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Oula...compliqué, de parler de cet album. Un des articles les plus anciens de mon blog (2009 !) parmi ceux qui je n'avais pas encore revisités, et je me suis dit il faut vraiment refaire la chronique, l'ancienne était minable, deux petits paragraphes de rien du tout, je l'avais faite à la va-vite et elle ne rendait pas du tout justice à l'album. Facile à dire, pas aussi facile à faire. Alors que j'écris ces lignes, me préparant à reparler de cet album, je commence à me demander comment je vais bien pouvoir m'y prendre, nom de Zeus. On parle de Kind Of Blue, putain, pas d'un vulgaire album sans âme. Ce disque n'est certes pas mon préféré de Miles Davis (comme j'ai eu l'occasion de le redire ici récemment, c'est Get Up With It, suivi par Bitches Brew et Live-Evil), ni mon préféré de jazz, et dans le Miles des années 50/60, je lui préfère Sketches Of Spain (1961) aussi (qu'il faudrait que je réaborde ici aussi), mais Kind Of Blue, Kind Of Blue, Kindofbluekindofbluekindofblue putain... Sachez donc que si, à l'heure actuelle, décembre 2014, vous vous dites mélomane mais ne connaissez pas encore cet album, et que vous ne l'avez toujours pas ne serait-ce qu'écouté dans les jours à venir, vous n'avez aucune excuse. No fuckin' one, compris ? Cet album, enregistré en très peu de temps (si on excepte le dernier morceau, qui a nécessité deux prises, le reste a été fait en une seule prise) en 1959, et sorti la même année, est une date dans l'histoire du jazz, et en règle générale, de la musique enregistré. Globalement, c'est avec ce disque (ou alors, avec In A Silent Way, enregistré 10 ans plus tard) que l'on découvre Miles Davis. Personnellement, ce fut le cas pour moi. Après avoir lu et relu plusieurs choses, dans divers magazines et sites, du style "cet album est un peu, pour [mettez ici le nom d'un artiste ou groupe], ce que Kind Of Blue fut pour Miles Davis", je me suis dit quel est cet album ? et je me suis rendu, le lendemain même, dans un magasin type FNAC (je crois même que c'était, en fait, une FNAC) et me suis rendu au rayon jazz, intercalaire Miles Davis.

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J'ai pas eu besoin de chercher longtemps, va : il y avait au moins trois exemplaires de Kind Of Blue, pochette mirifique d'un Miles concentré sur sa trompette. Pochette digipack avec texte en français au dos de boîtier (ce qui, pour un cd édité par Columbia/Legacy, est d'une rareté qui confine au cosmique ; et le livret interne aussi est en français ! C'était évidemment une réédition spécialement faite pour la France), présence d'un bonus-track, ce qui, je m'en suis rendu compte en lisant, en magasin, le texte de dos de boîtier, était la nouveauté de cette réédition datant de 1999 (j'ai acheté le disque vers 2001), soit pour les 40 ans de l'album alors. En 2009 est sorti un bon gros coffret du cinquantenaire, avec l'album en CD, le vinyle (que j'ai aussi, d'ailleurs, état neuf, mais pas issu du coffret ; je n'ai pas le coffret), un livre, etc... Fallait marquer le coup. Donc, comme je le disais, la nouveauté de la réédition 1999 était le bonus-track, qui était la seconde prise du dernier titre de l'album, Flamenco Sketches, le seul à avoir été enregistré deux fois durant les sessions. L'autre nouveauté, c'était le fait que la réédition 1999 permettait enfin aux auditeurs d'entendre l'album tel qu'il était prévu, car un petit problème de tonalité et de faible qualité sonore touchait les anciennes éditions (pour la qualité sonore, c'est pour les anciennes éditions CD ; pour la mauvaise tonalité, touchant la face A, et rendant le son un peu plus aigu que voulu, c'était un souci inhérent, apparemment, au vinyle original), déauts désormais appartenant au passé. Bon, l'album, sinon ? Il dure 45 minutes (pour 5 morceaux), rarement 45 minutes auront semblé aussi magiques et courtes. Jouant de sa trompette comme s'il devait claquer le lendemain matin, Miles est, de plus, entouré de grands musiciens, le plus connu d'entre eux, ici, étant le saxophoniste (ténor) John Coltrane. Mais on a aussi Julian 'Cannonball' Adderley (saxophone alto), Wynton Kelly (piano sur le second titre), Bill Evans (piano sur le reste), Jimmy Cobb (batterie) et Paul Chambers (contrebasse). Kind Of Blue est un pur monument de jazz à l'ancienne, de jazz modal en fait. Si vous ne connaissez, de Miles, que ses albums de la période Bitches Brew ou On The Corner, vous allez vous demander si vous écoutez bien un album du même bonhomme.

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Verso de pochette (à noter que pour la face B, l'ordre des morceaux est inversé par rapport à ce qui est dit sur la pochette)

Et pourtant, si. Ecoutez l'album, et vous verrez (pour une raison que j'ignore, sur Youtube, So What, premier morceau de l'album, et un des meilleurs du lot ce qui n'est pas peu dire, est le seul que je n'ai pas pu trouver en version album complète, il n'est donc pas en bas d'article ; les quatre autres titres, eux, si). Personnellement, je ne vais pas me risquer à le décortiquer comme une langoustine au Nouvel An, je ne m'en sens pas le courage. Il y à des albums qui forcent le respect, qui tutoient Dieu, lui tapent sur l'épaule en s'exclamant sacré toi !, qui s'imposent au fil des millénaires comme des intouchables, des Oeuvres d'Art inaltérables. Kind Of Blue en est un, au même titre qu'Histoire De Melody Nelson de Gainsbourg, Abbey Road des Beatles ou What's Going On de Marvin Gaye. L'écouter, à moins de vraiment haïr le jazz, c'est l'adopter. Ite, missa est.

FACE A

So What

Freddie Freeloader

Blue In Green

FACE B

All Blues

Flamenco Sketches