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Ce disque à la pochette électrisante (non, n'applaudissez pas, c'était gratuit...ne huez pas non plus quand même, j'en entends certains dans le fond, j'ai les noms) possède une réputation aussi dure que du bois : le disque préféré de Keith Richards. Enfin, un de ses disques préférés. A une certaine époque (genre à l'époque de la sortie de ce quatrième album international, et cinquième australien, d'AC/DC, en 1978), le guitar-hero des Rolling Cailloux écoutait tellement souvent cet album, et les autres du groupe, qu'il en énervait profondément Mick Jagger, qui se demandait bien ce qu'il pouvait leur trouver. Ben mon Mickey, c'est quand même assez facile à deviner : la classe, le sens du riff qui tue, l'attitude bien rock, un chanteur parfait, des chansons inusables, des albums qui tiennent la route... AC/DC envoie le bois, la majeure partie du temps. Powerage, leur quatrième opus international, sorti quasiment dans la même version en Australie comme dans le monde entier (rajoutez un titre, en l'occurence Cold Hearted Man, que l'on retrouvera par la suite sur diverses compilations et l'album de la bande originale d'Iron Man 2, pour la version australienne, qui offre donc 10 titres au lieu de 9 (pour un total bien formaté de 39 minutes), ne fait pas dérogation à la règle : il bute son petit monde en slip en peau de chamois de l'Isère. Cet album est le premier du groupe avec le bassiste Cliff Williams, qui dès lors, ne partira plus du tout du groupe ; avec Angus Young (guitare), c'est le seul membre du groupe qui, dès lors, participera, sans aucune exception, à tous les albums suivants. Le reste est inchangé : Phil Rudd à la batterie, Angus et Malcolm aux guitares, Bon Scott au chant. 

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Sous sa pochette (sur laquelle le fameux logo lettré du groupe a momentanément disparu, il reviendra dès l'album suivant) montrant un Angus aux bras en fils électriques multicolores dénudés, en train de se prendre un bon coup de jus (au dos, une photo de groupe qui semble avoir été prise le même jour que la fameuse photo qui ornera la pochette de Highway To Hell l'année suivante), Powerage, un nom d'album qui claque bien au passage (et un des rares albums d'AC/DC à ne pas avoir de chanson-titre) est un de mes grands chouchous des Australiens. Clairement, ce disque, je le trouve supérieur non pas au précédent, Let There Be Rock, mais au suivant, Highway To Hell, un très très bon opus on est d'accord, mais que j'ai toujours trouvé un petit peu surestimé, j'aurai l'occasion d'y revenir dans deux jours quand je le réaborderai (un certain album live se trouvant entre les deux albums). J'ai cependant l'impression, en lisant des avis ici ou là sur le Net, que Powerage est parfois sous-estimé, considéré comme mineur. Les cons ! Cinq chansons sur les neuf de l'album empêchent celui-ci d'être mineur, justement. Un album s'ouvrant sur un doublé aussi gagnant que Rock'n'Roll Damnation et Down Payment Blues force le respect. La deuxième citée, notamment, 6 minutes de blues-rock monstrueux (un riff cyclique, d'abord joué lentement, monstrueusement, on dirait un dinosaure en train de bouffer un autocar, puis à la vitesse acédéçienne, entre directement en tête et n'en sort plus), est une des meilleures chansons non seulement de l'album, mais du groupe tout simplement. Bon Scott est en forme olympique dans cette chanson qui parle des petites misères de celui qui n'a pas les moyens de vivre une vie convenable, faute d'argent. I got holes in my shoes/And I'm way overdue/Down payment blues.

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Comment ne pas penser, aussi, à Riff Raff, qui ouvrira si efficacement le mémorable live sorti plus tard dans la même année 1978 ? Ou Gone Shootin', autre chanson bluesy, plus lente que de coutume, mais si réussie ? Sans oublier Sin City et son incroyable ruade de batterie... What's Next To The Moon, qu'Angus Young citera un jour comme étant sa chanson préférée dans le répertoire du groupe... Kicked In The Teeth, que l'on reçoit, en guise de final, bien dans les dents... Up To My Neck In You, jubilatoire, de même que Cold Hearted Man, absente de toutes les versions (sauf l'australienne vinyle) de l'album... Alors après, OK, il est vrai que Gimme A Bullet est moins percutante que le reste. Comme tous les autres, absolument tous les autres albums du groupe, Powerage contient sa chanson mineure, accessoire, secondaire voire tertiaire, sa chanson jetable. Son filler, pour utiliser le terme anglophone. Mais la chanson n'est pas mauvaise, juste moyenne, quoi que, sincèrement, meilleure que There's Gonna Be Some Rockin' et Dog Eat Dog, meilleure aussi que les moins bonnes chansons de la majeure partie des albums suivants. Bon Scott y est tout aussi génial que partout ailleurs. Gimme a bullet to bite on/Something to chew/Gimme a bullet to bite on/And I may believe, I may believe it's you. La production de cet album, encore une fois signée Harry Vanda et George grand frère Young, est parfaite. Tout l'album est une claque de hard-rock truculent et jouissif qui pave la voie vers un futur triomphe (Highway To Hell), même si, sincèrement, le groupe est d'ores et déjà dans la légende du rock. Il manque encore juste le tube de la mort, le classique des classiques, qui déboulera quasiment sans prévenir l'année suivante. Sinon, rien ne manque, Powerage est un des 5 meilleurs albums du groupe. Et s'il n'est pas en première position, il n'est pas en queue de classement non plus.  

FACE A
Rock'n'Roll Damnation
Down Payment Blues
Gimme A Bullet
Riff Raff
FACE B
Sin City
What's Next To The Moon
Gone Shootin'
Up To My Neck In You
Kicked In The Teeth