, elle, est refaite en une sorte de slow en duo avec la tigresse, et ça fait mal, même si apparemment ça a plutôt bien marché à l'époque (avait-on de la merde dans les oreilles en 1984 ?). Autre reprise, I Keep Forgettin' (chanson qu'Elvis Presley a chanté), qu'il faut oublier absolument sous peine d'avoir envie de pleurer. On a aussi Don't Look Down, reprise d'une chanson d'Iggy, encore (mais, cette fois-ci, issue d'un album non produit par Bowie : New Values de 1979, qui sera le dernier bon disque de l'Iguane jusqu'à Brick By Brick), une chanson qui démarre bien avant de s'effondrer dans une mélasse niaise et pop. Mais surtout, Bowie a commis l'impardonnable ici, et juste après Don't Look Down : il a osé reprendre God Only Knows des Beach Boys, l'enculé de sa race de pute. Le petit salopiaud. Mais merde, quoi, cette chanson est littéralement intouchable, qui a osé lui dire qu'il devrait la refaire à la sauce pop 80's (avec moult cuivres bornéoesques) ? Hugh Padgham ? Un de ses musiciens ? Un membre de son entourage ? Son propre reflet dans le miroir ? Une petite voix dans la tête ? Napoléon ? Qui ? Qui, qu'on le cloue à une planche pourrie qu'on jettera ensuite dans la Seine ? Bref, c'est pas bon. Après, l'album offre aussi des chansons écrites pour l'occase : les deux hits plutôt corrects cités plus haut, ainsi que Dancing With The Big Boys et Tumble & Twirl, co-écrits avec Iggy, mais il ne s'agit pas de reprises, mis à part ça. On ne va pas se faire du mal plus longtemps que nécéssaire à en parler : c'est tout simplement un carnage, surtout la seconde citée (les choeurs répétant Borneoooooo me filent envie de débagouler grave).

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Bref, mis à part deux chansons, qui totalisent 10 minutes sur les 35, rien à sauver de cet épouvantable album. Alors en plein trip dance music des années 80/chevelure péroxydée et en brosse/clips infâmes avec costumes en carton brillant et décors même pas digne de l'attraction Disney "It's A Small World", Bowie est au fond du trou. Ceux qui pensent qu'il le sera avec l'album suivant n'ont apparemment pas pris le temps de bien écouter Tonight, qui est vraiment pire. Même lui ne veut plus parler de ce disque qu'il jugera atroce (il aura le même avis pour Never Let Me Down, ceci dit), son nadir musical. Les fans commencent à perdre patience. L'espoir de voir Bowie revenir avec un bon disque s'amenuisera d'année en année, il faudra attendre 1993 (voire même 1995) pour ça, malgré une expérience assez correcte (mais pas grandiose non plus) avec Tin Machine (son groupe de rock minimaliste) entre 1989 et 1991. Pour ma part, j'avais acheté Tonight pour deux choses : la présence de la version longue de Loving The Alien, moi qui ne connaissait que la version courte, et, aussi con que ça puisse paraître, la pochette. La pochette ne m'a pas plus longtemps, et l'album, encore moins : à peine la première écoute finie que je me suis écrié, à la Greil Marcus, What's this shit ? *, et si je n'avais pas été aussi fan de Bowie, j'aurais utilisé le disque pour jouer au frisbee avec. Une dizaine d'années après l'achat, je me demande encore ce qui m'a retenu (surtout que ça fait facile 5 ans que je n'ai pas réécouté le disque, et je n'ai nullement l'intention de le faire). D'ailleurs, je sors prendre l'air, un peu de frisbee me fera du bien.

*Greil Marcus, rock-critic des années 60/70 et au-delà, était fan de Bob Dylan, ce qui ne l'empêchera pas de titrer sa chronique de Self Portrait, en 1970, dans Rolling Stone Magazine, de cette phrase signifiant c'est quoi cette merde ?...

FACE A

Loving The Alien

Don't Look Down

God Only Knows

Tonight

FACE B

Neighborhood Threat

Blue Jean

Tumble & Twirl

I Keep Forgettin'

Dancing With The Big Boys