EP1

Bon, vous ne le savez peut-être pas, mais, franchement, je n'ai jamais aimé Elvis Presley. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, n'ai jamais dit (écrit, plutôt !) ici, et ne dirai jamais qu'il n'était pas bon. Je respecte totalement Elvis. Je reconnais son importance. Même s'il n'a pas inventé le rock'n'roll, il en a été une des figures de proue les plus importantes, le catalyseur, la dynamo humaine, celui qui a allumé la mèche du bâton de dynamite. Et tout ça, parce qu'il voulait, en bon fifils à sa maman, enregistrer, un beau jour de 1954 (il avait 19 ans et vivait tranquillement sa vie comme camionneur), un disque souple de deux chansons pour offrir à sa mère pour la fête des mères ou une autre occasion de ce genre. Elvis Aaron Presley déboule ainsi au studio Sun, à Memphis, Tennessee, studio de Sam Philips, et enregistre. Philips et les musiciens, et les ingénieurs du son, et les petites souris dans les plinthes, et les oiseaux dans les arbres près des fenêtres, entendent ça, entendent Elvis chanter My Happiness, et pètent un câble. C'est tout juste si Sam Philips ne retient pas Elvis en otage, tellement il veut le faire enregistrer, plus profesionnellement, d'autres chansons, afin de les sortir et de casser la baraque à frites. Parce que Philips, et les musiciens, parmi lesquels Scotty Moore et Bill Black, n'ont jamais rien entendu de la sorte. Elvis va alors enregistrer, pendant plusieurs sessions, des chansons qui sortent assez rapidement en 45-tours et vont faire de lui, lentement mais sûrement, un star, qui, en 1956, signe sur RCA, chez qui il va rester jusqu'à sa mort en 1977. Les chansons enregistrées chez Sun (label chez qui était, aussi, Johnny Cash, à ses débuts) ne connaîtront une sortie officielle en album qu'en...1976. Sur RCA. Sous le titre The Sun Sessions, pochette bleue (en fait, un an plus tôt, en Angleterre, sortira une autre version, The Sun Collection, toujours chez RCA, donc c'est 1975 que j'aurais dû dire). 

EP2

Par la suite, ça sera réédité plein de fois, en CD (The Complete Sun Sessions, Elvis At Sun), mais même si ces autres compilations (j'avais autrefois abordé cet album via Elvis At Sun, sorti en 2004) sont excellentes et plus complètes, la version sortie en 1976, qui offre 16 titres pour un peu moins de 40 minutes (les autres ne sont pas loin de la vingtaine de titres), à elle seule, est recommandée à toute personne aimant le rock. Parce qu'ici, vous avez les Tables de la Loi, les Rouleaux Sacrés, l'Anneau Unique pour tous les gouverner, le Livre. La base, quoi. Avec une qualité audio sans doute meilleure que les 45-tours de 1954/1955, même si, Sun n'étant pas des manchots, ça devait déjà bien sonner à l'époque. 16 titres (en fait, 15, car I Love You Because est proposé en deux versions) qui sont presque autant de classiques. Je n'aime pas Elvis (je ne hais pas, mais je n'écoute quasiment jamais ce chanteur dont je n'ai que très peu de disques, et celui que j'écoute le plus souvent, le seul que j'écoute en fait, et le seul que j'aime, c'est From Elvis In Memphis de 1969), mais je ne peux que vous certifier que The Sun Sessions fait partie des albums les plus indispensables dans le monde du rock. Cette compilation, car ç'en est évidemment une, fait le plus souvent partie des listes et classements du genre 'Discothèque idéale', et comment s'en plaindre ou s'en douter ? 

EP3

Ici, vous trouverez notamment Mystery Train, Blue Moon Of Kentucky, That's All Right (Mama), Baby Let's Play House, Just Because, Blue Moon (parmi les premières roucoulades du futur King, avant Can't Help Falling In Love ou Love Me Tender) ou bien encore Good Rockin' Tonight, autant de morceaux, signés Arthur Crudup, Junior Parker, Roy Brown ou Bill Monroe, qui n'attendaient qu'Elvis pour péter à la face du monde. Des morceaux évidemment courts (un seul atteint les 3 minutes : la deuxième version de I Love You Because, qui achève les hostilités ; les autres pointent dans les 2 minutes de temps, ça va très vite), et qui pourraient, c'est un risque, sembler vieillots, mais non, The Sun Sessions est aussi rafraîchissant qu'un album des Cramps. On ne peut que conseille ultra chaudement l'écoute de cette compilation totalement séminale, sortie, ironiquement, un an avant la mort du King, et à une époque où le pépère est devenu un gros balourd idiot en costume Nudie blanc, titubant sur scène, faisant du karaté pour épater la galerie, et dont les relations politiques firent jaser (on l'a parfois vu avec Tricky Dicky Nixon, pas exactement le champion des coeurs au hit-parade de la jeunesse ricaine, mondiale même, à l'époque). C'est donc totalement ironique que cette compilation ait, en 1976, été un si gros succès : elle montrait tout ce qu'Elvis n'était, alors, plus du tout !

FACE A

That's All Right (Mama)

Blue Moon Of Kentucky

I Don't Care If The Sun Don't Shine

Good Rockin' Tonight

Milk Cow Blues Boogie

You're A Heartbreaker

I'm Left, You're Right, She's Gone

Baby Let's Play House

FACE B

Mystery Train

I Forgot To Remember To Forget

I'll Never Let You Go (Little Darlin')

I Love You Because (1st version)

Tryin' To Get To You

Blue Moon

Just Because

I Love You Because (2nd version)