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Sans ce groupe, vraisemblablement pas de Guns'n'Roses. La bande à Axl Rose et Slash leur a, en effet, piqué pas mal de choses : le look, l'attitude fuck off, un son très violent tout en étant, au final, glam... La référence est des plus évidentes. Les New York Dolls, nom qui vient d'un magasin de réparation de poupées qui était situé à côté d'une boutique dirigée par l'oncle d'un des membres du groupe, a été fondé à...New York (vous ne vous attendiez pas à ça, hein ?) en 1971. Membres originels du groupe : David Johansen (chant), Sylvain Sylvain (guitare, neveu de l'oncle dont je viens de parler ; Sylvain Sylvain, de son vrai nom Sylvain Mizrahi, est égyptien, francophone et anglophone), Johnny Thunders (guitare, de son vrai nom John Anthony Genzale Jr), Arthur 'Killer' Kane (basse) et Billy 'Doll' Murcia (batterie, de nationalité colombienne). Le groupe, qui reprend dans un premier temps des standards de blues et de rhythm'n'blues (Otis Redding, Sony Boy Williamson, Bo Diddley, etc), se produit sur des petites scènes et aussi bien leur niveau que leur apparence (maquillage outrancier, tenues provocatrices, Johansen apparaissant notamment, souvent, en chaussures féminines, mais pas que lui) font qu'ils sont rapidement remarqués par Marty Thau (producteur ayant notamment géré ou cogéré Suicide, les Ramones, Richard Hell, Blondie...) qui les met en première partie des Faces, le groupe de Rod Stewart. Malheureusement, en novembre 1972, Murcia décède d'une overdose de cachetons, Bowie le citera dans sa chanson Time en 1973.

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Le groupe le remplace par Jerry Nolan et trouve un producteur pour son premier album (qui sera rempli des chansons qu'ils avaient alors l'habitude de jouer sur scène, des chansons originales mis à part Pills, reprise de Bo Diddley). Le producteur en question n'est franchement pas celui auquel on se serait attendu, vu qu'il s'agit de Todd Rundgren. Le Elton John américain, légende vivante du glam-rock un peu expérimental (en 1973, il publie A Wizard/A True Star, chef d'oeuvre offrant 19 titres, pour 56 minutes bien compressées) et de la pop de l'époque, est un producteur de génie. Mais il n'a vraiment pas une bonne opinion des Dolls, qu'il trouve vulgaires, il les incitera même, au cours d'une des rocambolesques et tendues sessions (dans un studio de qualité moyenne, en raison d'un budget limité, le groupe a par ailleurs eu du mal à se faire signer, sur Mercury Records), à arrêter de se coller des paillettes sur la tronche, à se sortir les doigts du cul et à jouer de leurs instruments. Olé. Le son de l'album, et aucune remastérisation CD n'a pu faire quoi que ce soit (en même temps, les éditions CD de l'album sont des plus basiques), sans être pourri, est un peu plat. Malgré cela, la batterie de Jerry Nolan (un mec qui, comme au moins un membre du groupe - Thunders - était déjà bien accro à l'héroïne à l'époque) sonne comme une mitraillette en pleine action sur Vietnamese Baby, morceau dévastateur sur un vétéran du 'Nam qui fait des cauchemars la nuit sur les exactions qu'il a faites ou vues, talkin' 'bout you overkill, and now that it's over, whatcha gonna do ? Les chansons parlent de sujets d'époque, souvent osés : la came sur Looking For A Kiss, qui démarre par une allusion aux Shangri-Las, groupe féminin de rock des années 60 dont les Dolls ont toujours été fans (When I say I'm in love, you must believe I'm in luv, L-U-V) ; l'orientation sexuelle sur Personality Crisis, qui ouvre l'album sur un hurlement de dingue et un riff mortel ; la came encore une fois avec la reprise du Pills ('pilules') de Bo Diddley, morceau qui était déjà joué du temps de Billy Murcia, décédé à cause de ces pilules...

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L'album offre des chansons tout simplement tuantes (Jet Boy, Subway Train à moitié chanté par Thunders, Frankenstein dont le sous-titre (orig.) annonce qu'il ne s'agit pas d'une reprise du morceau du même nom et de la même année, signé Edgar Winter (un instrumental mythique), la ballade Lonely Planet Boy, et toutes les chansons que j'ai citées plus haut) mais aussi quelques morceaux assez passables. Bad Girl est correcte, mais sans plus, son rythme effrené fait qu'on l'écoute sans problème (de plus, le morceau ne dure que 3 minutes), mais ce n'est pas du grand art. Trash, qui est tout aussi court, est à la longue très énervant. Private World est, lui, franchement médiocre, pour ne pas dire pire, c'est assez lourd, boursouflé, l'album serait nettement meilleur sans lui. Ce premier opus éponyme des New York Dolls est par ailleurs assez inégal dans sa répartition : la face A (5 titres) est une perfection rock totale, une des meilleures premières faces d'albums que je connaisse, aucun défaut à aucun niveau, de Personality Crisis à Frankenstein (Orig.), mais la face B, qui offre 6 titres, est hélas moins percutante, les trois morceaux les moins bons s'y trouvent (deux d'entre eux ouvrent même la face), et parmi les trois restants, seul Jet Boy est vraiment du niveau exceptionnel des 5 premiers titres, les deux autres sont très bons tout de même, mais à un degré moindre. Ce côté inégal, un peu raté, m'a sauté aux yeux et aux oreilles dès la première écoute, j'ai d'ailleurs mis du temps à aimer la face B, c'est désormais le cas, Trash et Private World exceptés. En dépit de cet incontestable défaut, ce New York Dolls de 1973 est un excellent album de glam-rock assez hard, quasiment punk (Thunders et Nolan formeront, en fin 1975, les Heartbreakers, groupe punk qui sortira, en 1977, l'immense L.A.M.F., album majeur du mouvement, desservi par une production pourrie, mais rempli de classiques). L'année suivante, en 1974 donc, les Dolls sortiront un deuxième (et pendant des années, dernier) album, que j'aborderai demain pour la première fois, et sur lequel il y à aussi pas mal de choses à dire. Notamment le fait que, je pense, je le préfère au premier opus, mais c'est une autre histoire !

FACE A
Personality Crisis
Looking For A Kiss
Vietnamese Baby
Lonely Planet Boy
Frankenstein (Orig.)
FACE B
Trash
Bad Girl
Subway Train
Pills
Private World
Jet Boy