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Vous avez dit légendaire ? Vous pouvez. Tout ou presque a fait de ce disque un des plus connus de l'histoire du rock : une chanson totalement mythique et mémorable, une production éblouissante (à l'époque de la sortie de l'album, c'est la meilleure que le groupe ait connue), et une aura qui n'a eu de cesse de grandir. Normal, Highway To Hell, sorti en été 1979, est le dernier album du groupe avec Bon Scott, le dernier de la première ère du groupe. On sait tous pourquoi. Mais si je n'en parle pas, j'aurai moins de choses à dire sur l'album, l'article sera plus court que les autres, ça serait très con. Et puis, qui sait, il y en à peut-être, parmi vous, quelques uns qui ne savent pas encore (ne vous moquez pas d'eux). Alors voilà : en février 1980, le 19 précisément, Bon Scott, totalement bourré à Londres, s'endort à l'arrière d'une voiture. Il fait un coma éthylique, s'endord allongé sur le dos, et meurt étouffé par son propre vomi. Sympa, hein, comme mort ? On en redemanderait. Bon avait l'âge du Christ, ce qui ne l'a pas empêché de ne pas ressusciter. Le groupe, anéanti, engagera, cinq mois plus tard, Brian Johnson, le chanteur d'un petit groupe de glam-hard-rock du nom de Geordie, qui va accepter le difficile rôle de frontman et mener AC/DC vers d'autres plateaux, sans jamais essayer de faire oublier l'inoubliable Bon. Mais la suite de cette aventure demain. En attendant, Highway To Hell, sorti en été 1979, a été enregistré entre février et avril de la même année, l'enregistrement ayant démarré donc à peu près un an avant la mort du chanteur.

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A la base, le groupe acceptera la proposition de leur maison de disques Atlantic Records : engager Eddie Kramer, légendaire ingénieur du son (Hendrix, Kiss...), pour qu'il produise leur nouvel album. Kramer avait des idées bien précises sur l'orientation à donner au futur album, et elles n'étaient clairement pas du goût du groupe, qui a rapidement arrêté les frais après que Kramer leur ait proposé de reprendre le Gimme Some Lovin' du Spencer Davis Group. Faut pas déconner quand même (je ne critique pas la chanson, je l'aime vraiment beaucoup d'ailleurs, mais elle n'aurait pas collé au groupe). Le groupe engage alors un certain Rober John 'Mutt' Lange, dont ce sera la première production (par la suite, outre deux autres albums du groupe ; les deux suivants ; il produira aussi Def Leppard, Foreigner, Nickelback, Muse, Shania Twain, avec qui il fut marié, les Cars, les Corrs...assez varié, donc). Loin des probables recherches artistiques hors-de-propos de Kramer, le jeune producteur recentre le tout dans la simplicité la plus absolue, l'album est enregistré à Londres (Roundhouse Studios) et le résultat final est aussi solide et efficace que simpliste. Par la suite, on aura certes des cloches ou canons, selon le morceau (voir les deux albums suivants), mais là, c'est du brut de chez brut. 10 titres qui, dans l'ensemble (on a deux vilains canards dans le lot), tout du long des 42 minutes, envoient sec. Et ça commence en fanfare avec Highway To Hell, morceau gigantesque malgré sa courte durée (3,20 minutes), presque prémonitoire quand on sait ce qui arrivera à Bon moins d'un an plus tard. Riff tuant, chant habité, solo génial, ce morceau n'a que deux défauts : sa courte durée, et le fait d'être placé en intro d'album. Comme c'est la meilleure chanson de l'ensemble, ça rend forcément le reste moins percutant.

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Et pourtant, pourtant... Walk All Over You est un mid-tempo génial à l'intro efficace, Touch Too Much est quasiment un tube, Shot Down In Flames vous descend en flammes, Night Prowler (qui, par la suite, sera source d'une bien sale histoire : le serial killer Richard Ramirez, fan du groupe, prendra comme surnom le titre de cette chanson, qu'il écoutait en boucle dans sa voiture durant ses chasses nocturnes) est un blues terminal gigantesque, Girls Got Rhythm est jubilatoire. On a cependant deux chansons vraiment moyennes, pour ne pas dire pire, ici : Beating Around The Bush, qui achève la face A et possède certes un riff efficace, mais c'est bien tout ; et Love Hungry Man, assez basique et énervante. En y réfléchissant bien, Get It Hot n'est pas super réussie elle non plus, mais sa très courte durée (2,20 minutes) la rend passable, on l'écoute sans problème. On a aussi If You Want Blood (You've Got It) qui tire son nom du live de l'année précédente, une chanson sympa, mais pas immense. Les trois dernières chansons que je viens de citer sont toutes sur une face B nettement moins bonne que la A, inutile donc de dire que Highway To Hell est assez inégal, donc. Ce n'est pas le sommet du groupe, Powerage et Let There Be Rock sont supérieurs, l'album suivant aussi. Mais cet album est mythique car le dernier avec Bon, et aussi grâce à la maestria de ses meilleures chansons, et à sa production au cordeau qui, il faut le dire, n'a pas pris une ride. L'album est donc un peu inégal, il est vrai, et je n'ai pu m'empêcher d'être déçu en l'écoutant la première fois (surtout que j'avais acheté le CD 22 €, me faisant royalement avoir au passage vu le prix de vente rikiki des albums du groupe en général, mais c'est une autre histoire), mais je ne crache pas sur sa tronche non plus ; sincèrement, bien que probablement un peu surestimé, et pour le coup inégal, Highway To Hell est plus que recommandé pour tout fan de rock et de hard-rock. Et il marque aussi la fin d'une ère, et quelle fin, et quelle ère !

FACE A
Highway To Hell
Girls Got Rhythm
Walk All Over You
Touch Too Much
Beating Around The Bush
FACE B
Shot Down In Flames
Get It Hot
If You Want Blood (You've Got It)
Love Hungry Man
Night Prowler