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Elle est bien sympathique, cette pochette, pas vrai ? Elle met bien dans l'ambiance, elle fout bien les chocottes comme il faut, bien creepy, bien glauque...En plus, il y à une histoire qui tourne, autour de cette photo, et qui en rajoute évidemment au bouzin : il paraît, non mais il paraît, hein, que le jour où cette photo fut prise, près d'un moulin à eau abandonné en pleine campagne anglaise, dans le comté d'Oxford, il n'y avait personne. La sorte de Joconde gothique qui pose bien en évidence n'aurait pas été là. Un fantôme qui serait apparu sur la pellicule, à la grande surprise du photographe. Je ne suis pas forcément du genre cartésien, je veux dire que je ne suis pas de ceux qui soutiennent mordicus (à force de le soutenir, celui-là, il risque pas de tomber, ah ah ah...hum) que les fantômes n'existent pas. Après tout, si ça se trouve, ils existent. Il y à eu suffisamment de trucs bizarres de part le monde qui ne s'expliquent pas vraiment de manière naturelle et cartésienne, alors je dis pourquoi pas. Mais pour le coup, il faut le dire, c'est un peu trop gros, et trop beau pour être vrai. Evidemment, c'est un modèle, qui était là pour la photo, même si apparemment personne n'a su ou pu ou voulu la retrouver par la suite (il semblerait qu'elle se soit appelée Louise et serait venue, un soir, à l'époque, à un concert de Black Sabbath, se présentant, backstage, au groupe). N'empêche que cette photo de pochette du premier album (éponyme) de Black Sabbath en jette, et fout les jetons. Ce qui est très certainement son but dans la vie, donc on ne va pas s'en plaindre. 

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Ce premier opus du groupe, sorti en 1969, est en grande partie connu pour cette pochette marquante (à l'intérieur de la pochette ouvrante, une croix inversée avec, à l'intérieur, un poème), pochette qui, avec la croix inversée, le sujet de certaines des chansons et le nom du groupe (inspiré par un vieux film d'horreur), aidera beaucoup le groupe de Manchester à se tailler une réputation, qu'ils réfuteront, de satanistes. Des quatre membres (Ozzy Osbourne au chant, Tony Iommy à la guitare, Geezer Butler à la basse, Bill Ward à la batterie), seul Geezer affirmera avoir des intérêts personnels en la sorcellerie et l'occulte, s'intéressant pas mal à ces sujets sans pour autant les mettre en pratique. Les autres devaient, à mon avis, juste lire Wheatley de temps à autre (Les Vierges De Satan). Cette réputation qui leur collera au derche (ils se coltineront divers tarés satanistes qui, de concerts en concerts, les suivront comme des groupies en chaleur et organiseront de mini messes noires dans leur sillage) était voulue par leur management et commencera assez rapidement à les gêner, voire à franchement les emmerder, mais le mal était fait. Et puis, les chansons suivent : Black Sabbath, NIB (qui ne signifie pas Nativity In Black, mais là aussi, le mal sera rapidement fait), Behind The Wall Of Sleep dont le titre est aussi celui d'une impressionnante nouvelle de Lovecraft, Evil Woman (reprise de Crow)... Et puis, il y à le son du groupe. Black Sabbath est l'inventeur du doom metal, ce son ultra lourd, pesant, assez lent, un son de totale malédiction qui doit beaucoup à la guitare de Iommi. Ce dernier, suite à un accident survenu dans sa jeunesse (apprenti menuisier, il se trancha un doigt à la première phalange ; il arborera un embout métallisé sur le doigt mutilé), donne à sa guitare un son unique, quasiment irremplaçable. Pas des plus techniques (on dit du groupe que tout groupe de rock amateur sachant suffisamment bien jouer peut parvenir à les imiter, et même à les égaler, voire même les surpasser, en quelques heures), mais des plus efficaces.

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Le reste du groupe est bien, aussi. La basse de Butler est efficace, la batterie de Ward est très compétente. Ozzy chante comme une gargouille ayant paumé sa cathédrale de résidence. Quand, sur le morceau-titre (de l'album, et du groupe !), il clame Oh, no, oh Please God help me ! à la fin du second couplet, il parvient à mettre, dans sa voix, toute la terreur irréprressible de celui qui aperçoit quelque chose de terrifiant et d'incompréhensible sur le point d'en attenter à sa vie. En live, peu importe le chanteur (Ozzy, Dio, Gillan, Martin...), cette chanson sera toujours un grand moment de terreur. En 1983, quand Ian Gillan fera partie du groupe, il en donnera une interprétation tellement flippante (rires et hurlements de dingue, ambiance pesante, etc) que le public en sera vraiment terrifié, au point que le groupe hésitera à continuer à la jouer ! C'est le sommet d'un premier album imparfait (la face B, en grande partie constituée d'une suite Sleeping Village/The Warning un peu trop longue, est inférieure à la première ; certaines éditions proposent Wicked World en plus) mais offrant aussi un NIB démoniaque au riff de malade, un The Wizard efficace et un peu folkisant ayant probablement inspiré Blue Öyster Cult pour leur Cities On Flames With Rock'n'Roll (le riff) et un Behind The Wall Of Sleep remarquable, tous sur la face A, au passage. Black Sabbath est un premier album correct, bien produit, mais le meilleur reste amplement à venir...

FACE A
Black Sabbath
The Wizard
Behind The Wall Of Sleep
NIB
FACE B
Evil Woman
Sleeping Village
The Warning