LS1

Pas moins de 9 maisons de disques ont refusé de les signer avant que ces sept bouseux de Californie (Jacksonville) ne trouvent enfin un contrat sur le label MCA (leur producteur, le grand Al Kooper, ayant pas mal bataillé pour qu'ils trouvent quand même quelque chose). Faut dire que ces Lynyrd Skynyrd semblaient aussi barbares que leur nom (qui vient d'un professeur de sport d'université que certains membres du groupe ont connu, et qui était apparemment du genre gros con), et on ne saurait suffisamment les remercier pour avoir appelé leur premier album (Pronounced 'leh-nerd skin-nerd'), histoire d'apprendre au moins comment prononcer ça. Non, c'est pas Laïenarde Skaïnarde ou Linirde Skinirde ! C'est Lénairde Skinnairde ! Passons. Lynyrd Skynyrd est un groupe culte connu pour trois choses : Free Bird, Sweet Home Alabama et leur fin terrible. On ne va pas revenir dessus, enfin, si, je vais le faire pour les ceusses et ceussesses qui ne le sauraient pas (encore), mais Lynyrd Skynyrd a été décimé en 1977 dans un crash aérien, plusieurs membres (et des membres de l'équipe technique, aussi et surtout), dont le chanteur Ronnie Van Zant, ont péri dans l'accident, les autres ont été sérieusement blessés et le groupe n'a pas survécu. Il a été reformé par la suite (avec des survivants et des nouveaux groupes) mais ça n'a plus jamais été ça. Sinistre coïncidence, le groupe venait de sortir un album du nom de Street Survivors, dont la pochette les montre debout, entourés de flammes. L'album sera réédité peu après le crash, sans les flammes. La seule chose qui fasse qu'on se souvienne de l'album, qui n'est pas ce que le groupe a fait de mieux, mais il est difficile à critiquer, c'est, après tout, leur dernier.

LS2

Avant ça, le groupe a sorti son premier opus (qui reste selon moi son meilleur, même si les deux suivants valent carrément le coup aussi) en 1973, sous une pochette les montrant adossés à un bâtiment, dans la rue, sans doute un bar (au dos, un paquet de clopes à l'effigie du nom du groupe). Ils sont sept, les Skynyrds, comme Black Oak Arkansas dont j'ai parlé récemment, et qui les ont devancé de trois ans dans le registre rock sudiste à tendance hard. On a Ronnie Van Zant (chant), Ed King, Gary Rossington et Allen Collins (guitares), Billy Powell (claviers, engagé à la base comme roadie, il a été engagé comme claviériste après avoir improvisé, en coulisses, au piano, sur Free Bird, provoquant l'admiration des autres membres), Leon Wilkeson (basse) et Bob Burns (batterie). Notons cependant que Wilkeson (qui, entre le début et la fin de l'enregistrement, partira et reviendra) ne joue de la basse que sur Tuesday's Gone et Mississippi Kid, la basse étant assurée par Ed King (engagé sur le coup, et qui restera jusqu'en 1975) sur le reste, ce dernier ne jouant en fait de la guitare que sur Mississippi Kid. Al Kooper a produit, et il joue rapidement sur certains titres, crédité au nom de Roosevelt Gook, faux nom qu'il utilisait parfois. L'album n'aligne que 8 titres, mais dure 43 minutes, et est probablement un des albums les plus parfaits que je connaisse, en cela qu'il n'est constitué que de grandes chansons, sans temps morts, et qu'il ne lasse absolument jamais. On a de tout, ici : ballade, rock endiablé, boogie, longues envolées guitaristiques, morceau roots, le tout produit et interprété à la perfection. Kooper est un grand producteur/arrangeur, et quant au groupe, ils avaient eu tout le temps de répéter ces morceaux en live, durant leurs concerts en club (c'est ainsi que Kooper les a découverts et a décidé de les produire) ainsi que durant leurs rehearsals en bande dans une cabane bien rustique. L'album a été enregistré au studio One de Doraville, en Georgie (pas du premier choix, mais le groupe n'en avait alors pas les moyens ; ils se paieront Muscle Shoals, en Alabama, pour l'album suivant, Second Helping en 1974, qui offre Sweet Home Alabama, Workin' For MCA - dans laquelle Van Zant s'en prend ironiquement à sa maison de disques - et une dévastatrice reprise du Call Me The Breeze de J.J. Cale). La photo de pochette aussi a été prise dans cet Etat, mais à Jonesboro.

LS3

Que dire ? La perfection absolue. Démarrant par un I Ain't The One jubilatoire, l'album se termine sur les 9 minutes hallucinantes et inoubliables de Free Bird, morceau dédié à Duane Allman et offrant, tout du long de sa deuxième moitié, une triple envolée de guitares, soli multiples qui s'entremêlent, croisent le fer, pour le plus grand bonheur de l'auditeur. Simple Man est, elle, une ballade sublime dans laquelle Van Zant (il a des crédits d'auteur sur tous les morceaux, aucun n'est une reprise) parle des conseils que sa mère lui a donné, enfant, afin qu'il soit un homme simple et bon. L'intro du morceau, superbe, a été reprise par Scorpions pour Always Somewhere, il me semble. En tout cas, elle lui ressemble fortement. Things Goin' On est une merveille de boogie, piano irrésistible. Poison Whiskey est un hard-rock ultra efficace, Mississippi Kid sent bon la poussière d'en bas de la Mason/Dixon Line, Gimme Three Steps est irrésistible, impossible de ne pas se remuer en l'écoutant, et Tuesday's Gone offre 7,30 minutes de bonheur riche en mellotron (signé Kooper), un instrument à claviers imitant les cordes, souvent utilisé dans le rock progressif, parfois envahissant quand on en abuse, mais ici, ce n'est pas le cas. Si on met de côté les inusables Simple Man, Tuesday's Gone et Free Bird, difficile de trouver un morceau meilleur que les autres. Aucun n'est moins réussi que le reste, en tout cas. Clairement, (Pronounced 'leh-nerd skin-nerd') fait partie des indispensables à toute discothèque rock respectable. Difficile d'être crédiblement fan de rock sans cet album dans sa collection (privilégiez le vinyle rien que pour la pochette) !

FACE A
I Ain't The One
Tuesday's Gone
Gimme Three Steps
Simple Man
FACE B
Things Goin' On
Mississippi Kid
Poison Whiskey
Free Bird